Le duo de réalisateurs franco-allemand Thomas Bourguignon (« Baron Noir ») et Jörg Winger (« Deutscheland 89 ») nous plonge au cœur d’une intrigue s’étalant sur trois générations, entre rivalités historiques et histoires de fantômes. Un thriller fantastique ambitieux et audacieux !
Esprit, es-tu là ?
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Pierre Peyrat (Bruno Solo) et Françoise Seguin (Anne Le Ny) perdent leur enfant dans un tragique événement. Aujourd’hui maire d’un village de Provence, ils s’apprêtent en cet été de 1982 à recevoir des correspondants allemands, tandis que la Coupe du Monde de Football de cette même année bat son plein. Les lycéens français, heureux de pouvoir échanger avec leurs nouveaux camarades, se retrouvent une nuit dans une demeure abandonnée pour une séance de spiritisme. Ils libèrent alors un esprit, surgit du passé, venu rendre justice. Les adolescents se lancent alors dans une quête sur l’origine du mal qui frappe leurs familles. Le jour suivant, le corps du grand-père de la famille Brémond est récupéré au fond d’un lac. Une succession de drames révèle qu’une grande partie du village est concernée par la disparition de cet enfant et des troubles causés par un ancien soldat allemand caché à l’époque dans ce village. Et à mesure que l’intrigue avance, on en comprend les liens, les rouages et les âpres de la rivalité entre les Français et les Allemands.
Avec « Ouija », Thomas Bourguignon et Jörg Winger tissent une narration sur deux temporalités complexes, haletantes et surprenantes.

Elle évoque sans commune mesure la bêtise humaine, dévoilant la cruauté des hommes envers les femmes, certaines tondues pour avoir entretenu des idylles avec des occupants nazis, et explorant la chasse aux sorcières qu’a été cette période de l’histoire, tout aussi sombre, ainsi que le racisme puant envers les personnes d’origine arabe. En outre, ce sont donc les oppositions encore tenaces entre la France et l’Allemagne dans les années 80, accentuées par les matchs de foot et notamment cette célèbre « Nuit de Séville » (un épisode, un match), qui sont le cœur de cette série, où trois générations se confrontent, et dans laquelle le fantastique s’introduit merveilleusement.
Que s’est-il passé et pourquoi cet enfant est-il mort ? Qui en est l’auteur ? Pourquoi les jeunes Allemands semblent-ils avoir un lien avec cette histoire ? Pourquoi toutes les familles du village sont-elles impliquées ? Autant de questions qui se transformeront en une pièce de théâtre géante, formée par les jeunes et menée par le professeur allemand Klaus Lehman (Stefan Konarske). Et si, finalement, l’art permettait de résoudre une énigme vieille de plusieurs décennies et de réconcilier les peuples ?
« Ouija » construit donc un récit solide, et bien qu’elle implique une dizaine de protagonistes, la série parvient pourtant à jongler parfaitement entre l’enquête des jeunes et celle des adultes, chacun essayant de résoudre les mystères à leur manière, comme elle navigue entre le thriller et le fantastique avec beaucoup d’habileté. « Ouija » évite aussi les nombreuses longueurs scénaristiques/rythmiques en abreuvant son scénario d’une multitude de rebondissements, sans jamais perdre le spectateur dans un ensemble qui pourrait parfois être difficile à appréhender. C’est toute l’intelligence de l’écriture scénaristique de Thomas Bourguignon et Jörg Winger, capables d’intensifier chaque moment, que ce soit dans la composition de l’image, dans les mises en scène des dialogues ou dans la réalisation générale de l’œuvre, où tout est captivant.

Sa caméra est au service de la beauté de ce village de Provence, de son aspect carte postale, où y règne le calme, le bon vivre, mais également de son aspect mystérieux et solitaire, où les non-dits, les mensonges, s’insinuent dans les pierres anciennes qui, elles, n’ont rien oublié des drames et des horreurs de l’Homme. Des contradictions à l’image de ses personnages, à la fois flamboyants de vie et torturés intérieurement par des conflits familiaux et/ou un passé douloureux. Et puis, il y a cet objectif qui s’immisce dans l’œil de ces héros, pour venir y cueillir toutes leurs émotions, toutes leurs peurs, toute leur détermination… Un sens de l’optique et du cadre qui confère à « Ouija » une force visuelle redoutable. Et il n’en fallait pas moins pour une série traitant du paranormal et de la puissance de l’histoire/Histoire qu’elle dépeint.
Conclusion
Véritable ode à la réconciliation, à la bienveillance et au pardon, « Ouija » est une série fantastique inventive, soignée et poignante. Dans cette aventure hors du commun, c’est toute notre histoire et notre comportement en tant qu’êtres humains, qui est remis en cause. Le tout porté par des acteurs/actrices vétérans, d’un jeu sans fausse note (Bruno Solo, Ophélia Kolb, Anne Le Ny, Patrick Mille, etc.), mais aussi de jeunes talents émergents d’une justesse impressionnante à l’image de Victor Lefebvre, Eloïse Kafui, Leyla Rink, Ruben Meiller ou encore Célia Lebrument… Une réussite !
« Ouija », dès le 15 août sur France 3.
. Vous pouvez retrouver mon interview avec Bruno Solo ici et celle avec Célia Lebrument ici.
Synopsis :
Provence, été 82. Des lycéens français et leurs correspondants allemands font une séance de spiritisme.
Peu après, une série d’évènements tragiques s’abat sur le village. Auraient-ils réveillé un esprit maléfique ? Les jeunes vont se lancer dans une enquête sur l’origine du mal qui frappe leurs familles.
Casting : Bruno Solo (Pierre Peyrat), Patrick Mille (Jacques Lagorce), Ophelia Kolb (Isabelle Seguin), Anne Le Ny (Françoise Seguin), Catherine Mouchet (Madeleine Lagorce), Raphaëlle Agogué (Laure Lagorce), Katharina Schüttler (Karine Schiller), Stefan Konarske (Klaus Lehman), Thomas Sarbacher (Fritz Schiller), Matthias Van Khache (Charles Seguin ), Narcisse Mame (Père Antoine), Stéphane Rideau (René Brémont), Mounir Margoum(Farid Abbas), Guillaume Carcaud (Louis Giono), Ruben Meiller (Frank Schiller), Eloïse Kafui (Alice Brémond), Victor Lefebvre (Vincent Seguin), Leyla Rink (Dilay Pamuk), Anton Weil (Fritz Schiller jeune), Anton Petzold (Oliver Mayer), Manu Libert (Mathieu Lagorce) Célia Lebrument (Yasmina Abbas), Emilia Peske (Iris Hoffmann)…

3 commentaires sur “[CRITIQUE] – OUIJA : LA RIVALITÉ FRANCE/ALLEMAGNE À TRAVERS LE SURNATUREL”
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