Sur sa promesse d’une fiction de qualité, ARTE dégaine prochainement sa nouvelle série : « De Grâce ». Un thriller dans l’univers des dockers, dans lequel un père de famille voit son entourage sombrer après que de la drogue a été retrouvée dans la voiture d’un de ses fils. Suspens, tension et rebondissements inattendus sont au centre de ce récit puissant et particulièrement enivrant. Portée par un casting phénoménal, la série créée par Baptiste Fillon et Maxime Crupaux est l’événement de cette rentrée 2024 !
Docker un jour, docker toujours !
Pierre Leprieur est né au Havre. Homme de convictions, il est devenu par son engagement politique et syndical une figure respectée parmi les dockers. Mais depuis quelques années, le trafic de drogue ronge les docks du Havre et ceux qui y travaillent. Si complices il y a, chacun mène sa barque sans broncher. Plus qu’un métier, c’est une coalition parfaite qui unissent ces hommes, une fratrie où la loi du silence prime sur la délation des camarades. Pierre Leprieur doit composer avec cela, lutte pour nettoyer les docks de ce mal, tandis que son rival reprend la tête du port avec, peut-être, une autre vision, d’autres ambitions. C’est dans ce contexte, confus et incertain, que les ennuis s’abattent sur Pierre Leprieur. Alors qu’il fête ses 60 ans, son fils cadet, Simon (Panayotis Pascot) est arrêté au volant d’une voiture que son frère Jean (Pierre Lottin), concessionnaire, lui a prêtée pour la soirée. Un kilo de cocaïne est retrouvé dans le châssis. Le début d’un engrenage infernal et une série d’interrogations : Qui en veut à Pierre Leprieur ? À sa famille ? Cette cocaïne retrouvée dans la voiture de son fils n’est-elle pas une première mise en garde et les prémices d’une plus grande opération de trafic de drogue ? Quel est le rôle des dockers dans tout cela ? Qui tire les ficelles de toute cette histoire ?

Dès lors, « De Grâce » nous plonge dans une sorte de « whodunit » grandeur nature saisissant, où les rebondissements tiennent en haleine ce récit intelligent, à l’écriture redoutable. Redoutable car la narration ne s’épuise jamais, se renouvelle en permanence et ne s’éparpille pas malgré les sous-intrigues, où tout se lie avec une cohérence folle et une efficacité impressionnante. Au-delà du thriller rondement mené, la série ne serait rien sans les hommes et les femmes qui composent cette chronique havriennes. En effet, les scénaristes (Baptiste Fillon, Maxime Crupaux, Sylvie Chanteux et Malysone Bovorasmy) tissent une galerie de personnages forts, inquiétants et mélancoliques, grâce à une caractérisation soignée.
Que ce soient les protagonistes principaux (la famille Leprieur) ou les protagonistes secondaires, chaque personnage à l’écran est conçu pour faire avancer l’intrigue, à une fonction bien définie : semer le trouble, alimenter le suspens, dissiper l’enquête, disperser les éléments d’une intrigue riche et brumeuse. Et c’est parce que le soin est apporté aux personnages que l’histoire a aussi cette portée émotionnelle et humaine profonde. Cette famille, déchirée, que les drames écrasent de tout leur poids, nous entraîne avec eux dans leur chute, leur déchirure. Le récit s’enveloppe alors d’une dimension tragique émouvante et parfois même éreintante, à la fois pour les héros de la série, que pour nous spectateurs.
Pour appuyer cette atmosphère narrative pesante, nulle autre que la ville du Havre ne pouvait convenir. À travers une réalisation portée par une caméra qui capte son environnement par sa démesure pour broyer des personnages fatigués et, une autre, qui semble sonder les âmes humaines de chacun d’entre eux par des gros plans sur des visages accablés, « De Grâce » sublime une mise en scène sombre. Une réalisation de Vincent Maël Cardona au service du récit, où chaque plan raconte quelque chose sur l’intrigue ou les personnages, sur la perception qu’ils ont de leur environnement ainsi que sur cette prison qu’est la ville du Havre – dont la seule issue serait la fuite vers l’Ailleurs.

La photographie de Brice Pancot appuie parfaitement toutes ces sensations, les accentue même. Elle transcende l’image en une forme de fournaise grisâtre, où cette couleur dominante traduit un état d’âme général, une perte de repère, une perte d’aspiration et d’optimisme pour les habitants de cette ville portuaire qui, bien qu’ouverte sur l’extérieur, se replie inexorablement sur elle-même. Le Havre en devient alors un personnage à part entière, organique, viscéral, qui aspire tout sur son passage.
Conclusion
L’année commence de manière spectaculaire avec cette nouvelle fiction française, digne des grandes séries américaines. « De Grâce » est un véritable joyau télévisuel, aux qualités scénaristiques indéniables. D’une écriture toujours précise, privilégiant l’intime au grandiloquent, explosant les clichés du genre, la série est supportée par un casting 5 étoiles juste, qui emmène l’histoire, lui donne une amplitude considérable et une profondeur dramatique captivante. Une série palpitante, dont vous ne sortirez pas indemne !
Vous pouvez retrouver une interview avec l’actrice Astrid Whettnall ici.
« De Grâce », dès le 31 janvier sur ARTE.
Synopsis :
Pierre Leprieur est né au Havre, avec du pétrole et du sel dans le sang. Homme de tous les combats, il est devenu par son engagement politique et syndical une figure respectée parmi les dockers. Mais le soir de ses 60 ans, alors que ses proches sont réunis pour son anniversaire, tout s’effondre. Son fils cadet, Simon est arrêté au volant d’une voiture que son frère Jean, concessionnaire, lui a prêtée pour la soirée. Un kilo de cocaïne est retrouvé dans le châssis.
Casting : Olivier Gourmet, Panayotis Pascot, Julia Piaton, Pierre Lottin, Astrid Whettnall, Alyzée Costes, Margot Blancilhon…
