[INTERVIEW – FLAIR DE FAMILLE] : VIRGINIE HOCQ, COMÉDIENNE À TEMPS PLEIN: « En tant que femme, j’ai également choisi la liberté »

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Droits d’auteur : DAVID NIVIERE/SIPA

Humoriste, comédienne de théâtre, actrice pour le cinéma, scénariste et bientôt réalisatrice, Virginie Hocq à tous les talents. Alors qu’elle sera le 7 février prochain à l’affiche de la série « Flair de famille » (où elle reprend le rôle de Sylvie Testud), Virginie Hocq revient sur ses débuts en tant qu’humoriste et se confie sur ses premiers pas sur scène ainsi qu’au cinéma.

Vous avez démarré par l’humour, avec des seuls en scène. À quel moment vous vous êtes dit que vous vouliez être humoriste et que vous aviez cette capacité aussi à faire rire ?
Je pense que l’idée de faire rire, ce rythme-là est arrivé assez tôt, vers l’âge de 8 ans. Je me rappelle parfaitement du spectacle de l’école où, à la fin, des vieilles dames sont venues me voir en me pinçant les joues pour me dire que j’étais drôle. Je me suis dit que c’était génial que le rire puisse influer sur une personne. Mais à mon âge, je ne savais pas que c’était un métier et que l’on pouvait gagner sa vie ainsi. Quand je me suis renseignée – après que mes parents m’ont inscrite à plusieurs cours de théâtre – j’ai décidé de faire le conservatoire. Néanmoins, l’humour n’avait pas tellement sa place. J’ai vite compris que ce n’était pas la chose à étaler de prime abord. Ce sont plutôt des gens qui, au fil du temps, m’ont poussée à faire d’autres choses. Lorsque j’ai eu mon premier prix au conservatoire nous avons fait un spectacle et c’est le directeur de théâtre qui m’avait confié qu’il me verrait bien faire un seul en scène. Je lui avais proposé « Madame Marguerite », un seul en scène. Il m’a dit que je devais écrire car l’humour c’était pour moi. Comme parallèlement j’étais dans une ligue d’improvisation, j’ai écris en improvisant avec Victor Scheffer. Mon premier one-woman-show est né ainsi. Nous devions le jouer 10 fois, il s’est joué sur 2 ans.

C’est vrai que vous avez un visage qui prête à la comédie, davantage lorsque vous faites des mimiques visuelles. C’est quelque chose qu’on vous a fait souvent remarquer ?
J’ai remarqué une chose : quand je passe des auditions ou des castings, si le réalisateur ou la réalisatrice ne me connaît pas, on me choisit souvent pour des registres sérieux. J’ai eu ça avec Charlotte Brändström pour son film Vaugand ». Elle est venue me voir à l’Olympia et elle m’a dit : « Si j’avais commencé par ça, je crois que je n’aurais pas osé te prendre ». C’est là toute la difficulté de sortir de ses habitudes, et de faire des choses différentes. Car l’image que vous renvoyez, les gens s’y attachent et il devient difficile de faire autre chose. Moi, je m’en sens tout à fait capable puisque c’est un cursus que j’ai suivi. Et c’est l’apanage du comédien d’aller vers tous les genres.

De quelle façon écrit-on un seul en scène, surtout quand on démarre, sans aucune expérience ?

Mon laboratoire a été mon passage à la Ligue d’Improvisation. C’est une certaine forme d’écriture immédiate. Quand ce fameux directeur de théâtre m’a demandé d’écrire un seul en scène, je me suis d’abord assise derrière un bureau mais rien ne venait. Je ne savais pas quoi faire. Je me suis levée et c’est le corps qui a proposé des choses. De là, ça s’écrivait tout de suite. J’adore incarner. Désormais, quand j’écris, même si je suis posée derrière mon ordinateur, les mots coulent parce que j’imagine les personnages, je vois comment ils marchent. Puis, on parle mieux des choses que l’on connaît, proche du quotidien. J’aime que les gens se retrouvent dans les situations. Le point de départ, c’est toujours se moquer de moi-même. Je ne pointe jamais quelqu’un pour me moquer de lui. De toute façon, il y a forcément quelqu’un qui trouvera un écho dans ce que j’ai vécu. Les choses que je vis sont vécues par d’autres, peut-être différemment mais le sous-titre est là. Donc, lorsque je me moque de moi, je me moque par ricochet des autres.

