Le 13 octobre prochain, Sir Ridley Scott sortira au cinéma sa nouvelle grosse production : Le Dernier Duel.
Un film adapté du roman Le Dernier Duel : Paris, 29 décembre 1386 d’Eric Jager sur le duel Carrouges-Legris de 1386, un des derniers duels judiciaires en France.
Synopsis : Au XIVe siècle dans le royaume de France, le chevalier Jean de Carrouges, de retour après une expédition militaire, retrouve son épouse, Marguerite de Thibouville. Celle-ci accuse l’écuyer Jacques Le Gris, vieil ami du chevalier, de l’avoir violée. L’homme se dit innocent. Un « procès par le combat » est décidé entre le chevalier et l’écuyer, pour déterminer la vérité. Si le mari perd le duel, la femme sera également brûlée vive pour fausse accusation.
Au casting, Jodie Comer, Ben Affleck, Adam Driver, Matt Damon et un français… Quentin Ogier.
Si le comédien a un petit rôle dans le long-métrage médiéval, ce dernier en garde un souvenir « mémorable » et « symbolique » dont il nous partage les secrets et les temps forts.
Un casting délicat

Quand on est acteur, on ne s’imagine pas un jour tourner pour un des cinéastes les plus emblématiques d’Hollywood : Ridley Scott. Un rêve inaccessible mais finalement pas si impossible. Quentin Ogier, acteur français au CV long comme le bras et au parcours atypique, a réussi ce pari fou. Il incarne dans Le Dernier Duel « un des membres du clergé » qui fait le procès de Marguerite de Thibouville. Néanmoins, le parcours pour atteindre cette incroyable opportunité n’a pas été de tout repos. Il évoque un casting particulièrement ardu : « La production cherchait des acteurs français qui parlent bien anglais. Je partais donc avec cet avantage. Ensuite, c’était un casting assez long avec une première sélection, puis deux call-back. Cette sélection était d’ailleurs assez rude. Les essais étaient beaucoup plus longs que le texte que j’ai en réalité dans le film. En effet, ils nous donnaient l’intégralité du texte du jury. On ne savait pas la densité du rôle qu’on aurait, à ce moment-là. La section s’est déroulée avec une directrice de casting française, ensuite confirmée, validée par la chef de casting britannique et Ridley Scott lui-même. ».
Concernant sa préparation, ce dernier n’a reçu aucune instruction, aucune demande, aussi bien physiquement que dans l’apprentissage du texte : « Mon rôle n’est pas assez important. Il y a eu des répétitions avec les dix rôles principaux mais pour nous, non. C’est pour cela que les castings sont si difficiles et si serrés. Ils ne peuvent pas se permettre de perdre du temps. Donc, les castings sont durs en amont pour se garantir que les acteurs sont compétents avant d’arriver sur le tournage. ».
Sur le tournage…

Les scènes du procès ont été tournées « à l’abbaye de Fontfroide dans le Sud de la France » confirme Quentin Ogier. Soumis à la confidentialité, il nous dévoile toutefois les coulisses d’un tournage qu’il qualifie de « machinerie de guerre » : « Ce sont des tournages énormes, ultra-hiérarchisés. Nous sommes dans des micros-sociétés hiérarchiques. C’est-à-dire qu’on fait sentir aux figurants de ne pas parler aux acteurs, aux seconds rôles de ne pas aller ennuyer les stars, etc… […] Il ne faut pas que les gens traînent à droite à gauche. Dans la manière de travailler, c’est la même chose. Il y a des caméras partout et, quand ils changent d’axes, ça prend du temps. Il y a aussi des éclairages très particulier, vous verrez, et cela prend encore plus de temps. Bref, chacun doit être à sa place, sans gêner personne. ».
De ce fait, il n’a jamais pu discuter avec les acteurs principaux : « Ridley Scott nous a accueilli, donc nous avons pu échanger quelques mots. Mais Adam Driver, lui, est très concentré, il ne parle à presque personne. Matt Damon, pareil. Toutefois, c’était intéressant de les voir de très près, de les voir jouer, évoluer devant nous. Ils ont une présence ! C’est impressionnant. ».
Pour parler des différences entre le tournage d’un film français et d’une production américaine, il évoque notamment son expérience sur la série The Serpent Queen, où il interprète un prêcheur protestant : « C’est ultra-organisé avec des zones A, B, C… De plus, avec le Covid on ne pouvait pas aller d’une zone à l’autre. On recevait aussi une note de 28 pages avec le détail, entre autres, de tous les accessoires, planning de chacun, procédure covid etc.… On était surinformé. Je me souviens d’une journée où, 45 min avant de tourner, un assistant est venu me voir pour me dire que la réalisatrice aimerait entendre davantage le prêcheur. Chose qui n’était pas prévue dans le script. Je devais prêcher un texte de deux pages en anglais ancien, donc la pression est montée. Heureusement, cela s’est bien passé. Tout ça pour en revenir sur la différence entre un tournage français et américain. Tout est super organisé mais c’était le bordel ! Il y avait un laisser aller assez chaotique mais intéressant. Je pense que la réalisatrice aime travailler ainsi. Parfois, j’étais complètement paumé sur où je devais reprendre, etc. En parlant au premier assistant, il me confie que dans les tournages américains c’est toujours ainsi. En dehors tout est calibré, mais sur le plateau ils cultivent ça, l’improvisation qui apporte quelque chose d’un peu magique. Lui me disait qu’il ne faisait qu’un tournage américain par an, car il était rincé après. C’est une super méthode car, au final, ils ont ce qu’ils veulent. C’est enrichissant. ».

