Depuis plus de 20 ans, Dounia Coesens illumine le paysage télévisuel français. Révélée grâce à la quotidienne Plus belle la vie, la comédienne s’illustre désormais dans tous les registres avec une aisance folle et une intensité de jeu magnifique, acquise au fil des années.
Chouchoute des téléspectateurs qui l’ont vue grandir, évoluer et devenir une actrice confirmée, Dounia Coesens n’a rien perdu de son innocence, de sa douceur et de son humilité. Trois qualités essentielles qu’elle traduit à l’écran, dans chacun de ses rôles, apportant aux héroïnes qu’elle incarne un mélange savoureux de beauté et de force.
« Plus Belle la Vie », « Demain nous appartient », « Tom et Lola », la comédienne se confie sur trois séries importantes de sa carrière.
Commençons par le rôle qui vous a révélée sur le petit écran, celui de l’emblématique Johanna Marci. Une aventure de plus de 10 ans ! Qu’est-ce que vous retiendrez de cette première expérience télévisuelle ?
Ce que je retiens, c’est le côté humain, le côté troupe. Nous avons commencé la série avec des bouts de bois et nous devions tous être très liés pour que ça fonctionne. Que la troupe prenne, que l’ambiance prenne, était primordial pour le succès de la série. Notre entente devait aussi s’étendre à toute l’équipe technique, les techniciens, les électros, les maquilleuses, etc… Il fallait vraiment créer une famille. Aujourd’hui, les nouveaux comédiens qui arrivent sur ce plateau, parviennent à poursuivre cette héritage, cette ambiance familiale. Parfois, nous arrivons sur des tournages, où chacun est dans sa partie, et il devient alors difficile de rallier tout le monde. Je pense que cette expérience m’aura appris ça, l’aspect humain que l’on peut construire afin de bâtir ensemble un projet commun.
En tant que jeune comédienne, ça m’a apporté la rigueur et j’ai appris tous les éléments techniques d’un plateau. Sur un tournage, j’intègre désormais rapidement les marques, je n’ai même plus besoin d’y penser après. Je me sens plus libre. Enfin, mon personnage a traversé tant d’aventures et d’émotions que je suis plus souple pour aller chercher des choses au fond de moi. Le danger avec la quotidienne, c’est que le rythme est si effréné qu’on peut se mécaniser. Il a donc fallu, par la suite, casser des mécaniques. Ce fut néanmoins une école hyper formatrice pour moi.
« Après l’arrêt de PBLV, nous avons eu des articles partout même jusqu’aux États-Unis. D’un seul coup, nous étions devenus des légendes de la télé »
Vous êtes, avec les autres membres de la famille Marci, l’un des premiers personnages que l’on voit arriver à l’écran et sur la place du Mistral. Vous vous souvenez des coulisses de cette séquence et de ce que vous avez éprouvé au premier « Action ! » ?

J’étais angoissée. À l’époque, j’étais une adolescente très timide. Je parlais à peine. Je ne me souviens même plus comment j’ai passé le casting tellement j’ai eu la trouille. J’ai des souvenirs flous parce que j’étais en panique. Toutefois, je me rappelle que Thierry Ragueneau (François Marci) et Cécilia Hornus (Blanche Marci) m’ont beaucoup accompagnée. Ils ont été vraiment doux et bienveillants. Ce fut ainsi que j’ai pu sortir quelque chose (rire). Mais c’est particulier, quand on a peur des regards et que toute une équipe vous regarde. Puis, c’était impressionnant de voir ces studios reconstitués.
C’est une héroïne qui sera indissociable de Dounia Coesens. Comment se sent-on par rapport à cela, au fait d’avoir contribué à quelque chose de grand et que dans les cœurs des gens, vous serez toujours Johanna ?