[…] Dans mes spectacles, j’aime parler de sujets difficiles mais l’humour est la pudeur, l’humour permet de faire passer plus facilement des choses douloureuses, en tout cas plus dans l’émotion. C’est merveilleux. Oui, l’humour est une façon pudique d’exprimer divers sujets. J’en parlais avec des producteurs récemment, sur le fait que l’humour avait sa place dans toutes les histoires parce qu’elle met une respiration.

« Il n’y a plus d’interprétation du corps »

Comment on caractérise un personnage de scène ? Et qu’est-ce qui fait qu’un personnage créé va être drôle ?
C’est quand tout votre corps parle. J’ai la sensation que, de moins en moins, le corps est utilisé. Je pense que le corps est un très bon mot. Dans mon second spectacle, j’avais un personnage trisomique qui s’appelait Franckie, que j’ai réellement côtoyé parce qu’il habitait à côté de chez moi. Il est devenu un personnage qui amenait du lien. Il travaillait dans une maison de retraite et, à côté, il avait sa vie personnelle que je racontais. Je le connaissais alors, je n’avais qu’à le dessiner, à l’incarner. Je devais mettre mes yeux plus petits, avoir des gestes plus lents, une posture différente. Le corps est vraiment un outil indispensable.

J’ai la sensation qu’il y a moins d’humoristes qui incarnent des personnages qu’à une époque et qu’ils se cantonnent à du stand-up derrière leur micro, presque figés…
C’est une réalité et un autre apprentissage de la scène. Même lorsqu’on leur donne une salle plus grande, il reste dans un déplacement circulaire, de gauche à droite. Ou derrière le micro. Il n’y a plus d’interprétation du corps. J’espère que ce n’est pas un blocage qui se fait au fur et à mesure. Car le corps aussi raconte une histoire. Je suis fascinée et en admiration par un couple de comédiens : Christian Hecq et Valérie Lesort. Ils font des spectacles et, le dernier en date, « Vingt milles lieues sous les mers » est incroyable ! Du génie ! Ils font des adaptations dingues. Eux, par exemple, utilisent leur corps de manière exceptionnelle. C’est une nouvelle sorte de théâtre et ça, c’est ma famille. Soyez curieux ! Allez voir plein de théâtres différents.

« Il faut être insouciant pour faire ce métier »

Est-ce que ça a été difficile pour vous le parcours d’humoriste et peut-être davantage en tant que femme ?

J’ai eu la chance immense d’avoir des parents qui ont accepté très tôt mon choix et m’ont laissée faire ce que je souhaitais. Je leur trouve beaucoup de courage. Si ma fille me disait qu’elle voudrait devenir humoriste, je serais dubitative. Je sais que j’ai beaucoup travaillé mais surtout, là aussi, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes, au bon moment. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Toutefois, on ne m’a jamais dit que ce métier serait difficile parce que j’étais une femme mais plutôt que ça serait difficile tout court. Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. C’est vrai. Au conservatoire, nous étions une centaine à se présenter, une quinzaine sélectionnée et, aujourd’hui, peut-être que nous sommes 5 à travailler régulièrement. Puis, en tant que femme, j’ai également choisi la liberté. Elle a un prix parce qu’on créait tout par soi-même. C’est fatiguant, éreintant, mais au moins, je l’ai fait.

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Mais on ne m’a jamais empêchée de rien en tant que femme. Peut-être car je ne me suis jamais arrêtée à ça. Je ne me suis jamais excusée. J’ai foncé. Il faut être insouciant pour faire ce métier. Heureusement, j’en ai eu de l’insouciance.

Vous êtes de Belgique, comment qualifierez-vous l’humour belge ?
Je ne sais pas comment qualifier l’humour belge. Cependant, je sais que ma « Belgitude » est l’auto-dérision. Mais nous sommes créatifs dans notre pays parce que ça ne nous fait pas peur d’essayer. Ce que vous voyez de France n’est qu’une petite partie de l’iceberg, par ailleurs. Venez voir nos théâtres, vous y trouverez des spectacles jamais vus autre part.

