Un acteur porno en manque d’amour, c’est le pitch de départ de la nouvelle fiction de Frédéric Hazan (Forte, Reste un peu…). Depuis quelques temps, Marco est pris d’étranges malaises, il s’effondre inanimé, comme foudroyé. Après avoir étudié son cerveau, on lui diagnostique un bien étrange et rare mal… Marco a besoin d’amour. S’il ne trouve pas cet amour, si on ne l’aime pas, un jour il s’effondrera et ne se relèvera pas. Une quête d’amour charmante, entre rires et larmes, où Frédéric Hazan compose un héros pathétique terriblement charmant.
Un nouveau héros qu’on a envie d’aimer
Marco Delgado est un personnage à l’image de millions d’hommes. À 40 ans, il n’a ni femme, ni enfant, aucune réelle attache émotionnelle et les relations avec ses parents sont extrêmement compliquées voire inexistantes. Avec un métier comme le sien, difficile de construire une relation amoureuse stable. Être acteur porno, ce n’est pas forcément attrayant. Pourtant, sa nonchalance, sa bonhomie, sa figure et sa manière de parler presque enfantine, son côté je-m’en-foutiste à certains égards, nous touche. Ce personnage pathétique, qui enchaîne quelques drames, séduit au point que sa quête à la recherche d’un amour tisse un véritable lien entre lui et le spectateur. Nous sommes, autant que Marco, investi émotionnellement dans cette odyssée merveilleuse que Frédéric Hazan qualifie d’héroïque : « Il fait souvent les mauvais choix. Il est impulsif. Malgré tout, il a une quête et a un comportement assez héroïque puisqu’il va le chercher cet amour. De façon maladroite certes, mais il y va. L’amour est loin de lui et, par moment, il pense qu’il n’a pas les épaules pour assumer cet amour. Il est à la fois attachant et agaçant. Il y a des moments où nous avons envie de lui dire de prendre des bonnes décisions. Pour l’interpréter, j’ai essayé de me dire que c’était un homme profondément humain, comme nous le sommes. Souvent, nous prenons des décisions en dépit du bon sens pour arriver enfin à la bonne décision. C’est un parcours humain ».

« J’avais deux idées de série en tête. La première, celle d’un acteur porno qui ne se retrouvait plus dans ce nouveau milieu du porno. C’est un milieu qui a changé. C’est devenu violent et ça reflète le capitalisme d’aujourd’hui et ses travers. C’est de l’abatage. Lui était dans un porno à l’ancienne, où il avait ses marques, des potes, etc. Il est d’ailleurs quasiment à la retraite. De l’autre côté, il y avait ce désir de parler d’une personne qui n’a jamais eu d’amour. Quand on est amoureux, le cerveau sécrète de l’Oxytocine. J’ai été voir un neurologue qui m’a confirmé qu’une personne sans amour pourrait ressentir des sortes de malaises. J’ai mélangé ces deux thèmes : le portrait d’un acteur porno et le besoin d’amour »
Rares sont les séries qui parviennent à équilibrer intelligemment la comédie et le drame. Besoin d’amour réussit ce tour de force. Frédéric Hazan compose une narration où se mêlent avec beaucoup de grâce, un humour noir provocant et un mélodrame choc au sein duquel les situations dramatiques sont d’une violence inouïe. Le personnage de Clémentine Célarié, la mère de Marco Delgado, est le parfait modèle de cette férocité. Elle tient des propos vifs et d’une froideur perturbante. Une écriture habile qui rappelle des séries telles que After Life de Ricky Gervais dans laquelle l’humour et la tragédie fusionnent pour délivrer un cocktail détonnant : « Les gens savent et acceptent désormais qu’une grosse séquence de comédie peut précéder une grande séquence d’émotions, sans pour autant mettre des warning, en amont, par prévention. J’aime les transitions brutes. Je pars du principe que le spectateur est suffisamment intelligent pour appréhender tout ça. Il y a une culture de la série chez le public et il a l’habitude. Donc, je ne me limite pas. Je vais aussi bien à fond dans la comédie que dans le drame et y met autant de sincérité dans l’un comme dans l’autre ».
Une société en manque d’amour ?
Cette nécessité de trouver l’amour n’est pas qu’un besoin d’amour sentimental. C’est aussi un besoin d’amour familial. Et ce n’est pas avec sa mère que Marco Delgado risque de combler ce manque affectif. Clémentine Célarié, qui incarne donc la mère de Marco, se présente comme une femme froide, que rien n’atteint. Ses répliques cinglantes envers son fils contrastent avec la douceur dont elle peut faire preuve envers les autres enfants lors de ses séances de psychothérapies :

« Je voulais que ce soit Clémentine Célarié parce qu’elle a quelque chose d’attachant. Il fallait qu’on lui pardonne cette dureté avec Marco. C’est une femme un peu dingue qui ne maîtrise pas ce qu’elle fait, ni ce qu’elle dit. Dans le fond, elle l’aime son fils adoptif. Mais elle n’a pas su l’élever, ni l’aimer et elle ne sait pas comment lui montrer. C’est une bonne psychothérapeute mais elle n’aurait jamais dû adopter un enfant, elle ne sait pas faire. À la fin, on arrive à lui pardonner cette folie et cette intransigeance. Je voulais un personnage dans ce style dès le départ. Nous avons beaucoup travaillé la coiffure, le look aussi, pour que les spectateurs trouvent ça too much ».
Parmi les autres guests de la série, notons la présence de Constance Labbé, dans une apparition hilarante, Gérard Jugnot en agent de stars du porno plus que convaincant et Camille Combal en acteur du petit écran imbuvable et détesté de tous : « J’aimais beaucoup l’idée de jouer avec l’image de Camille. C’est une star sur TF1, quelqu’un d’installé. Le personnage qu’il interprète est à l’opposé de ce qu’est Camille dans la vie. Son personnage est irrespectueux et arrogant alors qu’il joue dans des séries pourries. C’était également le moyen pour moi de me moquer de ces chaînes de télé qui traitent de sujets sociétaux dans des séries alors que c’est complètement gratuit. Pour Gérard, je souhaitais qu’il vienne parce que je l’adore et je savais qu’il ferait un super agent, pathétique, un peu naze, humain mais pas toujours honnête ».
Tous ces personnages ont un point commun. Ils manquent cruellement d’amour. Ils sont devenus des coquilles vides, incapable d’éprouver de vrais sentiments alors qu’ils cherchent tous à être aimés : « C’était le but. J’avais vraiment envie de montrer comment la solitude impacte les êtres humains, à différents niveaux. Ils sont seuls. Sans rentrer dans la psychologie de comptoir, je me disais que la COVID a crée une extrême solitude. Lorsque je vois les premiers retours sur la série, j’ai vu que cette solitude parlait aux gens ».
Avec des thèmes très concrets et parfois déprimants (la solitude), nous pourrions nous attendre à une série terne. Il n’en est rien. Besoin d’amour est une fiction ultra-colorée. Des couleurs chatoyantes, vives et des décors qui rappellent par ailleurs le cinéma de Pedro Almodovar et Wes Anderson, à la fois dans l’étalonnage et dans la symétrie de certains plans. Pour Frédéric Hazan, ces couleurs ont une symbolique : « Je voulais qu’on ressente l’espoir à l’image. Qu’on se dise qu’au fond de Marco, il y a toutes ces couleurs là. Donc, à l’écran, c’est très coloré, très joyeux, très vivant ».
Les premiers épisodes de Besoin d’amour seront diffusés dès le 11 mai sur OCS.