Bizarrement, aujourd’hui, on m’appelle par plein d’autres noms : Emma, Romy ou Lola. Il est vrai que « Plus Belle la Vie » a marqué tellement de gens que le public est content de nous voir dans d’autres rôles. Et Johanna, je la remercierai toujours parce que, sans elle, je ne serais pas là. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient, surtout après tous ce que ce rôle m’a apporté. Nous avons toujours peur que les producteurs soient frileux à l’idée de prendre un acteur de quotidienne pour incarner d’autres personnages mais en réalité, le public, lui, est heureux de nous voir sur d’autres projets après s’être attaché. D’ailleurs, j’ai senti une évolution de son côté. Après l’arrêt de PBLV, nous avons eu des articles partout même jusqu’aux États-Unis. D’un seul coup, nous étions devenus des légendes de la télé alors qu’auparavant, nous étions critiqués à souhait.
Vous avez démarré le théâtre après PBLV. Qu’est-ce que le théâtre vous a apporté que les tournages ne vous ont peut-être pas donné ?
Ce sont deux exercices différents. J’aime les deux, même si j’ai un petit coup de cœur pour le théâtre. Vous avez une préparation plus longue en amont avec la troupe et vous allez chercher des détails ensemble, que ce soit sur les déplacements ou la continuité émotionnelle des personnages. Puis, vous jouez la même pièce tous les soirs pendant des mois et, chaque soir, vous tentez de trouver un autre fil pour aller de plus en plus loin dans le texte. Un tournage, après une prise, c’est terminé. Et elle reste à vie dans le montage final. Au théâtre, chaque soirée est différente. Ce n’est jamais la même pièce d’une représentation à l’autre. Elle vit, elle évolue constamment. Mais il y a peut-être quelque chose de plus réel dans le cinéma. Sur un plateau, vous vivez pleinement une situation, là où le théâtre va s’en affranchir pour être plus grandiloquent, plus exagéré, notamment dans notre façon de jouer : vous portez la voix, vous en faites un peu plus pour provoquer le rire, par exemple. Enfin, le rapport au public est différent également. Vous êtes plus proche, vous ressentez en direct leurs réactions et leurs émotions. Ça vous impacte directement.
« DNA m’a offert la possibilité d’élargir ma palette de jeu »
Vous avez incarné un autre personnage, dans une autre quotidienne, Romy Saeed. Est-ce que vous avez hésité à reprendre un rôle dans une quotidienne ?

Je sais qu’au départ, DNA voulait peut-être quelqu’un de récurrent pour ce personnage-là. Et je sais ce que ça implique d’être récurrente, les sacrifices que l’on doit faire. J’ai été très heureuse du rôle qu’il me proposait parce que c’était un rôle qu’on avait peu l’habitude de me proposer. Néanmoins, je leur ai dit que je ne souhaitais pas faire de récurrence et avoir la liberté de jongler entre les tournages. J’étais heureuse ainsi de revenir pour quelques mois et de pouvoir partir lorsque j’en avais envie. Sur les deux ans d’intrigue, je n’ai tourné que six mois. Donc, je n’avais pas hésité car c’était écrit ainsi dans le contrat.
Travailler de nouveau sur une quotidienne lorsqu’on est une comédienne désormais confirmée, est-ce qu’on continue d’apprendre sur ce type de format ?
À l’époque, j’avais quitté PBLV parce que je ressentais beaucoup de frustration quant au travail sur une quotidienne. Vous avez peu de prises pour une scène car vous il y a un nombre défini de séquences à tourner par jour. C’est frustrant lorsque vous avez envie d’aller plus loin au niveau émotionnel par exemple. Avec DNA, j’ai donc appris à gérer avec ma frustration. Maintenant, je me dis que ce n’est pas grave, que je dois me faire confiance. En tant que personnage, oui, ce fut un nouvel apprentissage. Je suis allée chercher des choses que je n’étais jamais allée chercher auparavant. Du point de vue de l’acting, DNA m’a offert la possibilité d’élargir ma palette de jeu.