Sur le tournage de Le Dernier Duel, Quentin Ogier révèle la façon dont Ridley Scott travaille : « On ne le voyait pas. Il est à son combo. Nous n’avons que les assistants et conseillers qui viennent nous donner les indications à suivre. Surtout le conseiller historique. J’avais notamment proposé de me lever et de réaliser un salut au Roi avant de faire ma prise de parole, et il a fallu demander au conseiller historique si c’est quelque chose que l’on pouvait faire, quelles attitudes avoir face à un Roi. ». Mais ce qui l’a le plus impressionné c’est l’énergie déployée : « C’est délirant. Ce sont des milliers de personnes qui bossent. C’est une ville qui se déplace de lieu en lieu. ».
Il gardera en mémoire une « super expérience de tournage. J’avais tourné avec Luc Besson sur Jeanne d’Arc. Le Dernier Duel m’a rappelé un peu ça. Et puis, ce qui était fou c’est que dans les scènes de procès, il y a Jodie Comer bien entendu, mais aussi Matt Damon, Adam Driver… C’était intéressant de les voir jouer, évoluer devant nous. » conclut-il.
L’ABBAYE DE FONTFROIDE : TERRE D’ACCUEIL POUR LE CINÉMA
L’abbaye de Fontfroide est une abbaye cistercienne située sur le territoire de la commune de Narbonne, dans le département de l’Aude en France. Classé depuis 1892 au titre des monuments historiques, l’Abbaye de Fontfroide est aujourd’hui un site privé détenu par les descendants de Gustave (et Madeleine) Fayet, peintre et collectionneur français, lesquels avaient d’ailleurs, dès 1908, entreprit la restauration et la redécoration des lieux.
Fort d’une architecture riche et d’un emplacement unique, l’Abbaye de Fontfroide accueille depuis plusieurs années le tournage de productions cinématographiques et télévisuelles tels que Le Moine de Dominique Moll (2010) ou la série Inquisitio de Nicolas Cuche (2011). Dernièrement, l’Abbaye a accueilli le tournage du prochain film de Ridley Scott : Le Dernier Duel.

Contacté par téléphone, Rogier Fackeldey, chargé de communication à l’Abbaye de Fontfroide, nous explique pourquoi ce lieu attire autant le cinéma : « L’abbaye est un site majestueux, en très bonne état puisque restaurée au début du XXème siècle et qui n’a pas subit trop de dégâts notamment durant La Révolution Française. De ce fait, nous disposons encore de toutes les salles : le cloître, l’église, le réfectoire, les dortoirs… De plus, nous avons une architecture très variée. Pour les tournages, diverses époques peuvent s’y tourner. Pour Le Dernier Duel, par exemple, qui se déroule au XIVème siècle, nous avons une architecture totalement adaptée et un lieu d’accueil conséquent. Les extérieurs sont vastes et peuvent alors accueillir toutes les régies, les équipements techniques et les loges des artistes. Nous avons deux grands parquets avec deux grands restaurants sur place et c’est un site privé. Donc, si nous avons besoin de le privatiser comme c’est le cas avec Le Dernier Duel, on peut le faire pendant une semaine complète. C’est vrai que c’est une abbaye qui a beaucoup de points positifs. ».
Un sentiment partagé par le chef décorateur du film, Arthur Max (La Chute du Faucon Noir, Seven, Gladiator…), « émerveillé » par les lieux. Rogier Fackeldey raconte son déplacement à l’Abbaye de Fontfroide et la manière dont se sont déroulés les repérages sur le site : « Il est venu sur place, en repérage, en juillet 2019, durant trois heures. Il se voyait tourner dans toutes les salles. Il ne porte pas le même regard que nous sur les lieux. Parfois, nous voyions une salle que l’on pensait inutile pour le film et lui il voyait déjà des scènes tournées. Le soir même, il a appelé Ridley Scott qui, un mois plus tard, est venu en repérage et ainsi de suite de 7 à 8 mois. Au total, il y a eu environ 15 repérages dont 3 avec Ridley Scott ici, à Fontfroide. Ils ont ensuite tourné à l’Abbaye du 2 au 5 mars 2020. »
Et pour les tournages, la procédure est la suivante : « Les équipes appellent la plupart du temps la région, en l’occurrence ici l’Occitanie. Ils ont une cellule cinématographique qui s’appelle OCCITANIE FILMS et conseillent les équipes par rapport à leurs souhaits. Ridley Scott cherchait un endroit médiéval et la région les a amené à nous. L’équipe du film était aussi accompagnée de PENINSULA FILM qui a fait le lien entre les équipes de tournages américaines et les lieux de tournages français. Arthur Max était donc accompagné de PENINSULA FILM et de la région. ».

