SIMON COLEMAN : ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR NICOLAS COPIN

Ce mercredi 15 juin, France 2 diffusera sa nouvelle ficition : « Simon Coleman ». L’occasion pour le réalisateur Nicolas Copin de se confier sur la réalisation du téléfilm mais aussi sur sa collaboration avec Jean-Michel Tinivelli.

Synopsis :
Policier parisien habitué à couvrir de dangereuses missions sous couverture, Simon Coleman se voit confier la garde de ses neveux après la mort brutale de sa soeur et de son beau-frère dans un tragique accident. Contraint de déménager dans le sud de la France pour s’occuper des enfants, ce célibataire jusqu’alors sans attache parviendra-t-il à se plier à une vie de famille rangée et trouver ses marques dans un commissariat de province ?

« Nous avons alors installé ce personnage de Simon Coleman, que nous voulions touchant et qui attire la sympathie ».

Simon Coleman est une fiction policière. Comment vous êtes-vous approprié les codes du genre pour créer votre propre univers visuel, votre propre mise en scène ?
Il y a eu, très tôt, un dialogue qui s’est instauré avec le producteur et les auteurs avec cette envie commune de réaliser une fiction moderne, avec un ton léger, rythmé, qui va se détacher des autres séries/films policiers que l’on peut voir habituellement mettant en scène un flic un peu bourru, par exemple. Nous avons rajouté une intrigue familiale, très présente. Nous devions trouver le bon dosage entre l’enquête et le côté familial/comédie même si, en terme d’équilibre, elle prend pour moi même le pas sur l’aspect policier du téléfilm. Mais ça rend le téléfilm plus original, je pense.
Ensuite, pour ma part, j’aime les films rythmés et je souhaitais qu’on ne voit pas le temps passer en regardant « Simon Coleman ». Jean-Michel Tinivelli porte superbement cette fiction et ce rythme. Le challenge était donc de ne pas avoir une mise en scène plombée, qu’on ne s’ennuie pas. Nous avons alors installé ce personnage de Simon Coleman, que nous voulions touchant et qui attire la sympathie, que ce soit dans les situations dans lesquelles il se retrouve avec les enfants ou par sa manière de mener une enquête. Ici, nous avons aussi tenté de se détacher du genre. […] Si la fiction se transforme en série, ce personnage peut amener, de par sa personnalité et par ce qu’il vit en tant que tonton, une multitude de situations où l’on ne tombera jamais dans la redondance. Il a des méthodes différentes, décalées et, en tant que tuteur, il manque d’expérience, tout ça peut amener à l’imagination.

Le téléfilm aborde le thème du deuil. Comment filme-t-on le deuil et les moments intimes de confessions et de larmes ?

C’est toujours délicat. Quand on lit le scénario et les premières minutes, c’est très sombre et nous n’avons pas envie de tomber dans un truc plombant. Le but était donc de rester dans quelque chose de léger, touchant et sincère. Le côté maladroit de Simon, sa carapace de flic, est très vite cassée. On le sent de suite touché. C’est là également une question d’équilibre, ne pas tomber dans le pathos, dans un registre trop dark, qu’on ait envie de garder la bonne humeur qu’il y a tout au long du film. Mais l’énergie des enfants amènent beaucoup de justesse et cet équilibre.
[…] Sur la manière de filmer, cela dépend des scènes. Je suis photographe, et j’apporte toujours dans mes films une attention, une importance particulière à l’esthétisme de l’image.

J’aime que les films soient beaux et agréables à regarder. Ensuite, une scène d’émotions sera forcément plus touchante quand on sera dans le regard, quand on sera plus présent sur le personnage avec des plans serrés. On est de suite plus touché lorsqu’on pénètre dans cette intimité.

Comment prépare-t-on les enfants à jouer ce genre de scènes ?
C’est toujours à double tranchant. Romane est celle des trois qui a le plus de bouteille, je pense. Lily, c’est son premier vrai rôle, elle avait une grosse pression mais une bonne pression. Noem, ce petit bonhomme, il est très attachant. Il faut déjà que ce soit un jeu pour eux, qu’il y ait une confiance. Une fois que la connexion est faite, ce sont des marques à prendre, à trouver, lorsque tous ces paramètres sont établis, c’est magique.

[…] Noam n’a pas oublié une seule réplique. Il est bluffant. Je me souviens d’une scène où, derrière la caméra, tout le monde pleurait. Il ne joue pas la comédie, il joue tout court. Il s’amuse. C’est pour cela que je disais que c’était à double tranchant car, sur un tournage, ça peut très bien se passer et parfois non. Au montage, on se prend alors la tête pour sauver une séquence. Ici, nous n’avions pas besoin de nous questionner sur la manière de sauver une séquence, mais comment la sublimer, la magnifier. Ce gosse est une machine. Ce qui est chouette aussi, c’est que chaque enfant a son moment, sa scène. Chacun apporte une énergie différente.

« Quand on lit une scène, c’est l’énergie de la séquence, le jeu et la direction qui va dicter le placement des caméras ».

