[CRITIQUE] – FARANG : AMOUR & VIOLENCE, LA VENGEANCE PAR LE SANG

Depuis quelques années, le film d’action français fait un retour tonitruant sur les écrans ! Sur plateforme d’abord avec les « Balle Perdue » de Guillaume Perret et le « AKA » Morgan S. Dalibert (disponible sur Netflix). Le prochain, Farang, sort au cinéma. L’histoire sanglante d’une vengeance sans pitié, signée par le réalisateur Xavier Gens (Gangs of London, Hitman). Un bain de sang inoubliable !

La Thaïlande, terre de seconde chance…

La plupart des films d’action ont un défaut inhérent, un défaut majeur d’écriture, la caractérisation émotionnelle de leur héros. Avec Farang, Xavier Gens et ses co-auteurs Guillaume Lemans et Magali Rossito prennent le contre-pied et proposent une véritable introduction sous forme d’un premier acte exclusivement consacré au développement humain de Sam (Nassim Lyes), leur héros. C’est peut-être long, c’est peut-être bavard, mais essentiel. C’est un principe de base en écriture scénaristique si vous souhaitez que le public s’intéresse à votre personnage et vive intensément ses émotions.

Xavier Gens nous confronte en premier à la brutalité de la vie : au milieu carcéral puis, à la réinsertion difficile de Sam tandis que ses « anciens amis » le harcèlent pour revenir dans le mauvais chemin. Là, le réalisateur nous dévoile les caractéristiques fondamentales de la personnalité de Sam : un homme que la vie n’a pas épargné mais avec l’envie profonde de s’en sortir, de faire table rase du passé, travailleur et respectueux des autres mais aussi envers ses obligations. Une approche à laquelle le spectateur va s’accrocher, être sensible, et dont Xavier Gens va se servir pour appuyer le premier drame de Sam et déchiqueter toute possibilité d’un retour en arrière. Après une course-poursuite entre lui et une bande de jeunes délinquants qui tourne mal, et la mort d’un de ses poursuivants, Sam est obligé de fuir en Thaïlande afin d’éviter à nouveau la prison.
Premier drame.

Cinq années ont passé et ce dernier a refait sa vie. Une vie rangée au côté de sa compagne, Mia (Loryn Nounay) et sa belle-fille, Dara (Tangwa). Bagagiste, il continue en parallèle les sports de combat pour arrondir ses fins de mois. Tout semble aller pour mieux. On y découvre un « père de famille » aimant, tendre, attentionné. Une sorte de papa poule. Un mari comblé et une histoire d’amour à laquelle tout homme aspire. Xavier Gens prend son temps. Il filme l’intimité avec un maximum d’intensité et de grandeur. Cette mise en scène lui permet de dévoiler toute l’ampleur d’un amour sincère dans l’objectif de donner, par la suite, davantage d’impact à la destruction de cette sphère heureuse. Parce que le bonheur ne dure que le temps d’une respiration…

et terre de corruption.

Une rencontre a un pouvoir immense sur la destinée d’une personne. Elle peut faire basculer votre vie dans un chaos irréversible, anéantir tout ce que vous avez de plus précieux. Sam en fait les frais. Pour bâtir son rêve au côté de sa compagne et de sa « fille » et avoir ainsi la chance d’ouvrir un restaurant en bord de mer, Sam accepte une mission pour un mafieux local, froidement interprété par un Olivier Gourmet impitoyable. Le piège se referme et l’histoire bascule dans l’horreur. Sa femme est assassinée sauvagement, sa fille kidnappée pour sales besognes. Sam n’a plus qu’une idée en tête : retrouver sa fille et se venger des hommes qui ont tué l’amour de sa vie. Classique.
Et deuxième drame pour Sam.
Ce second préambule merveilleux explose en plein vol, sous nos yeux traumatisés. Xavier Gens joue avec nous. Nous contraint au merveilleux et à l’horreur. Sans cesse. Dans un aller-retour infernal. Comme si le répit n’existait pas pour certains hommes. Son objectif est alors réussi : investir émotionnellement le spectateur dans la vie de Sam, dans ses espoirs et dans ses tragédies. Toute la beauté de l’écriture atteint ici son paroxysme. Tout l’amour pour sa famille, nous la ressentons. La souffrance de Sam est la nôtre. Toute sa rage, nous l’éprouvons.

Xavier Gens a un autre atout. Outre une réalisation millimétrée avec des mouvements de caméras clairs et parfaitement coordonnés aux actions ainsi que des chorégraphies immersives aussi puissantes qu’un John Wick, c’est la férocité dont le film fait preuve à travers son héros qui surprend. Une violence décuplée à l’extrême et une explosion de sang qui ferait rougir Tarantino mais offre à Farang un énergie brute qui vient compenser avec une première partie plutôt calme. Il faut dire que Farang ressemble plus à un The Raid dans son émulation d’hémoglobines qu’à un John Wick. Autre influence d’un réalisateur passionné depuis longtemps par un cinéma asiatique qui ne fait, lui aussi, jamais dans la dentelle.

Cependant, Farang ne serait rien sans son interprète principal, Nassim Lyes, véritable révélation dans ce registre difficile et exigeant. Il livre une performance impeccable, dure, sans caricature. Une intelligence d’esprit qui traverse un regard sombre et vengeur. Ce qui est intéressant avec le personnage de Sam, c’est qu’il n’est, à aucun moment, présenté comme un tueur. Il n’a aucun compétence hormis celle acquise grâce au sport de combat. D’ailleurs, on le voit lorsque Sam tue son premier adversaire. Il est perturbé. Mais les obstacles étant de plus en plus nombreux et insurmontables, que sa rage de vaincre se décuple et, avec elle, une violence sans concession. Pour se venger, il faudra tuer. Dans le regard de Nassim, il y a tout ça. Le comédien retranscrit divinement la fureur de vivre.

Conclusion

Xavier Gens est en grande forme ! Le réalisateur projette sur Farang tout son savoir-faire dans une nouvelle production émouvante et animale. Une surenchère de violence jouissive mais amenée de manière intelligente à la faveur d’une préface très bien écrite. Il y a dans Farang une authenticité dans sa façon de traiter la vie et les rêves d’un homme qu’il est rare de trouver dans les films d’action moderne.
On ne sort pas indemne de Farang. Aussi bien physiquement qu’émotionnellement. La force d’une mise en scène percutante et musclée !

Farang, le 28 juin au cinéma.

Synopsis :
Sam est un détenu exemplaire. A quelques mois de sa sortie de prison, il prépare assidûment sa réinsertion. Lors d’une permission, son passé le rattrape et un accident ne lui laisse qu’un seul choix : la fuite. Cinq ans plus tard, il a refait sa vie en Thaïlande, où il a fondé la famille dont il a toujours rêvé. Mais Narong, le parrain local, l’oblige à plonger à nouveau dans la délinquance. Quand Sam veut tout arrêter, Narong s’attaque à sa famille… Sam va traverser la Thaïlande pour se venger de son bourreau.

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