Le 3 novembre prochain, le réalisateur Fabrice Maruca (La Minute Vieille) dévoilera au grand public sa première comédie au cinéma : Si on chantait. L’histoire de Franck, passionné de variétés françaises qui, après la fermeture de son usine, décide d’entraîner ses anciens collègues (Sophie, José et Jean-Claude) dans un projet fou : monter une entreprise de livraisons de chansons à domicile SI ON CHANTAIT.
Une comédie exemplaire, entre rires et émotions, portée par quatre acteurs de talent : Jérémy Lopez, Alice Pol, Artus et Clovis Cornillac.
Fabrice Maruca revient sur la genèse du projet, les coulisses du tournage, et nous parle de sa ville natale, Quiévrechain, avec une certaine nostalgie.
Si on réalisait…
Après plusieurs tentatives et échecs, Fabrice Maruca sortira son premier long-métrage dans les semaines à venir. L’idée de Si on chantait, elle, est née d’une émission radiophonique dont le cinéaste était friand. Il raconte enthousiasmé : « À l’époque, j’étais fan d’une émission de radio où l’on pouvait dédicacer une chanson à une personne que l’on aime. C’était diffusé chaque dimanche midi et ça me passionnait. Offrir une chanson, ça m’a toujours intrigué. ». Mais au-delà de l’envie d’extirper cette idée pour en écrire un film, il y a aussi le désir de parler d’un autre monde, souvent méprisé : « Je voulais surtout parler du milieu ouvrier dont je suis issu et montrer que ce n’est pas si misérable, même si c’est dur, même s’il y a des fermetures d’usines et notamment dans la ville de mon enfance : Quiévrechain. Le métier actuel pour s’en sortir, c’est livreur. Dans les grandes villes, vous voyez plein de gens en scooter, en vélo, livrer à manger. C’est un mélange, un mix de tous ces éléments. ». Cependant, il précise pour conclure : « Livrer des chansons cela dit, n’est pas une idée que j’ai inventée. Ça existe déjà, dans plein de départements. Chaque fois que je viens dans une ville, on me signifie que pas loin il y a une personne qui fait ça. C’est dans l’air du temps. ». L’objectif de Fabrice Maruca était donc de mettre en lumière ces petites villes de France abandonnées, où les entreprises ferment, mais également de montrer que l’on peut rebondir grâce à la solidarité : « En écrivant, je m’aperçois que le thème de mes scénarios est toujours le même, des gens qui essaient de s’en sortir. Je me rends compte que je suis dans la méritocratie. Le film démarre fort avec une fermeture – l’usine qu’on voit dans le film a réellement fermé dans les années 90 et a mis énormément de personnes dans la misère. Beaucoup d’amis de mon père y travaillaient. Certains ne s’en sont jamais sortis -, des gens en souffrance, et grâce à l’entraide, à la bienveillance de tout le monde et la musique, l’union fait la force et l’union fait qu’ils s’en sortent. Dès le départ, j’avais ça en tête. ».

Pour dénoncer cette misère sociale, pour défendre ces populations délaissées, Fabrice Maruca a choisi le prisme de la comédie. Au contraire de La Loi du Marché ou En Guerre, opter pour la comédie était une évidence : « La comédie est un super vecteur pour faire passer des messages, ça distrait l’auditoire et, en même temps, il y a ce sous-texte qui nous parle et qui nous touche. C’est une comédie sociale comme Full Monty ou Le Grand Bain. Ce sont des gens, pas forcément heureux, qui vivent des choses drôles et qui s’en sortent à la fin. ».
Malgré une réputation solide acquise au fil des années, notamment grâce au succès de La Minute Vieille, aboutir à un projet cinématographique est une bataille constante : « Ce n’est pas le premier film que je tente de faire, mais c’est effectivement le premier projet qui aboutit. Pour des raisons d’argent, ça s’est souvent cassé la gueule. Celui-ci a été jusqu’au bout parce qu’il y avait une bienveillance, l’idée des chansons que tout le monde aime, le côté fédérateur avec la province, le Nord-Pas-De-Calais, et j’ai été aidé par un super scénariste qui s’appelle Alexandre Charlot (Bienvenue chez Ch’tis, Astérix et les Jeux Olympiques…). S’il y a une personne à remercier c’est lui. Ce qui pêchait dans mes anciens scénarios, c’était l’écriture finalement. J’écrivais seul et Alexandre m’a permis d’avoir une technique plus élaborée. ».