Récemment, vous avez été à l’affiche de la série « Tom et Lola». Comment avez-vous abordé ce rôle nouveau de policière (et de maman), qui n’est pas votre premier rôle de flic, il y avait eu notamment celui dans la série « L’Art du Crime » ?
La production m’avait appelée en disant qu’elle avait tout de suite pensé à moi. J’ai compris pourquoi en lisant les textes. Lola a gardé son âme d’enfant. Lors d’un stage chez les policiers pour un « Meurtre à… », j’avais remarqué que ces flics qui voyaient des morts tous les jours parvenaient à extérioriser plein de choses en dansant, en criant… Et Lola, c’est en s’amusant avec son meilleur pote, ses enfants… Elle voit ses enquêtes comme un jeu, comme une énigme. Elle garde tout le temps sa fraîcheur. Il y avait une description du personnage de Lola que j’avais lue au scénario : elle ne s’assoit jamais. Et c’est vrai ! C’est une pile électrique qui me demandait énormément d’énergie. Au moment où je vous parle, je viens de terminer le tournage des quatre premiers épisodes et je suis lessivée. […] Je pense que c’est le tournage le plus éreintant que j’ai fait à ce jour. Mais j’adore ce personnage !
Je suis également maman dans la série, ce que je ne suis pas dans la vraie vie et, cela aussi, ça se travaille. J’ai posé des questions à ce sujet à Cécilia Hornus, qui est maman d’ados.
De quelle façon avez-vous créé la dynamique avec votre partenaire de jeu Pierre-Yves Bon ?

Au casting, j’avais demandé à passer 5 à 10 min avec les derniers comédiens qui étaient castés pour le rôle de Tom. Pierre-Yves est celui qui est arrivé avec l’envie et le côté enfantin de réussir ce casting. Il y avait ce côté excité que j’avais eu moi aussi. Je me souviendrai toujours du moment où nous avons fait notre scène au casting : il y avait directement une complicité dans le jeu. Nous ressentions la même chose. Je me disais que ce qu’on est en train de vivre humainement, c’était ça l’essence de Tom et Lola. C’est difficile de feindre une amitié de 20 ans. Il faut qu’on y croie, qu’on soit amis. Et c’est pour ça que nous avons passé du temps ensemble.
Ces moments à deux étaient précieux parce que non seulement nous consolidions une amitié réelle mais, en plus, cela nous servait pour le travail et la série.
Avant de conclure, un petit mot sur la série « Joseph», qui sera prochainement diffuséesur TF1. Vous présentez la série actuellement au Festival de Luchon, où vous serez en guest pour l’épisode 1, cette fois-ci dans le rôle de la meurtrière.
J’étais heureuse de pouvoir participer à ce projet, parce que c’était encore un personnage différent, un personnage de cheffe étoilée. Je suis d’ailleurs partie 48 heures chez un ami, Laurent Peugeot, qui m’a gardée dans sa cuisine afin d’apprendre quelques gestes et d’appréhender l’atmosphère d’une cuisine qui a une rigueur quasi-militaire. Cela m’a également permis de comprendre à quel point elle peut être à bout au point de tuer car on l’empêche d’ouvrir son restaurant. Elle a vrillé, alors qu’elle se bat quotidiennement pour réaliser son rêve, qu’on lui a dit qu’elle ne pourrait jamais ouvrir son propre restaurant et que, en plus, on s’attaque à son frère. Je me suis posée la question de savoir ce qui fait qu’à un moment donné, dans un cerveau, il y a ce déclencheur qui pousse au crime. Puis, ce que j’ai aimé dans l’écriture de Lucien Jean-Baptiste, c’est son approche sous forme de jeu du chat et de la souris. Comment réagit-on face à une question qu’il nous pose ? C’était très agréable. Ce fut un tournage superbe.
Interview réalisée au Festival Fictions et Documentaires de Luchon.
