Avec sa chevelure rousse, Alyzée Costes sublime l’écran. Comédienne hors-pair et touche-à-tout, elle explose en 2021 dans la série Arte (et toujours diffusée sur la plateforme Netflix), « Les Papillons Noirs » d’Olivier Abbou. Avec le rôle de Solange, jeune femme complexe, ambiguë et manipulatrice, elle y dévoile une palette de jeu impressionnante et une intensité dans le regard, où se confondent la grandeur et la finesse.
S’en suivront d’autres jolis rôles comme dans « De Grâce », autre série produite par Arte, où elle incarne Céline Leprieur, la femme de Jean Leprieur, interprété par une autre étoile montante du cinéma français, Pierre Lotin. Un thriller familial où, là encore, Alyzée Costes se révèle au travers de dialogues exigeants, dont elle se fait une spécialité avec la profondeur de son timbre et une présence magnétique.
Enfin, on la retrouvera prochainement dans « Haut les cœurs » d’Antoine Garceau, téléfilm événement qui a tout raflé au Luchon Festival (Prix du public de la fiction / Prix de la meilleure fiction unitaire). Elle interprète Gabrielle, jeune femme d’origine bourgeoise et prisonnière d’un milieu qui ne lui convient guère. Sa rencontre avec Pablo et Malika va bouleverser sa vie. Un triangle amoureux dans lequel Alyzée Costes imprime une magnifique dramaturgie grâce à son talent.
Présente au Luchon Festival, la comédienne a accepté de répondre à quelques questions sur le début de cette carrière prometteuse et enivrante.
Est-ce qu’il y a un déclic sur cette envie de devenir comédienne ?
Ma mère adore le théâtre et, petite, elle m’emmenait souvent voir des pièces. Elle a aussi fait le Conservatoire de Montpellier. Puis, j’avais un grand-père qui souhaitait faire du théâtre. C’est donc venu assez naturellement parce qu’autour de moi la passion du théâtre transpirait. Dès 8 ans, j’ai logiquement suivi des cours de théâtre et là, j’ai su que je voulais faire ce métier. Mes parents avaient quand même peur, bien entendu, ce n’est jamais un métier évident. Il y a peu d’élus. Mais je ne me voyais pas faire autre chose. Surtout, je ne souhaitais pas avoir de regrets. […] D’ailleurs, je me souviens la première fois que je suis montée sur scène, professionnellement parlant, c’était pour la pièce « Dernier coup de ciseau ». J’étais pétrifiée et je ressentais aussi une grande adrénaline. Un véritable état de stress. Je n’ai toujours pas appris à le gérer. Je fais avec, je crois.
« Je travaille beaucoup avec la musique »
Vous avez commencé le théâtre avec le metteur en scène Sébastien Azzopardi…
J’ai tout appris avec Sébastien. Nous avons fait plusieurs pièces ensemble dont certaines étaient interactives, ce qui n’est pas un exercice simple. Ça fut une vraie formation. J’ai véritablement appris en jouant. C’est la meilleure des écoles et peut-être plus la formatrice. Avec le théâtre, et à ses côtés, j’ai compris l’exigence. Même malade, on joue. On n’a pas le droit d’aller mal. Le public compte sur vous, on ne peut pas annuler une représentation. Cette exigence, elle m’apporte aujourd’hui beaucoup en tant que comédienne, même au cinéma et à la télévision. […] Et bien que le métier de l’image soit différent du théâtre – on ne s’exprime pas de la même manière par exemple – la discipline théâtrale est très utile sur tout le reste : la rigueur, l’apprentissage du texte, la recherche émotionnelle, etc. D’un point de vue plus technique, le théâtre aide énormément pour les plans séquences parce qu’on a déjà compris comment se déplacer dans l’espace et à enchaîner sans interruption. Bien sûr, il y a une caméra. Vous devez jouer avec, tout en faisant abstraction de sa présence.
La série « Les Papillons Noirs » vous a révélée. Qu’est-ce que vous avez ressenti en lisant ce scénario complètement fou, et de quelle manière avez-vous abordé ce personnage complexe ?

Je me suis dit que je ne voulais pas qu’une autre personne que moi ait le rôle (rire). Nous étions au début de #MeToo et il y avait quelque chose d’hyper important que j’avais envie de défendre. Effectivement, ce revirement à la fin m’a surprise. Je me demandais qui avait écrit ça. J’ai été étonnée que ce soit deux hommes. Olivier Abbou, le réalisateur, nous a laissé beaucoup de liberté. Nous avons fait quelques séances en amont avec Axel Granberger, mon partenaire, et ce fut des références de films, de musiques, de discussions. Sur l’interprétation, il nous a laissé y aller. Olivier est un réalisateur qui aime l’instinct des comédiens. Pour ma part, j’ai regardé « L’été meurtrier » avec Isabelle Adjani et des films de Brigitte Bardot tels que « Et Dieu… créa la femme ».
Ce sont deux femmes qui ont nourri mon personnage et mon jeu. Sur les émotions, je fais un travail de décortication du personnage. Par exemple, que ce soit pour cette série ou le téléfilm « Haut les cœurs », j’ai travaillé le contexte : quel est leur passé ? Qu’ont-elles vécu enfant ? Dans quel milieu vivent-elles et comment ça les influence ? Ce sont des personnages différents mais avec des fêlures importantes. Je ne vais pas chercher des choses personnelles, je me fonds dans les émotions du personnage, je me mets à sa place. Néanmoins, je travaille beaucoup avec la musique. Souvent, ce sont juste des sons : du violon ou du piano. Des instruments qui amènent l’émotion. Ensuite, je vais l’avoir en tête au moment d’une scène et ça me permet de plonger dans l’état dont j’ai besoin.
« Olivier Abbou m’a appris à me faire confiance, à sortir des choses en moi que je n’imaginais pas un jour pouvoir sortir »
Il est vrai que le violon a une énorme puissance émotionnelle…
Le violon me fait pleurer en deux secondes. Ça a un effet impactant. Et puis, il faut le souligner également, vos partenaires de jeu sont essentiels. Si en face de vous, vous avez un comédien ou une comédienne qui vous envoie une émotion forte, que vous êtes dans les bonnes dispositions, vous la recevez, la prenez et pouvez la rendre avec la même intensité. Avec Axel Granberger dans « Les Papillons Noirs » ou Sawsan Abbes dans « Haut les cœurs », nous étions très connectés. Ce fut des collaborations magiques. Mais cela, nous ne pouvons pas le savoir en avance. C’est la magie des partenaires et des tournages.
Dans « Les Papillons Noirs », il y a une séquence érotique et violente chez le photographe que vos deux personnages rencontrent. Une scène intense…

