[INTERVIEW] – UN DESTIN INATTENDU, ENTRETIEN AVEC LA COMÉDIENNE ESTHER ROLLANDE : « Ma première source d’inspiration, c’est ma maman »

Esther Rollande n’est qu’aux prémisses de sa carrière pourtant, elle a déjà tout d’une grande. Après un rôle dans le formidable film de Marion Desseigne-Ravel « Les Meilleures », long-métrage traitant de l’homosexualité au féminin dans le quartier de la Goutte d’Or, elle est à l’affiche de « Un destin inattendu », première réalisation de Sonia Rolland et diffusée le 3 janvier prochain sur France 2. Inspiré de faits réels, ce téléfilm présenté au Festival de la Fiction en septembre dernier, touche au cœur. Esther Rollande y incarne Nadia, une jeune femme de la banlieue, repérée par le Comité Miss France pour concourir en tant que Miss Poitou-Charentes. Dans ce rôle, la jeune actrice porte sur ses épaules une histoire bouleversante avec une justesse exigeante et humilité rare, sublime l’écran par son aisance et sa prestance. Alors qu’elle sera aussi au casting de la seconde saison de la série TF1 « Lycée Toulouse Lautrec », Esther Rollande revient sur cette aventure inoubliable au côté de Sonia Roland, la manière dont elle s’est emparée du rôle de Nadia et se confie, en faisant un parallèle avec son propre vécu, sur ce personnage qui subit à la fois les idées reçues et le racisme.

« J’ai beaucoup écrit également autour de ce personnage, mes ressentis, mes idées… J’avais un carnet complet de mes recherches, en mode Hermione Granger, que j’adore »

Dans « Un destin inattendu », vous incarnez le rôle de Nadia, personnage inspiré de la vie de Sonia Rolland. Racontez-nous votre première rencontre…
J’ai rencontré Sonia après deux call-back, alors que je n’avais toujours pas le rôle. Nous avons pris un café ensemble. J’étais assez impressionnée parce que c’était un casting sur lequel j’étais depuis maintenant six mois. J’avais déjà lu le scénario et il m’avait bouleversée. Je voulais absolument obtenir le rôle. Rencontrer Sonia, c’était un enjeu énorme. C’est une personne qui m’a tout de suite touchée car elle est très simple dans sa manière d’être, très accessible, très humaine. Elle a une aura positive. C’est rare de rencontrer des personnes si humbles, si vraies. Elle m’a inspirée. Si un jour j’ai une carrière d’actrice, je voudrais vraiment lui ressembler. Chacun est unique, bien entendu, mais j’aimerais pouvoir réagir à la célébrité, à cette vie-là, de sa façon, en restant humble et humaine.

De quelle façon vous a-t-elle guidée pour interpréter le rôle de Nadia ? Et vous, comment vous êtes-vous appropriée ce rôle ?
La première chose qu’elle m’a dite c’est : « Ne cherche pas à me ressembler, construit le personnage que tu veux ». Elle voulait, je pense, prendre aussi ses distances avec ce personnage-là. J’ai donc été très libre. Pour construire un personnage, j’ai besoin de passer par l’Art. Je dessine énormément. Alors, j’ai dessiné mon héroïne. Quand je marchais dans la rue, je m’imaginais la manière dont Nadia se déplacerait. Quand j’écoutais de la musique, je me demandais ce que Nadia écouterait comme musique. Je me suis fait des playlists. J’ai beaucoup écrit également autour de ce personnage, mes ressentis, mes idées… J’avais un carnet complet de mes recherches, en mode Hermione Granger, que j’adore. Tous ces éléments artistiques m’ont permis de m’imprégner du personnage et de le ressentir. Puis, je me suis documentée sur le Rwanda en regardant notamment le documentaire de Sonia, qui m’a fait pleurer. J’ai vraiment pris le temps de me renseigner sur tous les sujets que Nadia connaît.
J’ai également fait du basket et j’avais la même coach que Tony Parker. Je le dis à tout le monde car je trouve ça stylé (rire). C’était une chance incroyable.

Vous êtes-vous préparée en amont pour avoir les mêmes démarches et postures que les Miss France ?
Je ne me suis pas du tout préparer à ça. Nadia n’y connaît rien. Je voulais partir du même point qu’elle. C’était important pour moi de tout découvrir en même temps que mon personnage, à la fois cette féminité mais aussi ce milieu-là.
Auparavant, je n’avais jamais regardé les Miss France à la télévision, comme Nadia d’ailleurs. Petite, je me battais, je trouais mes jeans, je jouais au foot. Je ne faisais pas « des trucs de filles », entre guillemets, d’après la société.

