Lucien Jean-Baptiste et Sébastien Munier (scénariste) portent ensemble « Joseph », la nouvelle comédie policière de TF1 aux allures Columboesque. Produite aussi par Nolita, la série charme par la singularité de son héros, gauche et candide, un héros qui se confronte à des univers rudes, ainsi qu’une réalisation vivante à la colorimétrie chatoyante.
Joseph, personnage attachiant
Dans la structure narrative de la série, il y a la même conceptualisation qu’une histoire de « Columbo » avec néanmoins quelques nuances. Chaque épisode démarre avec une séquence introductive, où les auteurs nous présentent le tueur et la façon dont le meurtre est conçu, élaboré. Une mise en bouche palpitante, parfaitement construite, qui explique les motivations et le mobile du crime. Vient ensuite l’inspecteur chargé de l’enquête, ici Joseph, pour trouver LE détail qui va corrompre l’assassin, dont les séquences comiques contrastent avec les scènes d’ouvertures terribles. Les meurtres, eux, se définissent au sein d’univers toujours bien distincts et insolites : le milieu de la cuisine, de l’orchestrerie, de l’aéronautique, du golf ou encore de la reconstitution historique.

Le moindre élément compte et il y a un plaisir évident à voir Joseph cabotiner dans ces environnements qu’il ne maîtrise pas, à le voir mettre son nez partout et à poser tout un tas de questions utiles ou inutiles à l’enquête, entre maladresse et naïveté. On ne sait d’ailleurs jamais si cela est un jeu, si ton attitude est fausse, à l’image de Columbo, afin que les suspects (et nous-mêmes) ne puissent jamais déterminer si c’est un véritable benêt ou un manipulateur très intelligent. Et cela amène forcément à la comédie, provoque le rire. Sa curiosité excessive lui donne un côté attachiant, exaspère autant qu’elle séduit. Et tout est travaillé en ce sens : sa démarche, de profil ou replié sur lui-même, son élocution, ses réflexions, ainsi que son look (il a lui aussi un manteau à carreaux qui le détermine).
Crédit photo : Jean-Claude Lother.
Du fait de sa couleur de peau, il intègre souvent les environnements où ont lieu les crimes par des quiproquos qui soulèvent alors la problématique du racisme. Exemple dans l’épisode 1, où Joseph débarque dans le restaurant d’une cheffe étoilée et est pris pour le nouveau commis. Il se faufile dans la cuisine, sans broncher, pour récolter des informations en parlant avec les autres employés. Séquence surréaliste qui prouve cette banalisation du cliché selon laquelle les noirs sont soit commis, soit serveurs, soit livreurs, soit éboueurs…
Pour conclure sur les décors, la série opte pour la suppression pure et simple des scènes dans les commissariats. Et Dieu sait que cela fait du bien. Exit donc les séquences ennuyeuses et banales entre policiers pour parler des avancées de l’enquête ou pour des scènes d’interrogatoires vues et revues. Tout se déroule en extérieur, offrant une bouffée d’air frais à une série où les atrocités des gens sont parfois étouffantes. De même, des scènes en décor naturel, sur le lieu de travail des assassins, permet des confrontations plus tendues. Joseph n’est pas sur son terrain, il doit apprendre en permanence.
Cependant, ce qui la différencie la série « Columbo », c’est son aspect familial. Joseph est en pleine instance de divorce et alterne avec son ex-femme la garde de leur fils, adolescent. Problème, ni l’un ni l’autre ne semble réellement tourner la page puisqu’ils continuent de coucher ensemble. Là aussi, une situation comique qui humanise à la fois le personnage de Joseph que l’on pourrait croire détaché de tout et amène une belle touche d’émotion à l’ensemble.