Oui ! Quand j’ai vu la maison où nous allions tourner, elle était comme je l’imaginais et rien que ça, déjà, ça m’a mise dans de bonnes dispositions. Comme le costume, le décor est nécessaire afin de nous permettre de mieux nous immerger dans un moment de vie. Sur la réalisation, Olivier avait tout découpé en amont. Il savait pertinemment ce qu’il voulait pour cette séquence. Là aussi, avoir un cinéaste qui sait ce qu’il veut nous permet de comprendre de suite où il veut nous emmener. Nous avions juste à nous laisser guider. D’autant que nous avions peu de temps puisqu’il devait la tourner sous deux angles différents avec mon point de vue et celui de l’autre actrice.
Ce sont effectivement des scènes très érotiques pour la plupart, et s’il n’y avait pas de coach d’intimité, j’avais une confiance totale envers Olivier. Et je ne serais pas partie sur un projet comme celui-ci si cela n’avait pas été le cas. Toutefois, nous avions un cascadeur sur place pour nous aider?
Vous l’avez un peu évoqué mais quel type de réalisateur est Olivier Abbou ?
Il y a une vraie douceur chez lui, une bienveillance alors que nous tournions des scènes parfois violentes. Oliver est un réalisateur fun et exigeant mais il a une vraie confiance en ses comédiens. C’est la définition d’un véritable artiste. Son dernier film, « Drone Games » est incroyable. J’ai un lien particulier avec lui, je l’aime énormément. Il m’a appris à me faire confiance, à sortir des choses en moi que je n’imaginais pas un jour pouvoir sortir.
Il y a eu un avant et après « Les Papillons Noirs » pour vous ?
Oui, je pense. J’ai obtenu un rôle dans la série « Deep » (en diffusion prochainement) d’Aurélien Molas. Il m’ avait vue dans « Les Papillons Noirs » alors, je suppose que ça joue effectivement. Et c’est un rôle où, comme je le disais, on va chercher des émotions si puissantes que cela doit inspirer des réalisateurs ou des réalisatrices.
Que ce soit « Les Papillons Noirs », « Haut les cœurs » ou « Deep », on vous voit souvent dans des séries d’époque… Je trouve que votre visage sied avec ces projets historiques. Et, comment vous appropriez-vous une époque ?

Oui, on m’a souvent dit que je pourrais faire des films d’époques. Mon visage se prête bien à ça. Et je crois que ça joue en ma faveur pour ce type de projets. J’aimerais en faire plus et aller vers des époques comme le Moyen Age ou la Renaissance. Cependant, pour « De Grâce », même si c’était dans nos années modernes, nous avions des tenues très strictes, ça imposait une stature, une posture au rôle. Le réalisateur, Vincent Maël, avait des références de peintures. Je trouve qu’à l’image, ça se ressent.
« Haut les cœurs » c’est l’époque de mes parents. J’ai grandi avec les photos de mes parents jeunes, j’ai vu leur look, leur coiffure, etc… J’étais déjà imprégnée de ça. Moléculairement, c’est alors une époque qui nous parle tout de suite. Je n’ai pas eu besoin de regarder des choses de cette époque. Toutefois, je me suis concoctée une playlist des années 80 et les costumes ont été un support incroyable pour entrer davantage dans cet univers. Avec le costume, nous ne sommes plus nous, nous prenons vie ailleurs.
CP : Thierry Valletoux
Vous gardez un bon souvenir de votre passage sur la série « De Grâce » ?
J’ai adoré travailler ce rôle, le côté « mère-courage », le lien de couple, le côté bourgeois. C’était très chouette. Avec Pierre Lottin, nous nous étions rencontrés en amont du tournage notamment pour des lectures car je trouvais ça important de créer ce lien de couple et ensuite être crédible à l’écran. Ce n’est jamais simple de construire une relation de couple au cinéma ou à la télévision. Tout repose, encore une fois, sur la confiance et l’alchimie entre deux comédiens. Et Pierre est un super partenaire de jeu. J’ai pris également beaucoup de plaisir à jouer avec Astrid Whettnall, qui est une comédienne admirable. Nous avons des scènes de confrontations verbales qui ont été un vrai plaisir d’acting.

Bravo Alysee … tu as pris du volume et je pense que ta carrière est en bonne voie … n hésites pas à revenir vers des rôles pleins d humour … là aussi tu as les clés… Jacques