Quiévrechain, ville natale et ville de cœur
Le tournage du film a en partie eu lieu dans la petite ville de Quiévrechain, située à Valenciennes. Si Quiévrechain a été choisie, ce n’est pas par hasard. C’est la ville d’enfance de Fabrice Maruca : « J’ai toujours grandi à Quiévrechain. J’ai vendu la maison familiale le 23 août dernier et cela a été un moment déchirant puisque je n’aurai plus de pied-à-terre là-bas, même si j’y retournerai un jour. Je serai pour la vie Quiévrechinois. C’est une ville où mon père était ouvrier, une ville qui a été sinistrée par les fermetures d’usines dans les années 80, tous mes amis d’enfance étaient dans le même bateau que moi c’est-à-dire fils d’ouvriers avec quelques difficultés à s’en sortir… On n’était pas riches mais on était bien, il y avait une bienveillance entre les gens, c’était une belle période malgré les coups durs. C’est une période dont je suis nostalgique. ».
Ville d’enfance, ville de cœur, Quiévrechain était la ville parfaite pour situer l’action de sa comédie. D’autant qu’il connaissait chaque recoin du village, un atout précieux en amont et durant le tournage : « Je voulais aussi une ville de province, où on pouvait voir des beaux paysages et des choses inhabituelles. Quiévrechain c’est tout cela à la fois. C’est une petite ville du Nord très jolie. Lorsque j’ai commencé à écrire le projet, j’ai tout de suite situé l’action à Quiévrechain. Et j’ai vécu une chose que je ne retrouverai sûrement jamais de ma vie, je savais à l’avance où allait se dérouler toutes les séquences. Quand je suis arrivé sur place avec l’équipe, je leur disais que là-bas se tournerait la séquence 22, ici la 44, etc… On a eu accès à tous les décors que j’avais imaginé sur le papier. C’est dingue ! Dans le film, il y a peut-être des dialogues qui échapperont si on n’est pas du coin. Par exemple, quand le père dit à son fils : « Tu as acheté les fleurs Aux Quatre Pavés ? » C’est un endroit où il y a plein de fleuristes, plein de boutiques, ce sont les Champs-Elysées de Quiévrechain. Les gens qui habitent Quiévrechain sont touchés de voir qu’on cite des lieux de chez eux, au cinéma. Ils ne pensaient pas que ça arriverait un jour. ».

Il évoque également les nombreux autres lieux où ont été tournés le long-métrage et les décors improbables qui ont été sélectionnés pour tourner en intérieur. Tout le monde a été mis à contribution pour ce film : « Nous avons tourné au Stade de Valenciennes sur lequel on a pu filmer deux nuits entières (une nuit sur la pelouse et une nuit tout autour). Nous avons aussi tourné sur la grande place de Valenciennes, dans la ville de Créspin (cf.la scène du café), dans une usine près d’Anzin, et les décors étaient des décors « amis ». La maison d’Artus, par exemple, c’est la maison de mon professeur d’Université. On n’a quasiment rien changé dedans. La maison où Alice Pol chante dans une scène est celle de mon ami d’enfance qui est médecin. Enfin, une des maisons que nous avons utilisée est celle de la mère d’un copain d’enfance. On a tourné chez des amis, avec des amis, et nous nous sommes fait aider par des amis (pour des accessoires ou costumes…). Je le redis mais jamais je ne revivrai un truc pareil, je pense. C’était un tournage familial. »
Sur place, le tournage s’est déroulé sans encombre. Fabrice Maruca confie la chance qu’il a eu sur plusieurs points mais aussi les inquiétudes qu’il a pu avoir : « Le tournage s’est super bien passé. On a tourné 7 semaines et demie. Plus de la moitié à Quiévrechain. Déjà, nous avons eu de la chance sur la météo (rire). J’ai aussi tourné sous covid. On a, là aussi, eu beaucoup de chance. Aucun cas pendant le tournage sauf le dernier jour de tournage, où l’accessoiriste a été testé positif. Heureusement, nous avions bouclé le tournage. Car avec la quarantaine, certains comédiens comme Artus n’auraient pas pu être disponibles. S’il y avait eu un seul cas durant le tournage, je ne sais pas comment nous aurions fait. ».
