[SŒURS JUMELLES 2024] : DISCUSSION AVEC LE PRODUCTEUR MAXIME DELAUNEY (NOLITA CINEMA)

Avec Mathieu Ageron et Romain Rousseau, Maxime Delauney forme un trio de producteurs redoutables. Et avec leur société de production, Nolita Cinema, ils enchaînent les succès aussi bien au cinéma qu’à la télévision.
Présent au Festival Soeurs Jumelles en juin dernier pour animer le débat « Les films, la TV et les pubs, faiseurs de tubes », Maxime Delauney a répondu à quelques questions concernant son travail de producteur.

« Je pense qu’il y a des valeurs communes qui se dégagent à tous les projets que nous avons mis en place à savoir des valeurs familiales et des valeurs de transmission »

Quelles sont les missions d’un producteur, pour ceux qui connaîtraient mal votre métier ?
Mon métier c’est d’aller vers des sujets sur lesquels j’ai envie de travailler. Lorsque je pense avoir trouvé un sujet digne d’intérêt et que je peux porter, développer, et imaginer une sortie, je vais aller chercher un ou plusieurs scénaristes afin de monter le dit projet. On ne fait pas d’études de marché mais globalement, l’idée est de se demander si ce sujet au sein d’une production, va devenir un film que les gens voudront aller voir. C’est beaucoup de questionnements, de problématiques, beaucoup d’erreurs aussi, on tâtonne, on essaie de voir ce qui peut fonctionner, et il arrive, en cours de route, qu’on puisse se tromper. On modifie alors l’écriture, notre angle d’approche. Un producteur travaille sur tout : la pré-production, l’écriture, la production, pendant 4 ans parfois sur un projet avant qu’il ne voit le jour. Mon métier est partagé entre l’artistique et le commercial. Ce n’est pas simple de définir notre métier car c’est un travail qui est aussi de faire confiance à des auteurs. Et je pense que chez Nolita, quand nous faisons confiance à Florent Bernard (« Nous les Leroy »), à Jean-Paul Rouve (« Lola et ses frères ») ou à Christian Duguay (« Tempête »), notre confiance est la même. Ce sont des auteurs au sens où ils écrivent leurs histoires et, derrière, vont les réaliser. Mais ce n’est pas du cinéma d’auteur au sens cannois ou berlinois du terme.

Justement, vous produisez des films et des séries tous genres confondus. Quelle est la ligne éditoriale de Nolita ?
Je pense qu’il y a des valeurs communes qui se dégagent à tous les projets que nous avons mis en place à savoir des valeurs familiales et des valeurs de transmission. C’est le cas, par exemple, avec le documentaire « Handball, une histoire de familles », où nous allons parler de la transmission entre les générations, et de la filiale entre les joueurs et les joueuses, mais ce n’est finalement pas loin des valeurs familiales qu’on peut retrouver dans des films comme « Lola et ses frères » ou « Nous les Leroy ». C’est le même ADN. Des valeurs populaires. De plus, il y a un côté léger, nous ne faisons pas de drames.

Vous parliez de sujets. Est-ce que le succès récent au box-office d’« Un petit truc en plus » d’Artus est un phénomène dont vous parlez entre producteurs et, selon vous, un film qui permettrait également de faire bouger les choses ?
Non. Je ne pense d’ailleurs pas que ça fera bouger des lignes et je ne vois pas pourquoi ce serait le cas. Ce n’est pas parce qu’un film a eu un succès retentissant qu’il faille ensuite faire une multitude de films autour de tels ou tels sujets. Je ne comprends pas. Et je trouve ça assez irrespectueux la façon dont Artus a parlé des producteurs qui ont refusé son film. J’ai plutôt envie de lui dire de se réjouir du succès du film. C’est merveilleux, et c’est plus merveilleux encore dans un système comme le nôtre qui redistribue parce qu’il bénéficie au cinéma français et que lui-même en a bénéficié en tant qu’acteur. Je trouverais ça sain qu’il s’en tienne à son succès sans attaquer les autres producteurs. C’est un super film, un triomphe énorme, et ça ne sert à rien d’attiser une sorte de ressenti un peu médiocre. On a besoin de positivité. C’est dans ces moments-là qu’il faudrait être généreux dans ses propos.

