13ème rue continue dans la création et l’adaptation de séries policières. Avec « Marion », la chaîne s’offre un classique du genre, les romans de l’écrivaine et ancienne commissaire divisionnaire Danielle Thiéry mettant en scène l’héroïne Marion, cheffe d’unité à la Brigade Ferroviaire de Paris. Dans cette mini-série de six épisodes, la chaîne adapte trois des romans de Danielle Thiéry : « Festin des Anges », « L’Ombre des Morts » et « Crimes de Seine », à raison d’un roman tous les deux épisodes. À quelques jours de la première diffusion de la série, rencontre avec l’actrice principale Louise Monot. La comédienne revient sur le tournage de la série et la manière dont elle a construit le rôle de Marion.
Synopsis :
Fraîchement arrivée de Lyon avec sa fille adoptive, Edwige Marion intègre l’équipe de la Gare du Nord en tant que commissaire divisionnaire de la brigade ferroviaire. Dans cet univers noir et violent, elle enquête avec un style bien à elle sur les affaires criminelles les plus sombres, tout en cherchant à concilier ses responsabilités de mère et son rôle de flic.
Louise Monot : s’approprier le rôle de Marion
« Un personnage, c’est d’abord une rencontre ».
Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter de jouer dans la série et d’interpréter le rôle de Marion ?
J’ai lu les 6 épisodes afin d’avoir un avis global sur le sujet et le développement du personnage. Je suis de suite rentrée dans les intrigues et me suis prise d’affection pour l’héroïne, Marion. Elle n’est pas une caricature de flic. Elle a un côté très humain, c’est une femme avec des problèmes de femme, de mère… C’est ce qui m’a séduite chez elle. Ça me paraissait cohérent de jouer Marion, ça résonnait en moi. Il y avait une partie de moi qui avait envie d’y mettre de ce que je suis. Un personnage, c’est d’abord une rencontre. Une rencontre aussi entre ce qu’ont imaginé les auteurs et ma vision. […] Je n’ai pas lu les romans de Danielle Thiéry mais je n’en ai pas eu besoin puisque mes réponses m’ont été apportées par le réalisateur et Danielle qui a travaillé sur le projet. Cela m’a permis de mieux cerner mon personnage, ses relations avec les autres, construire sa backstory. Puis, il y a un chemin entre l’adaptation et une série réalisée et montée. Je ne voulais pas non plus être frustrée en me disant que dans le roman il y a tel ou tel événement qu’on ne retrouve pas dans la série. Bien-sûr, ça peut nourrir d’avoir lu en amont les romans, mais cela peut aussi nourrir la frustration. Nous sommes obligés de faire le deuil de plein de scènes et je pense aux auteurs pour qui ça doit être difficile de couper et d’adapter.
Avez-vous suivi un stage en immersion dans une brigade quelle qu’elle soit pour vous imprégner du rôle de policier ?

Nous avons eu beaucoup de chance puisque nous avons eu 3 jours de stages avec mes partenaires de jeu à la Brigade de la Gare du Nord (Paris). C’est la première fois que j’ai pu le faire et j’ai trouvé ça très intéressant, très enrichissant. On évite ainsi tout ce qui est caricatural, on voit véritablement la relation avec les gens même si à la Brigade de la Gare du Nord, actuellement, ne traite pas du tout ce que nous résolvons dans la série. Puis, cela a changé depuis l’époque où Danielle Thiéry y était. Malgré tout, on s’imprègne de l’ambiance. En tant que comédienne, c’est instructif de pouvoir déambuler dans la gare à leur côté, voir les dessous, les couloirs, les endroits qui sont inaccessibles au public. Nous avons également eu un conseiller technique qui nous a enseigné le tir, durant une journée. Il nous a appris aussi à marcher avec une arme, pour être le plus crédible possible. Je trouve que c’est super de pouvoir avoir ce temps de préparation pour un rôle.
« Ça ne me dérange pas d’assumer le côté sale gueule ».
