BÉRANGÈRE MCNEESE, ACTRICE SOMPTUEUSE ET AUDACIEUSE : « Quand je suis arrivée à Paris, être belge n’était pas stylé »

Crédit photo : (© Nathacha Lamblin)

Elle a le charme des plus grandes actrices d’Hollywood et la gentillesse légendaire des Belges, Bérangère McNeese n’a rien à envier aux deux mondes dont elle a la nationalité. Comédienne unique, souvent cantonnée aux rôles secondaires au cinéma (La French, Grave, Mascarade, Ailleurs si j’y suis…) c’est à la télévision qu’elle explose et qu’elle dévoile tout son potentiel. Connue notamment pour le rôle de Daphné Forestier, informaticienne en herbe dans la série HPI, Bérangère McNeese passe d’un genre à l’autre avec une aisance folle et une vision claire de son métier. De la comédie sociale avec Lycée Toulouse Lautrec, au thriller avec Braqueurs, en passant par la série policière burlesque avec Des Gens biens, l’actrice s’autorise tout, s’aventure partout. Au point même de réaliser ses propres films. Car oui, Bérangère McNeese est aussi une réalisatrice hors-pair. À son actif, trois courts-métrages : Le Sommeil des Amazones (2015), Les corps purs (co-réalisé avec Guillaume de Ginestel – 2017) et Matriochkas (2019) primé au Magritte 2020. Rien que ça !

Rencontre avec une comédienne attachante à l’avenir plus que prometteur…

« J’avais très envie d’être comme ma grand-mère et de la rendre fière »

D’où vous vient cette passion pour le cinéma, la comédie et ce désir de devenir actrice ?
C’est arrivé très tôt dans ma vie. Mais j’étais tellement jeune que je ne me souviens plus des raisons rationnelles qui m’ont poussé à vouloir faire ce métier. Néanmoins, au début, je pense que j’ai souhaité faire ce métier pour les mauvaises raisons. Il y avait quelque chose de l’ordre d’être vue et reconnue, plus porté sur le glam que sur le travail. En grandissant, j’ai pris réellement conscience de ce qu’était être comédienne. Ça m’a donné davantage de raisons de continuer, mais pour des raisons très différentes.
[…] Je ne vais pas faire de la psychanalyse de comptoir mais le théâtre et le cinéma étaient très liés à ma grand-mère paternelle, aux États-Unis. Nous étions souvent dans une relation à distance, il y avait alors une sorte de fantasme. J’avais très envie d’être comme ma grand-mère et de la rendre fière. Le monde du cinéma a été le moyen le plus rapide que j’ai trouvé. Ce sont les raisons initiales. Ensuite, comme je le disais, d’autres choses se mélangent, l’envie de réaliser, de jouer des personnages qui défendent une cause, qui me parlent dans la vie.

« Je crois que les personnages autant que les actrices m’ont profondément marqué »

Votre papa est américain et votre maman est belge. Est-ce qu’il y a des films et des actrices américains et/ou belges qui vous ont inspiré et, inconsciemment peut-être, donné envie de faire ce métier ?
Dans mes souvenirs d’actrices que j’ai aimées étant jeune et encore à l’heure actuelle, il y a Julia Roberts. Une icône absolue pour moi. Petite, j’ai dû regarder Pretty Woman un nombre incalculable de fois, sans vraiment comprendre de quoi le film parlait (rire). Plus tard, j’ai eu une révélation pour Gena Rowlands. C’est là que je me suis rendu compte de la magnitude de ce que cela pouvait être de se transformer, de raconter une histoire avec tout ce que l’on a, avec son corps. C’était une leçon de la voir. Je me souviens aussi de Thelma et Louise, de personnages féminins forts. Je crois que les personnages autant que les actrices m’ont profondément marqué.

« Être actrice à Hollywood, ça ne me donne pas envie »

Avec cette double nationalité, vous auriez pu vivre le rêve américain mais avez choisi La France…

La question s’est posée de où s’établir. Venant de Bruxelles, j’avais envie de m’installer soit à Paris, soit à Los Angeles. Mais j’avais 17 ans, donc j’ai choisi Paris. Je ne le regrette pas parce que je pense que l’industrie du cinéma en France, même si elle a quelques défauts, est une industrie plus ouverte, plus bienveillante, moins rude. Bien que je n’ai jamais pu vraiment faire de comparaisons. Toutefois, on imagine bien, au vu des changements qu’Hollywood subit actuellement, que ce ne doit pas être facile tous les jours. Il y a longtemps eu une grande tolérance et qui, je pense, sont encore culturellement très imprégné. Être actrice à Hollywood, ça ne me donne pas envie. Je suis heureuse de mon choix.

Image : Bérangère McNeese incarne Cécile, la fille de Dany Boon et Valérie Bonneton, dans la comédie d’Alexandre Coffre Eyjafjallajökull (2013).