Dans quelle mesure, utilise-t-on la photographie dans la réalisation ?
Grâce à cet œil de photographe – et c’est aussi ça qui a mis la puce à l’oreille du producteur sur Camping Paradis – que j’ai été sauvé. Car avant Camping Paradis, je n’avais rien réalisé. Lorsque tu n’as eu aucune expérience, de réalisation mais aussi de mise en scène ou de montage, on s’appuie sur ce qu’on connaît le mieux. Pour moi, c’était l’esthétisme de l’image. Au départ, je me suis efforcé à faire le découpage technique du film, le placement des caméras etc, pour que les scènes soient belles. Mais, au fur et à mesure qu’on acquiert de l’expérience, on s’aperçoit que le processus s’inverse. Aujourd’hui, quand on lit une scène, c’est l’énergie de la séquence, le jeu et la direction qui va dicter le placement des caméras. C’est une approche différente. C’est la direction des scènes qui vont venir justifier par la suite tel ou tel placement. Pour Simon Coleman, j’avais donc en amont découpé tout le film. Dès que tu as tout en tête, c’est précieux pour toute l’équipe, pour soi, pour ta direction d’acteurs pour laquelle tu auras plus de temps derrière, tout est plus précis. On sait où on va.

Est-ce que photographier, ce n’est pas aussi réaliser ?
Complètement. Quand je photographie, je retranscris avant tout les émotions. J’aime ça. Au-delà des similitudes, quand on maîtrise les valeurs de cadres, les lumières, etc… et qu’on fait un choix d’axes, d’heures pour tourner une scène, le choix d’une lumière pour une séquence, tu sais pourquoi tu vas la tourner à cette heure-là, tu peux expliquer tes décisions. Je pense au premier plan de Jean-Michel dans un cimetière, qui est en contre-jour. J’avais, dès la lecture du scénario, cette envie de commencer par ce plan-là. La photo c’est donc un plus, ça t’aide techniquement et esthétiquement à voir plus facilement ce que tu imagines.

On peut dire que l’instrument photographique et un prolongement de la caméra. Ou inversement…
Exactement. Et de ton œil, aussi. C’est peut-être pour ça que je vais être plus pointilleux sur ces endroits-là. Quand tu as un cadre en tête, tu sais et tu peux justifier pourquoi tu vas mettre ta caméra ici et pas ailleurs. C’est jouissif, derrière, de pouvoir bosser avec des gens qui nous permettent de réaliser ce qu’on a imaginé.

« J.M Tinivelli porte ce téléfilm à merveille. Simon Coleman, c’est lui ».

Comment s’est passé votre collaboration avec Jean-Michel ?

Avec Jean-Michel, la confiance s’est installée assez rapidement. C’est un comédien qui ne triche pas et extrêmement bosseur. Il sortait de la dernière saison d’Alice Nevers et j’appréhendais un peu qu’il soit sur les rotules, fatigué. Dès la première journée de tournage, j’ai compris à qui j’avais affaire car on se rend compte qu’il a beaucoup bossé en amont. Ce n’est pas parce que c’est Jean-Michel Tinivelli qu’il ne se remet pas en question. Il n’a d’ailleurs pas bossé que son texte, il a aussi bossé sur le fond et le moindre détail. Nous nous sommes vite apprivoisés et, je pense, qu’il m’a fait confiance. C’était un vrai bonheur. On a construit, on a essayé des choses, on a poussé sur certaines, on s’est laissé des choix au montage… cette confiance on la ressent, à mon avis, à l’écran car, comme je le disais, il porte ce téléfilm à merveille. Simon Coleman, c’est lui. Il représente ce qu’on voulait faire de ce personnage.

Simon et ses neveux habitent dans une grande maison. Comment avez-vous pensé ce lieu de vie et de quelle façon l’avez-vous rendue vivante ?
On voulait une maison familiale, chaleureuse, qui respire la vie. La déco a fait un travail fantastique. C’était une de mes exigences, rendre tout ça crédible, dans le moindre détail. Quand nous avons visité la maison en repérage, ça n’a rien à voir avec ce que nous avions ensuite à l’image. La déco a passé, il me semble, deux jours à tout retaper, à bosser chaque petit détail en demandant au passage des photos aux familles des jeunes acteurs, par exemple. Je souhaitais vraiment pouvoir m’appuyer sur tout un tas de photos et de souvenirs pour plonger le téléspectateur dans l’émotion de cette famille brisée. Je voulais que ça respire le vrai. Donc, cela passe par des photos des acteurs plus jeunes, sur une multitude d’accessoires, etc… Je tiens encore à féliciter les décorateurs et les accessoiristes pour leur travail. Cette chaleur, elle passe aussi par la lumière et l’énergie des comédiens qui donne à cette maison de la couleur, de la vie, du soleil.

Sur le choix de la maison, nous avions été difficiles. Nous voulions la maison idéale. Celle-ci, techniquement, était parfaite puisqu’elle nous permettait une déambulation des caméras assez agréable. C’était important pour moi cet aspect-là, de pouvoir bouger dans les espaces avec un steady-cam sans être amené à des changements de plans.

Vous aimeriez continuer l’aventure ?
J’ai été très heureux et flatté que l’on pense à moi. Se voir confier la réalisation et la création d’une fiction, c’est très excitant. J’ai tout de suite dit oui. Désormais, et c’est notre espoir à tous, nous espérons que Simon Coleman aura sa propre série.

Vous pouvez retrouver mon interview de Jean-Michel Tinivelli ici.