Au début du film, la mère de Nadia prononce cette phrase terrible : « Avance, travaille, le reste n’est pas pour les gens comme nous ». C’est quelque chose que vous avez déjà entendu ?

J’ai la chance immense d’avoir une maman qui m’a poussée, à l’image de Jacky, le père de Nadia dans le film. Ce père-là a réagit comme ma vraie mère. Elle m’a toujours poussée à croire en mes rêves, peu importe que ça paraisse impossible. Quand j’ai arrêté la fac pour devenir comédienne, elle m’a soutenue. C’est une des rares à l’avoir fait. J’ai une maman qui a toujours cru en moi, même plus que moi. […] Même dans le milieu du cinéma, je n’ai jamais entendu ça. Peut-être parce que je n’avais pas prévu que ça m’arriverait. Je n’ai pas grandi dans ce monde-là, ni dans cette culture-là et je ne connaissais personne. Ça m’est tombé dessus par hasard, après avoir passé un premier casting que j’ai obtenu. Puis, tous s’est enchaîné. Rien n’est joué d’avance, tout peut s’arrêter demain.

« Si je n’avais pas été comédienne, j’aurais peut-être été psychologue »

Dans le film, la mère a le rôle de la raison. Le père celui du rêve. C’était donc l’inverse chez vous…
En l’occurrence, je n’ai pas connu mon père. Ce n’est pas un sujet tabou, je vous rassure. Ma mère, elle, est un peu tout à la fois. C’est une guerrière. Elle nous a élevés seule. C’est le modèle que j’ai eu, celui d’une femme forte qui a toujours tout surmonté, sans l’aide de personne. Ma maman est très fière. Elle ne demande jamais d’aide. Ma première source d’inspiration, c’est ma maman. Tout ce que je fais aujourd’hui, je le fais aussi pour elle. J’ai envie qu’elle soit fière de moi et qu’elle se dise que tout ce qu’elle a fait, c’était pour quelque chose.

Cette notion de rêve est importante, elle parcourt la narration. Pour rebondir à ce que vous disiez, être comédienne n’a donc jamais été un rêve ?
Ce milieu m’a toujours intriguée. Mais ça n’a jamais été un rêve réel dans le sens où je me suis jamais permise d’y croire. Je n’ai jamais envisagé ça comme pouvant être un projet professionnel. Cependant, j’ai toujours aimé regarder les gens, les comprendre. Si je n’avais pas été comédienne, j’aurais peut-être été psychologue. Je me rends compte de la chance immense que j’ai de faire ce métier. Humainement, c’est un métier si puissant.

Il y a d’autres phrases très dures qui sont prononcées tout au long du récit et que votre personnage doit encaisser. Est-ce éprouvant, même si ce n’est qu’un rôle, de recevoir ce genre de paroles ?
C’est hyper intense, fort. Ce sont des phrases qui sont entendus par beaucoup d’enfants. Dès lors, tous les messages du film me touchent profondément. J’ai eu la chance d’être élevé dans ces messages-là, ceux de la tolérance, du respect des croyances (rêve ou autre) et je n’en serais pas là, à vous parler de ce film, si je n’avais pas été élevée ainsi. On peut gâcher la vie d’un enfant, gâcher ses rêves en ayant peur pour lui. Si on ne prend pas risque, on n’arrive à rien. Ma mère me disait souvent : « Aide-toi toi-même et le ciel t’aidera ». Si on provoque le destin, la vie vous amène des opportunités. On attire ce qu’on dégage.

Interview réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle.

Un destin inattendu, le 3 janvier sur France 2.

Synopsis :
Nadia, une jeune fille de 18 ans, métisse d’origine rwandaise, vit avec sa famille dans une cité ouvrière, d’une petite ville de Nouvelle Aquitaine. Recalée d’une possible carrière de basketteuse pour son mauvais caractère, elle est poussée par son père et ses amis à s’inscrire au concours de Miss Poitou-Charentes. Sans y croire, elle passe la première étape, en route vers un destin inattendu, pourvu qu’elle parvienne à dompter son tempérament rebelle, sans se renier ?

Inspiré de faits réels.

Casting : Esther Rollande, Clémentine Célarié, Thierry Godard, Meriem Serbah, Djibril Galy, Liam Hellman, Loriane Klupsch…