Toutefois, j’ai des amis comédiens qui ne comprennent pas. Il y a quelque chose de culte dans le rêve américain, dans le fait aussi de vouloir se rapprocher de nos idoles, d’un univers fantasmé, imagé. C’est attirant mais pour ma part, d’un point de vue purement professionnel, je n’ai pas de rêves de jeu, d’interprétations. Mon dernier court-métrage à eu beaucoup de prix aux États-Unis, cela m’a permis de côtoyer le mode de fonctionnement de leur industrie et c’est si différent dans le processus d’un long-métrage. Il y a moins ce concept de l’auteur.

La Belgique est un vivier de talents. Comment expliquez-vous que la Belgique voit émerger autant de talents ?
Je ne serais pas l’expliquer. C’est assez mystérieux. Quand je suis arrivée à Paris, être belge n’était pas stylé. Les comédiens belges peuvent se démarquer par rapport à eux-mêmes, ils sont plus libres et moins codés. Il y a une curiosité de l’autre. On dit souvent que les Belges sont hyper sympas et c’est vrai. Cependant, je ne sais pas pourquoi les artistes belges, dans toutes les catégories, émergent de plus en plus aujourd’hui. En tous cas, lorsque je dis que je suis belge, il y a toujours une oreille qui se lève. Désormais, c’est comme avoir un atout en plus.

« Dans la troisième saison de HPI, Daphné va sortir un peu du commissariat »

À la télévision, le grand public vous a découvert grâce à la série HPI, où vous incarnez le personnage de Daphné Forestier. Vous avez créé une vraie famille avec Audrey Fleurot, Mehdi Nebbou, Bruno Sanches et Marie Denarnaurd. De quelle façon avez-vous créé cette complicité ?

Elle s’est mise en place naturellement. Nous sommes tous arrivés avec une image de nous ce que nous allions faire et nous avons été bouleversés en voyant le résultat de la première saison. C’est une série dont l’identité prend sens dans la mise en scène et les intentions de réalisation. Il y a beaucoup de flash et de montage. Cela nous l’avons vu qu’après, et ça nous a ému. Dans le travail, c’est d’autant plus motivant d’y retourner en se disant que, non seulement elle est vue par des millions de gens, mais aussi parce qu’il y a une ambiance de famille extraordinaire. Retourner sur le tournage avec des gens merveilleux créé une familiarité. Puis, savoir que nous jouons des personnages assez marrants, ça motive également.

Image : Bérangère McNeese (Daphné Forestier) au côté d’Audrey Fleurot (Morgane Alvaro) dans HPI.

Le succès d’HPI, vous a-t-il ouvert des portes ?
On me propose des choses plus facilement. […] Cependant, je reçois des scénarios et des projets avec des personnages plutôt proche de Daphné. C’est super de ne pas devoir convaincre mais je n’ai pas non plus envie de m’enfermer dans ce type de rôles. Quand je sors de HPI, j’ai envie de jouer d’autres choses, d’explorer d’autres horizons. C’est à double tranchant. D’autant que ce genre de séries policières avec une touche de comédie fonctionnent bien, il y a alors plein de gens qui ont envie de se lancer là-dedans. C’est un challenge pour nous ensuite de ne pas aller tout le temps vers ce type de contenus.

Justement, au cinéma ou à la télévision, on peut voir voir dans des genres très différents. C’est important pour vous de vous rendre sur des projets aux univers distincts ?
C’est essentiel. Pour l’instant, on me propose beaucoup de séries policières mais ce sont des projets que je ne souhaite pas réaliser en ce moment. Je ne veux pas explorer que ça. Autant en tant que comédienne, il est chouette de pouvoir se diriger vers de multiples expériences, mais aussi en tant qu’humain, de pouvoir explorer, d’expérimenter, et de rencontrer des personnes qui viennent d’univers différents et qui portent des projets singuliers. C’est une richesse dans la vie de pouvoir changer de chapitre à chaque projet. […] Ce qui est agréable, c’est de jouer des personnages qui ne sont pas des accessoires, et qui ont eux-mêmes leur arche narratif, leurs motivations et qu’on peut comprendre. Je peux faire toutes sortes de rôles, principaux ou secondaires par contre, il est indispensable que le personnage soit nuancé, qu’elle nous rapproche de notre expérience d’humain. Pour HPI, par exemple, j’ai aimé Daphné car c’est un personnage multi-facettes. Elle est droite, stricte dans le travail, mais libérée et se lâche à fond en dehors du commissariat. C’était intéressant de travailler cette dualité là ainsi que la manière dont on va trouver ça chez un personnage. De plus, comme c’est une série qui avance dans le temps, il y a sûrement plein de choses qu’on ne connaît pas chez Daphné.

Comment va évoluer Daphné dans la troisième saison ?
Dans la troisième saison de HPI, Daphné va sortir un peu du commissariat. À la fin de la saison 2, les relations avec Morgane étaient un peu tendues. Ce sont deux personnages différents car Daphné est très procédurale, elle respecte la loi et les règles. Pour autant, quand Morgane quitte la police, elle s’aperçoit qu’il y avait un vrai attachement. Ça créé un vide. L’objectif va être de la récupérer, malgré les divergences, et comment nous allons parvenir à fonctionner ensemble.

HPI – saison 3, dès le 11 mai sur TF1.

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