Au départ, Ridley Scott et toute son équipe devaient rester à l’Abbaye de Frontfroide pour « 5 jours » mais un évènement inattendu est venu bouleverser leur plan comme l’explique Rogier Fackeldey : « Ils ont accéléré la prise de vues des scènes et ont tourné durant 3 jours et demi. Tout simplement car le COVID était en train d’arriver en France et, apparemment, Disney a demandé d’accélérer le tournage à l’Abbaye. Juste après Fontfroide, ils sont partis en Irlande et ne sont restés qu’une seule journée pour repartir se confiner aux États-Unis. Le tournage s’est arrêté plusieurs mois avant de reprendre l’été dernier. ».
Concernant les lieux de tournage, Ridley Scott a jeté son dévolu sur quatre lieux: « Ils ont tourné dans l’Église, transformée en Palais de Justice (une scène importante puisque c’est dans celle-ci que le Roi va accorder le duel judiciaire entre Matt Damon et Adam Driver), dans le cloître (une scène entre Matt Damon et Jodie Comer est visible dans la bande-annonce et le making-of) et ils se sont aussi servis de l’infirmerie et des jardins. ».
Accueillir une super-production américaine n’est pas chose aisée. « Une grosse préparation » pour les employés de l’Abbaye d’après le chargé de communication : « Il y avait à peu près 350 personnes sur place. Avec forcément tous les équipements : la régie, la cantine, les loges, etc… L’Abbaye se visite, il nous avait demandé pour des raisons de sécurité de privatiser les lieux, et nous ne pouvons pas le faire n’importe quand. Il faut que ce soit hors-saison et nous étions en mars, cela était alors possible puisque la saison ne débute qu’en avril. Nous étions excités car c’était la première fois que nous accueillions un tournage de cette ampleur-là. Il fallait que tout soit au point pour leur venue, que ce soit au niveau du restaurant, des loges, etc… On était accompagné, surtout les dernières semaines, par la régie du tournage. Nous étions guidés et tout s’est bien déroulé. ».
Une machinerie bien huilée : « Ils avaient leur propre cantine, qui se situait dans l’ancien cellier de l’Abbaye. D’ailleurs, certains acteurs comme Matt Damon mangeait sur place alors qu’Adam Driver préférait manger dans sa loge. Sinon, toutes les équipes dormaient sur Narbonne à 15 min de l’Abbaye ou à Carcassonne, à 30 min. Personne ne dormait à l’Abbaye. ».
Une expérience rare dont tout le monde se souviendra. Une ambiance de tournage qu’il qualifie de « très sympa » et rapporte : « On pouvait s’approcher d’eux. Ridley Scott était très accessible et s’est laissé prendre en photo avec des employés(es) de Fontfroide. Matt Damon également. On voyait qu’ils prenaient plaisir à être ici et, tous ont dit que le lieu était formidable. »
Désormais, Rogier Fackeldey espère « des retombées positives pour Fontfroide » aussi bien touristiques que cinématographiques : « J’espère que nous pourrons accueillir d’autres tournages, même si je pense que nous avons touché le Graal du cinéma avec ce tournage-là. ».
Merci à Quentin Ogier et Rogier Fackeldey pour cet entretien passionnant sur les coulisses de Le Dernier Duel.
Le film de Ridley Scott sortira le 13 octobre prochain.
Toutes les infos sur l’Abbaye de Fontfroide sont à retrouver ici.
Sources images : capture écran Youtube et Twitter Abbaye de FontFroide

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