[CRITIQUE] – LES ORPHELINS : L’ACTION FRANÇAISE AVEC DU CŒUR

Alban Lenoir et Dali Bensallah sont les orphelins d’Olivier Schneider. Dans ce film d’action 100 % français, le coordinateur de cascades – reconnu mondialement pour James Bond : Spectre et No Time to Die, ainsi que Fast and Furious 6 – signe un second long-métrage à la fois intimiste et violent, porté par une histoire de vengeance qui pourrait bien réunir deux frères de cœur.

Action & émotion : un récit nuancé ?

Gab (Alban Lenoir) et Driss (Dali Bensallah), amis d’enfance séparés depuis leur départ de l’orphelinat, mènent désormais des vies opposées : l’un est flic à l’IGPN, l’autre fixeur pour des voyous. Lorsque leur premier amour meurt dans un accident suspect, sa fille Leïla (Sonia Faidi), 17 ans, s’empare de l’arme de Gab et se lance sur la piste d’une puissante entreprise prête à tout pour étouffer l’affaire. Contraints de s’allier, les orphelins devront l’arrêter avant qu’elle ne commette l’irréparable…

Après GTMax, où il était déjà question de fratrie, Olivier Schneider poursuit son exploration des relations humaines et familiales. Dans Les Orphelins, le réalisateur met en scène deux héros brisés par une jeunesse difficile, face à une famille bourgeoise où les rapports filiaux sont tout aussi complexes. C’est la force de ce récit, coécrit avec Alban Lenoir, Jean-André Yerlès (La Cage dorée, Demain tout commence…) et Nicolas Peufaillit (Un prophète, Les Revenants…) : opposer deux destins par le prisme d’un drame, tout en l’enveloppant d’une humanité qui évite le piège d’une intrigue sans enjeux et de protagonistes fades.
Bien sûr, l’équilibre n’est pas toujours parfait. Le film souffre de quelques longueurs dans sa première heure, un problème de rythme qui ralentit l’action. Mais ces respirations créent aussi des moments de complicité entre Gab, Idriss et Leïla, à la fois touchants et amusants, et offrent un véritable développement à des héros en constante évolution. C’est souvent ce qui manque aux films d’action : ces instants où les personnages existent autrement que par leurs capacités physiques. Olivier Schneider fait le pari – le même que Xavier Gens avec Farang – de faire monter progressivement son récit en intensité. Une sobriété qui contraste avec le cinéma américain, souvent plus paresseux sur l’écriture et la caractérisation des personnages, préférant les séquences grandiloquentes et les explosions à outrance, au risque de saturer le spectateur. Les moyens budgétaires plus modestes jouent aussi, mais ils donnent à nos productions une french touch qui mise davantage sur le ressenti des personnages.

Les dynamiques entre Alban Lenoir et Dali Bensallah portent le film à bout de bras. L’un masque ses peines derrière un tempérament froid, l’autre derrière un humour pince-sans-rire et une malice qui fonctionnent parfaitement, donnant une accroche émotionnelle à deux héros en quête d’identité. Car Les Orphelins, c’est également une réflexion sur la manière dont on se définit en tant qu’homme. L’arrivée de Leïla, qui vient bousculer leur duo, apporte un souffle nouveau. Le running gag autour de « je suis son père » sert à approfondir les désirs intimes de chacun, leur vision de l’avenir et leurs blessures cachées. Car si l’humour permet de s’échapper du tragique, il masque un profond besoin d’amour et de reconstruction. Les Orphelins, c’est ça : l’absence et le manque, la façon de les combler sincèrement, et la volonté de se reconstruire après les drames de la vie.

En tant que coordinateur de cascades, Olivier Schneider maîtrise son sujet. Les courses-poursuites et les scènes de combat sont de qualité (même s’il y a deux ou trois incrustations ratées). Malgré un budget plus restreint, le réalisateur parvient à créer des séquences intenses, féroces et brûlantes, notamment dans sa dernière demi-heure, point d’orgue du récit, où tout s’emballe dans une farandole de bastons et de fusillades. Il y a de l’ambition, une volonté d’offrir le meilleur au public, et si les scènes d’action ne révolutionnent rien, Olivier Schneider possède un vrai don pour la scénographie.

Crédit photo : Selim Hammoumi

Il sait où placer sa caméra pour filmer les coups et leur donner cette vigueur afin que nous puissions les ressentir, pour filmer les tirs et leur donner un impact puissant à l’écran.

Conclusion

Avec Les Orphelins, Olivier Schneider prend à son tour le cinéma d’action français en main, à l’instar de ses amis Guillaume Pierret (Balle Perdue) ou Xavier Gens (Farang, Sous la Seine). Fort de son expérience de coordinateur de cascades en France et à l’étranger sur de grosses productions, le désormais réalisateur signe un second long-métrage plein de générosité, d’envie et d’amour pour un genre avec lequel la France renoue avec un succès certain. Pour preuve : le récent K.O. d’Antoine Blossier sur Netflix.

Alban Lenoir et Dali Bensallah forment un tandem original, dans une histoire qui donne sa place à l’intime, et où leur complicité transpire à l’écran grâce à des joutes verbales tendres et drôles. N’oublions pas la jeune Sonia Faidi, future relève du cinéma d’action ? Elle impressionne, et on aurait aimé en voir davantage tant ses aptitudes physiques sont évidentes. Enfin, un casting ne serait rien sans un bon méchant. Si Suzanne Clément est méconnaissable en industrielle impitoyable, Romain Levi, lui, incarne à la perfection ce « tueur » sans scrupules, prêt à tout pour parvenir à ses fins. La dureté de son regard et la violence de ses coups sont d’une authenticité folle. Un méchant comme on les aime, qui apporte du fil à retordre à nos deux héros.

Les Orphelins, le 20 août au cinéma.

Casting : Alban Lenoir, Dali Bensallah, Sonia Faidi, Anouk Grinberg, Suzanne Clément, Romain Levi, Naidra Ayadi…

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