Au théâtre, vous avez joué Thérèse sur scène dans « Le Père Noël est une ordure »…
J’avais 17 ans. Il me semble que c’était mon premier casting à la Maison des Jeunes d’où je vivais. Ce qui est chouette c’est que, des années plus tard, j’ai travaillé avec Christian Clavier. Je n’ai jamais osé lui raconter ça. Et dernièrement, avec Gérard Jugnot. Là, lorsque je l’ai bien connu, je lui ai avoué que j’avais joué Thérèse, adolescente. Mais comme il y a des millions de personnes qui ont joué cette pièce, je crois que ça ne les étonne plus (rire). C’est davantage de mon côté que je trouve ça dingue de me retrouver avec eux sur le devant de la scène. Quand j’étais jeune, leur collectif me plaisait. Puis, ce film nous a marqué. Tous. Il repasse chaque hiver à la télévision. C’est un classique. Et tout le monde a été attristé de la mort de Michel Blanc…

« J’aime les comédies de Ben Stiller ou les comédies anglaises »

En 2005, le cinéma vous a ouvert les bras. Comment avez-vous vécu cette première expérience cinématographique ?
Michel Deville était venu voir un de mes spectacles. Il est venu m’annoncer que la distribution de son film était bouclé mais qu’il m’adorait et voulait me confier le dernier rôle qui lui manquait. Ce sont des gens qui vous font confiance à un moment dans votre vie et il ne faut pas l’oublier. Il est décédé dernièrement et, j’ai toujours une pensée émue pour lui avant de monter sur scène.
À l’époque, je n’avais pas annoncé que c’était la première fois que je faisais du cinéma. Il y a une chose sur laquelle j’étais certaine, c’est que notre seul rempart, notre seul crampon de sécurité, c’est le texte. Le connaître, c’est le plus important. Avec mon texte su, je n’avais qu’à me laisser guider. Je suis assez bonne élève. Oui, il y a une forme d’appréhension quand on vous dit « Action ! » la première fois parce que les axes caméras, ce n’est pas évident.

Le rythme de la comédie est très différent que ce soit sur scène ou au cinéma. Comment vous adaptez-vous aux deux styles ?
Au théâtre, ce qui compte est le rythme, la respiration et avoir un texte ayant une écriture ciselée. Vous devez être parfaitement concentré car vous n’avez qu’une prise pour faire rire les gens. Au cinéma, on va aussi et surtout faire confiance au réalisateur et au monteur. C’est eux qui imposent le rythme de la comédie. J’ai l’impression qu’on rit toujours lorsque les choses sont imprévues, spontanées. C’est pour cela que j’aime les comédies de Ben Stiller ou les comédies anglaises, par exemple, car le rire n’est jamais prévisible. Cependant, il est vrai que le rire au cinéma est peut-être plus stressant à obtenir.

En 2024, vous avez joué dans un film qui avait fait sensation, « Barbaque » de Fabrice Eboué. Lui-même grand humoriste. C’était intéressant de jouer sous l’œil de Fabrice ? C’est quel type de réalisateur ?

Rien qu’en lisant le scénario, j’étais conquise. C’est génial pour un comédien ou une comédienne de recevoir un script tel que celui-ci, qui n’a été vu nulle par ailleurs. J’adorais l’idée, l’histoire où il y avait un mélange des genres subtil entre la comédie, le gore et le drame. Le film plaît ou ne plaît pas, il chamboule en tout cas. Ça ne laisse personne indifférent.
Marina Foïs a été une partenaire superbe. Fabrice, lui, fait confiance. La première journée de tournage me fait toujours peur car c’est un peu comme une rentrée des classes.

On ne connaît pas ses camarades, leur façon de travailler. Cela m’angoisse. Après, je parviens à me détendre. Et Fabrice est très prévenant. Puis, il est toujours content, il félicite, si une scène ne lui convient pas il vous indique une autre façon de faire. J’avais vu son avant-dernier spectacle, deux fois, que j’avais adoré !

Virginie Hocq est actuellement au théâtre Édouard V avec la pièce « Orgueil et Préjugés… ou presque » jusqu’en avril, en attendant un éventuel prochain one-woman-show.
Virginie Hocq écrit également son premier film.