[…] La préparation, c’est tout ce que j’aime. C’est presque ma partie préférée. Rentrer dans l’énergie du personnage, de baigner dans son univers, sa manière de vivre, c’est un cadeau après. Une fois sur le tournage, c’est du temps de gagné puisqu’on est déjà dans son énergie, je n’ai pas besoin de chercher Marion, elle est déjà là, en moi. Surtout, installer une relation avec les équipes et les comédiens avant le tournage. Là aussi, une fois qu’on démarre le tournage, nous ne sommes pas là à nous chercher, nous nous connaissons déjà un peu et ça aide.
La question de la crédibilité est importante. C’est aussi pour cela que j’ai coupé mes cheveux au carré, parce que je voyais Marion ainsi. Je faisais ma queue de cheval seule, parce que je ne voyais pas Marion sortir sa brosse pour se brosser les cheveux, etc. Ça me gênait qu’on sente que c’était préparé. Même au niveau du maquillage, avoir des cernes, etc… pour être crédible. Ça peut me sortir d’un film de voir des comédiens toujours nickel dans des situations où cela n’est pas possible en vrai. Ça ne me dérange pas d’assumer le côté « sale gueule » pour parler crûment. Puis, cela lui donne du caractère et un certain charme.
La série est très physique. Avez-vous suivi une formation aux combats pour les scènes d’affrontements ? Avez-vous fait votre propre cascades ?

Sur ce point-là, non. Mais nous avons eu la chance d’avoir des coordinateurs de cascades géniaux. Nous avons eu simplement une journée où nous avons fait l’enchaînement de toutes les cascades. J’étais avec tous mes partenaires pour les scènes d’action et c’était des chorégraphies à apprendre que nous avons répétées. J’avais demandé de pouvoir filmer avec mon téléphone pour me les répéter chez moi. Puis, on les répétait une nouvelle fois avant de tourner. Mais ce n’est pas une série d’action, ce n’est pas l’essence de la série, donc nous travaillions surtout le jeu d’abord et ensuite les actions. […] Finalement, je n’ai pas étant si doublée que ça. Ça m’a beaucoup plu de participer aux cascades et j’adore pouvoir passer d’une scène d’action à une scène avec ma fille puis à une scène au commissariat. C’est un mélange « des genres » assez agréable.
La scène où je traverse le mur, c’est moi. En revanche, j’ai demandé à faire la cascade avec un cascadeur car lui me retient quand nous traversons le mur ensemble. Je me sens davantage protégée. Je me sentais en confiance avec cette équipe et j’y allais. Je n’ai pas l’habitude de faire des cascades mais c’est également pour cet aspect que ça m’a plu de jouer dans la série.
Était-ce un tournage physiquement et émotionnellement éprouvant ?
Oui. Le tournage déjà était éprouvant puisque que c’était rapide, 40 jours de tournage. Mais je suis une hyperactive, j’aime ça. Le tournage se déroulait à Paris, et j’étais aussi sur deux fronts avec d’un côté le tournage et de l’autre ma vie de maman, c’était particulièrement éprouvant. Cependant, je me disais que Marion avait également une vie de maman et je me laissais porter par l’énergie du tournage et de ma vie personnelle.
« Ce qui m’a plu dans Marion, c’est davantage le côté humain que la série développe ».
Êtes-vous consommatrice de séries policières ?