Par ailleurs, l’humanité, dans toute sa complexité, est un thème récurrent dans la série. Bien que la plupart des meurtres soient prémédités, il y a toujours derrière un drame de vie, une fracture que l’on parvient à comprendre sans l’excuser. Dans l’épisode 1, il s’agit de l’assassinat d’un grand chef étoilé, tyrannique, qui empêche sa seconde d’ouvrir son propre restaurant en la faisant chanter. Prisonnière d’un passé lié à son frère, comment s’extirper d’un tyran pour avancer dans sa vie ? Le meurtre s’impose comme une évidence. Une avocate disait récemment que « le crime est désespérément humain », une opinion que la série met en évidence. Tout le monde peut basculer. Et le regard de Joseph sur ses assassins est lui aussi très humain, bienveillant même. D’où l’importance de la défense qui, encore une fois, sans cautionner, révèle surtout comment une personne peut être prête à en tuer une autre. Joseph, au cœur de l’intime, n’a aucune fierté à arrêter un coupable qui a une vie déjà bien difficile. Il ne juge pas. Il accepte l’Homme tel qu’il est. Pour preuve, lorsqu’il laisse le violoniste jouer une dernière partition à sa mère.
Tout beau, tout rose ?
Sur la réalisation, « Joseph » a une qualité de plus en plus présente dans certaines fictions policières à savoir, le soin apporté à l’image. C’est vivant, expressif, éclatant, avec une colorimétrie riche et lumineuse, qui contraste avec l’horreur des crimes. La réalisation, portée par Lucien Jean-Baptiste, est à son image, expressive et généreuse. Surtout, la mise en scène accorde une grande importance à l’empathie. La caméra s’intéresse davantage aux regards, aux peurs, aux angoisses du tueur, à son envie irrésistible de rester en liberté afin de poursuivre sa vie. C’est peut-être pour cela qu’en tant que spectateur, il arrive d’éprouver un sentiment d’injustice à voir l’enquête se résoudre. Pour reprendre l’exemple de l’épisode 1, l’injustice éprouvée par le personnage d’Adèle Novak (Dounia Coesens) émeut. Mais dans une démocratie, tout crime doit être puni….

De même que dans les mises en scène des meurtres, tout est très précis, soigneusement ordonné afin de renforcer l’atmosphère froide de la préméditation. Un crime pensé est d’autant plus complexe à résoudre.
De plus, donner aux spectateurs le récit calculé du meurtre donne une immersion encore plus profonde dans la tête de l’assassin mais aussi dans les sentiments qui le traversent : peur, désarroi, désespoir, excitation… L’objectif de Lucien Jean-Baptiste saisit toute l’angoisse que meurtrier peut ressentir au moment de commettre son acte irréversible.
Petit point négatif toutefois, la caméra insiste parfois trop sur des indices ou des éléments servant à corrompre le coupable. Indices que Joseph trouve donc un peu trop rapidement.
Conclusion
Parmi toutes les séries policières programmées ces dernières années – et Dieu sait qu’elles sont nombreuses – « Joseph » fait office de petite perle. Alliant drame et comédie avec beaucoup de subtilité et d’intelligence, la série de Lucien Jean-Baptiste et Sébastien Mounier a une liberté folle dans ses positions artistiques. De plus, elle parvient à capter la descente aux enfers des êtres humains les plus brillants, sans jugement, au sein d’histoires émouvantes, où le silence qui règne après chaque finale, nous rappelle à quel point la vie humaine peut être un spectacle dramatique.
Notons également une succession de guests, Jean-Marc Barr, Dounia Coesens, Alice Taglioni, Alice Pol, Gérémy Crédeville, mais aussi Firmine Richard en mère de famille et grand-mère totalement fantasque. Elle offre des moments de pure comédie comme on les aime !
Mon interview avec Lucien Jean-Baptiste et le scénariste Sébastien Mounier est à retrouver ici.
« Joseph » dès le 6 mars sur TF1.
Synopsis :
Quand on rencontre Joseph pour la première fois, c’est tout simplement impossible de se méfier de lui. Un enthousiasme communicatif, une sympathie naturelle, une vie privée chaotique qu’il convoque à tout bout de champ, le tout allié à certains clichés inévitablement attachés à sa couleur de peau, lui donnent un aspect absolument inoffensif. C’est particulièrement utile quand, comme Joseph, on est chargé d’élucider des meurtres…
Casting : Lucien Jean-Baptiste, Claire Borotra, Firmine Richard Jean-Marc Barr, Dounia Coesens, Alice Taglioni, Alice Pol, Gérémy Crédeville, Mathieu Spinosi…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – JOSEPH : UN NOUVEAU FLIC DÉLIRANT DÉBARQUE SUR TF1”
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