Récemment « Balle Perdue » et « AKA » ont redonné ses lettres de noblesse au cinéma d’action français. C’était l’objectif derrière ces projets, revenir vers un cinéma qui avait un peu disparu ces dernières années ?

Ce sont deux projets portés par Rémi Lautier et c’est lui qu’il faut valoriser. Nous sommes cependant très contents de l’avoir accompagné dans cette aventure là. C’est un mec formidable et je suis fier d’avoir fait partie de ces projets. Fier parce qu’effectivement il y a eu une période où nous avions moins de films d’action en France, de films d’« entertainment » comme le dirait Rémi. Et si nous ne sommes pas là pour changer le monde, c’est chouette de pouvoir réaliser ce type de projets pour que les spectateurs prennent leur pied. […] « Balle Perdue » de Guillaume Pierret et surtout « AKA » ont été inspirés des films de Luc Besson, qui a été un des précurseurs du cinéma d’action français. Il me semble que parmi les 5 plus gros succès français à l’international, 4 sont de Luc Besson.

Je me souviens qu’enfant, ayant grandi dans le Cotentin avec un accès au cinéma restreint, des films tels que « Léon », « Le Grand Bleu » mais aussi la saga des « Taxi » et « Le Transporteur », m’ont ébloui. Il y a eu un avant et un après avec ces films-ci. Ce n’était pas lui rendre hommage, mais une façon de remettre ce cinéma, qui a bercé ma jeunesse, en lumière.

« Dans chaque film de Nolita vous allez voir un aspect musical original »

Nous sommes au Festival Soeurs Jumelles, la rencontre entre l’Image et le Son. Quelle place a la musique dans vos productions ?
Auparavant, j’étais agent de chanteurs ainsi que de compositeurs de musiques de films. La musique, et beaucoup de gens le disent, c’est un personnage intégrant du film. Nous avons chez Nolita, produit des documentaires sur la musique comme celui autour du Festival « Papillon de nuit » ou la série « Orelsan » et nous en avons en cours sur d’autres artistes. Sur la quasi-totalité des métrages que nous avons produits, nous avons sorti les bandes-originales, nous avons créé des chansons originales, et même fait des reprises. Nous avons également une comédie musicale qui sortira l’année prochaine d’Alex Beaupain et Diastème et au casting Vincent Dedienne, Isabelle Adjani ou encore José Garcia… Dans chaque film de Nolita vous allez voir un aspect musical original. Ce n’est pas que de la synchro et du score. Il y a quelque chose en plus.
Étant un ancien agent dans ce domaine, je travaille fort sur la musique des films que je produis. Le producteur choisit d’ailleurs le compositeur du film qu’il produit, si le réalisateur n’en a pas. Et si le cinéaste a un compositeur avec qui il a déjà travaillé, je ne m’oppose jamais à ça. Puis, c’est souvent un échange.

Comment vous, vous choisissez un compositeur ?
Je le choisis selon son CV, son passé. Lorsque je suis allé chercher Audrey Ismaël pour la comédie « 14 jours pour aller mieux » d’Edouard Pluvieux – dont j’apprécie le talent -, l’idée était de se dire que j’avais bien aimé la finesse de son travail et je connaissais son souhait de faire de la comédie. Il était donc intéressant d’aller la chercher. Quand je vais chercher Alex Beaupain, dont j’ai été l’agent, pour « Les Cadors » de Julien Guetta, c’est parce que je savais qu’il fallait une musique plutôt organique, pas très orchestrée, d’assez fin. C’est en fonction des films, que j’essaie de trouver la personne qui pourrait amener quelque chose d’unique.

« Maraé » produit par Nolita, toujours sur OCS. Ma critique est à retrouver ici, ainsi que l’interview de l’actrice Marilyn Lima ici.