Je ne suis pas une fan du genre. Néanmoins, j’ai regardé tout ce qu’avait fait 13ème rue avant comme « J’ai tué mon mari » ou « Trauma ». Je les ai dévorées. […] Ma peur était qu’on soit trop sur-explicatif dans les scènes. Les personnes qui aiment les séries policières adorent se faire surprendre. Sans être une experte du genre, j’étais vigilante sur ce point car je suis entouré de personnes passionnées par le genre et je sais qu’ils apprécient réfléchir, chercher. Donc, il ne faut pas mâcher le travail sinon on perd en charme et en style. Mais les scénaristes ont fait un super travail. Ensuite, en tant qu’actrice, je ne rêvais pas particulièrement de jouer une flic. En réalité, je ne voulais pas jouer que des scènes dans un commissariat ou des séquences à intrigues comme dans la plupart des productions de ce type, car ce n’est pas le plus passionnant. Ce qui m’a plu dans Marion, c’est davantage le côté humain que la série développe. Puis, il a tout l’aspect psychologique. On traque ici des serials killers, des profils particuliers, ce ne sont pas des petits criminels. Et il y a toujours un impact sur la vie privée de Marion. Tout ceci crée une ambiance singulière. Le réalisateur m’avait confié au début du projet que la série suivait « un parcours de femme ». Elle est flic mais elle pourrait être autre chose. C’est ça que j’ai ressenti. Je ne me suis pas attachée à son métier en premier lieu mais à ce qu’elle était, elle. Cependant, dans cet univers-là, évidemment, c’est d’autant plus plaisant.
AVIS
Une nouvelle flic débarque sur le petit écran. Pourtant, dans la multitude de séries policières qui parcourt la télévision ces dernières années, « Marion » se démarque par ses ambitions narratives et l’esthétisme de sa charte visuelle, immersive et référencée. Adaptée des romans de l’écrivain Danielle Thiéry, la série met en scène Marion, commissaire divisionnaire à la Brigade Ferroviaire de Paris. Femme de caractère et éprise d’un sentiment de justice, elle enquête sur des crimes sombres.
Marion à La Brigade Ferroviaire
C’est certainement l’atout principal de « Marion », être une série policière à la frontière entre Seven et Le Silence des agneaux, à la fois dans son aspect scénaristique mais aussi dans sa mise en scène. Dès les premières minutes, Jacques Kluger instaure en effet une ambiance aux teintes tantôt grisâtres, tantôt jaunâtres, rappelant parfois l’esthétique visuelle de Prisoners ou Enemy de Denis Villeneuve. Une atmosphère poissarde, crasse, sale, malveillante qui embellit cet univers singulier du crime. La série est donc à l’image de sa colorimétrie, étouffante. Un caractère anxiogène qui n’a de cesse de confronter Marion à cette douleur d’un monde violent, en prise par la folie humaine, qu’elle soit mentale ou physique. En perpétuel mouvement, Marion se prend des coups. Littéralement. Blessée, épuisée, elle avance malgré tout telle une John Wick, afin de poursuivre la lutte contre le crime. C’est sa raison de vivre. Une héroïne badass, moralement attaquée, moralement assaillie par ses adversaires et dont la vie personnelle est bouleversée à chacune de ses enquêtes puisqu’elles sont intimement liées. Mère de famille, elle et sa fille sont les proies de détraqués, de sérials killers en tout genre. Ainsi, « Marion » réinvente la série policière en y ajoutant de l’intime, de l’émotionnel, en offrant une dimension humaine à son personnage et son histoire. Il ne s’agit alors plus pour Marion de résoudre des enquêtes mais parfois de sauver sa fille, sa propre vie ou les deux à la fois.
On reprochera cependant à « Marion » une narration rapide, à coups d’ellipses temporelles frustrantes. La résolution de certaines enquêtes se font, de temps à autre, au détriment de la cohérence, de manière trop soudaine ou trop attendue. Néanmoins, il faut saluer la prouesse des scénaristes, dont le travail était d’adapter un roman en 2×45 min. De ce fait, en prenant en compte cette variable, il était évident qu’allaient naître des raccourcis et/ou facilités scénaristiques qui, toutefois, n’enlèvent en rien la qualité et l’ambition de la série.
Conclusion
En diffusion dès le 1er juin sur 13ème rue, « Marion » est bien plus qu’une simple série policière. Entre sérials killers et ambiance visuelle à la Seven, « Marion » est la surprise télévisuelle à ne pas rater !
Vous pouvez retrouver l’interview du réalisateur Jacques Kluger et du scénariste David Bourgie, ici.

2 commentaires sur “MARION (13ème RUE) : DISCUSSION AVEC L’ACTRICE LOUISE MONOT + MON AVIS”
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