Avant de tourner, Clovis Cornillac, Artus, Alice Pol et Jérémy Lopez semblaient déjà bien documentés sur Quiévrechain comme nous le dévoile Fabrice Maruca amusé : « Je leur en avais tellement parlé, qu’il avait l’impression de déjà la connaître en arrivant (rire). C’est une blague entre nous maintenant, ils parient sur le fait que je deviendrai un jour maire de la ville, tellement je l’aime et tellement j’en parle. En tournée, leur objectif est de me faire prononcer le plus souvent possible le mot Quiévrechain. ». Et visiblement, chacun des acteurs semblait heureux d’être-là : « Ils étaient contents de venir, honnêtement. Ils ont vu des gens simples, et pas des gens tristes ou à l’affût des stars. Ils ont vu des gens comme eux. Et je pense que ça les a touchés. ».
Pour Fabrice Maruca, Si on chantait est comme l’œuvre d’une vie. L’accomplissement d’une belle histoire d’amour entre lui et sa ville natale à laquelle il rend un bel hommage : « Pour moi, c’est exceptionnel. Je suis fils d’ouvrier, – je le répète mais il ne faut pas que ça devienne une caricature -, je suis arrivé à Paris en 97, je ne connaissais personne et personne ne m’a ouvert les portes. Même si j’ai rencontré des gens bienveillants, mais ce n’était pas simple. Et revenir à Quiévrechain, 23 ans plus tard, avec Clovis Cornillac, Artus, Alice Pol, Jérémy Lopez et M6 en co-production, avec des gens d’ici en figuration, c’était génial d’y parvenir. L’avant-première que nous avons faite à Valenciennes la semaine dernière était comme une page de ma vie qui se tournait. Les gens étaient ravis de se voir en figuration, c’était un moment magique pour tout le monde. ».
Le choix des comédiens : un parcours de longue haleine

Si on chantait, c’est aussi un casting. Quatre comédiens exceptionnels : Jérémy Lopez de la Comédie Française, Alice Pol, Clovis Cornillac, et le jeune humoriste Artus, révélé dans l’émission de Laurent Ruquier On n’demande qu’à en rire. Il aura fallu « une année » pour constituer cette sublime équipe d’acteurs dont Fabrice Maruca nous résume rapidement la manière dont le quatuor s’est formé : « Le casting a été assez long et compliqué parce qu’il fallait trouver des comédiens qui puissent former ensemble une troupe cohérente. ». Et c’est la comédienne Alice Pol qui est arrivée en premier sur le projet : « Elle est arrivée très vite dans la discussion. C’est une « Girl Next Door ». Je voulais une fille jolie, qui joue bien et qui soit drôle, avec cette impression qu’on est copain avec elle depuis toujours. Elle a dit oui tout de suite. ».
Ont rejoint ensuite l’aventure Artus, Clovis Cornillac et Jérémy Lopez : « Pour Artus, il fallait quelqu’un de drôle, avec un petit côté enfantin. J’ai vu plein de gens, souvent du one-man-show. Honnêtement, quand Artus est rentré, j’ai été surpris par ce mec. J’ai adoré son casting. Quelques semaines après, quand on a dû choisir avec la directrice de casting, on a tout de suite pensé à Artus. Pour Clovis, c’était moins évident. Au départ, le rôle était pour une personne plus âgée. On a beaucoup retravaillé. Les producteurs avaient travaillé avec lui sur un autre film et m’ont demandé pourquoi on ne l’amènerait pas sur le film. J’ai trouvé ça intéressant. Il avait cependant une réticence sur le scénario, qui était juste. C’est là que nous nous sommes aperçus que nous n’avions pas été à fond avec ce personnage. Donc, on a réécrit. Et il a dit oui. Merci à lui car, au final, le scénario est meilleur. Et puis, Jérémy Lopez. J’avais peur qu’il ne puisse pas jouer un ouvrier. Il est de la Comédie Française et il joue habituellement des rôles huppés style avocats, notaires… On a fait un essai et ça fonctionnait à merveille. » Conclut-il en rappelant toutefois : « Je vous raconte cela comme si c’était simple mais ce fut compliqué. Ça a pris un an pour avoir quatre acteurs qui s’harmonisent. ».

