Après nous avoir révélé quelques secrets dans les coulisses d’« Hostile » et « Méandre », le maquilleur SFX et prothésiste Jean-Christophe Spadaccini revient sur la conception de la créature mythologique de « Gueules Noires », la nouvelle production horrifique de Mathieu Turi.
« J’ai fabriqué une grue en plateau qui pesait 100kg pour pouvoir manipuler la créature, vissée dans son dos »
Jean-Christophe Spadaccini : Chaque film est différent. Pour « Gueules Noires », Mathieu est venu avec l’idée d’une créature japonaise qui existait déjà. Il a contacté l’artiste en question, qui a lui donné son accord. Nous avons bossé à partir de cette créature, en apportant notre petite touche et en réalisant quelques modifications pour passer du dessin, à quelque chose en 3 dimensions, qui ne nous freinerait pas dans les mouvements de tête, par exemple. Sur les dessins originaux, il a des petites membranes qui partent du haut du crâne vers les épaules et nous les avons supprimées pour ne pas être contraints sur les mouvements de tête. C’est un des rares changements que nous avons opéré.

La taille a été une discussion. Si c’était un Dieu, ce qui est le cas dans le film, nous nous sommes dit qu’il fallait qu’elle soit imposante face aux humains. D’autant qu’au départ, Mathieu voulait un comédien dans un costume, ce qui me semblait peu réalisable avec une créature possédant six bras. À mettre en mouvement, ça paraissait compliqué. Avec Denis Gastou, nous nous sommes posés devant la maquette de la créature (que nous avions achetée en reproduction) et c’est là que l’idée d’une marionnette géante est apparue. Au début, je pensais qu’elle serait manipulée avec un harnais par une personne derrière mais le monstre était si grand que ce fut une idée caduque. J’ai donc fabriqué une grue en plateau qui pesait 100kg pour pouvoir la manipuler, vissée dans son dos. Chaque bras était, eux aussi, manipulé par des gens qui tenaient également des tiges avec des câbles pour faire bouger les doigts. Nous n’avons pas fabriqué de système mécanique pour les six mains, sinon cela faisait autant de temps à passer et nous avons donc fait une paire de mains où tous les doigts étaient articulés, une autre paire de mains où seuls les poignets étaient articulés, et une petite paire de main vers le haut qui, elle, était fixe.
Crédit photo : Capitaine Cinemaxx – Loïc Marie.
Image : Le monstre déploie ses membres. Impressionnant !
« Derrière cette bête, vous avez donc 8 à 9 personnes pour actionner la créature »

C’était un peu comme des cornes dont nous pouvions modifier la position avec un système de métal d’aluminium recuit que vous pouvez positionner comme vous le souhaitez. Ensuite, vous avez deux câbles qui permettent à la tête de faire des mouvements (droite, gauche, en bas, en haut) et des tiges pour les jambes. Derrière cette bête, vous avez donc 8 à 9 personnes pour actionner la créature. Nous avons sculpté à trois mains, avec l’aide aussi de Christophe Jadonnet et Denis Gastou. Nous avons sculpté le corps et la tête en une seule pièce, et nous avons coupé la tête pour des raisons pratiques. Cela nous permettait de pouvoir travailler les détails sur une table, assis, plutôt que de passer notre journée sur un escabeau. Denis a pris en charge les détails de la créature.
Crédit photo : Capitaine Cinemaxx – Loïc Marie.
Image : L’envers du décor.
Une fois moulé, avec la mousse de latex, et mécanisé, nous avons collé la peau sur la coque en résine. C’est là que Denis a mis tout son talent sur la peinture. Enfin, nous avons rajouté aussi du gel pour le faire briller.
. Ma critique de « Gueules Noires » est à retrouver ici et mon interview avec le comédien Amir El Kacem ici.
. Retrouvez sur Youtube (Capitaine Cinemaxx), une interview sur le tournage du film avec Mathieu Turi, la maquilleuse Nathalie Tissier ainsi que les producteurs Eric Gendarme et Thomas Lubeau.
« Gueules Noires » actuellement au cinéma.

Crédit photo : Capitaine Cinemaxx – Loïc Marie.
Image : Jean-Christophe Spadaccini s’amuse sur le tournage du film.

Crédit photo : Capitaine Cinemaxx – Loïc Marie.
Image : La créature s’apprête à rentrer en scène.

Crédit photo : Capitaine Cinemaxx – Loïc Marie.
Image : Mathieu Turi dit aurevoir à sa création.