Concernant les réticences de Clovis Cornillac et son apport au scénario, Fabrice Maruca confirme l’importance de la discussion entre un acteur et un réalisateur : « Il a pensé, à juste titre, que si on retirait son personnage le film ne serait pas différent. On a alors impliqué davantage son personnage dans le projet, la formation de l’entreprise Si on chantait, et il est parfois l’élément qui permet à la troupe d’avancer. Il est plus partie prenante dans cette version du script que dans la première. ».
L’importance de la musique
De Joe Dassin à 2 be 3 en passant par Maître Gims, le spectre des chansons est large. Le choix des chansons, lui, est un des aspects importants dans la construction narrative du film. Elles accompagnent, sont toujours en adéquation avec une situation : « J’ai choisi une période, entre les années 70 et aujourd’hui. J’ai pris également des chansons que je ne connaissais pas comme Maître Gims pour avoir un côté actuel. Mais je trouvais ça aussi intéressant que des clients commandent des chansons de nos jours, afin de montrer que ça touche tout le monde. Ensuite, les chansons sont utiles à la narration – comme celle de Joe Dassin « Et si tu n’existais pas » qui est des chansons les plus tristes et les belles du répertoire français, selon moi. Je suis ravi d’en avoir eu les droits. J’ai avant tout sélectionné des chansons qui me plaisaient à moi et dont je pensais qu’elles plairaient à tous. ».
Fan inconditionnel de K-Maro et de son titre « Femme like you », il m’était impossible de ne pas questionner Fabrice Maruca au sujet du choix de cette chanson. Et l’anecdote est assez cocasse : « Mon meilleur ami est DJ. On fêtait les 45 ans d’une amie et durant la soirée il me dit qu’il va passer ce titre et que j’allais être étonné de voir à quel point ça cartonne. D’un seul coup, tous ceux qui discutaient se sont dirigés vers la piste de danse. Banco, je l’ai mis dans le film. C’est Henriette, 72 ans, qui la chante et je trouvais ça drôle. ».
Artus est un élément comique indéniable de Si on chantait. Son personnage, lui, a une caractéristique peu commune : il ne parvient à chanter juste, qu’après avoir compris le sens caché des paroles d’une chanson. Fabrice Maruca nous révèle comment lui est venue cette idée : « Avec Alexandre Charlot on se disait que, parfois, nous chantions des chansons dont on ne comprenait pas forcément le sens. Je pensais depuis longtemps qu’il fallait dans l’histoire une sorte de boulet, une personne qui veut s’intégrer au groupe pour chanter, mais qui n’y arrive pas. Néanmoins, je voulais, à un moment dans l’histoire, qu’il chante bien. On a réfléchi et nous sommes partis sur cette idée en cherchant des chansons ayant un double sens, un sens caché. On est tombés sur Banana Split. J’ai prié pour qu’on ait les droits de la chanson. Et nous avons poursuivi sur cette lancée. ».
Sur le tournage, deux coachs étaient présents. Les comédiens, eux, s’étaient préparés bien avant afin d’être prêts : « Il y avait deux coachs pour tout le monde : Mathieu Gonet (Star Academy) et son associé, Edouard Thiebaut. Ils ont coaché les acteurs pour les aider à interpréter leurs chansons. La difficulté pour Artus, c’est qu’il chantait vraiment bien à la base et qu’il fallait qu’il chante mal pour quelques séquences au sein du film. J’ai eu un peu peur. Bien chanter mal, ce n’est pas évident. On a essayé plein de trucs. Puis, je lui ai dit de faire comme il voulait. Il s’est lâché. J’ai adoré et on a gardé ce qu’il fait dans le film. Clovis a beaucoup répété, notamment celle des 2 be 3, « Partir un jour ». Pour l’anecdote, il devait chanter dans cette scène, « Libérée, Délivrée » de La Reine des Neiges. Nous n’avons pas eu les droits. Il l’avait répétée un mois pour rien. Mais je comprends Disney. Il ne souhaitait pas qu’une de leurs chansons soit utilisée dans un film non-Disney. »
Interview réalisée suite à l’avant-première à La Rochelle. Merci à Fabrice Maruca pour sa disponibilité et sa gentillesse.
Si on chantait sortira au cinéma le 3 novembre prochain.
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Crédits photos : La Voix du Nord / France 3

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