[INTERVIEW] – CARPE DIEM : C’EST QUOI CETTE NOUVELLE SÉRIE AVEC SAMUEL LE BIHAN ? LES CRÉATEURS JULIEN GUÉRIF ET PIERRE ISOARD RÉPONDENT

Après « Joseph », un nouvel enquêteur va faire ses débuts sur TF1 en la personne de Tom Villeneuve. Incarné par Samuel le Bihan, cet avocat qui a appris le droit en prison après avoir été accusé du meurtre de sa femme, ouvre son « cabinet ». Une série aux allures dramatiques mais pourtant d’une fraîcheur absolue où la spontanéité et la pitrerie sont les ingrédients d’une série colorée et chaleureuse.

Un avocat pas banal

Tom Villeneuve est un avocat exubérant, grande gueule, beau parleur, hyperactif, un caractère fort et bien défini comme le sont beaucoup de héros de fictions policières. Or, ce type de personnalité peut rapidement présenter un défaut majeur : agacer le spectateur. De fait, la caractérisation et l’écriture scénaristique sont essentielles afin de parfaitement délimiter les contours d’un héros attachant. Pour se faire, un soupçon de drame et des enjeux forts bâtissent une construction émotionnelle riche à laquelle s’accrocher. Julien Guérif, co-créateur de la série et scénariste, explique la façon dont le personnage de Tom Villeneuve a évité cette problématique : « Le baromètre, c’était qu’il ne se prenne pas au sérieux, qu’il ne soit pas fan de lui-même. Il faut également qu’il en prenne plein la gueule, qu’en face de lui, il y ait des gens qui ne soient pas sous son charme. Que ce soit sa fille, la commissaire de police ou son employée, elles ne sont pas clientes de ce type. D’une certaine manière, sa valeur et son côté sympathique viennent aussi du fait de s’être relevé de ce qu’il lui arrive, de ne pas être dans l’apparence. Il se moque de son look, par exemple. Et qu’il ait une forme de côté solaire et généreux. Prison, vie foutue, plus de femme, ni de fille, soit tu deviens quelqu’un sombre, soit, pour survivre, tu vois les choses du bon côté. C’est ça qui l’a sauvé. De la situation est né le personnage ».

Un rôle et un pari pour Samuel Le Bihan comme le confirme le réalisateur Pierre Isoard avec qui il forme un trio de longue date : « Il a retrouvé le plaisir très fort de jouer. Qu’on peut perdre au fur et à mesure que les projets arrivent et tomber dans une forme de facilité. Il a pris un énorme plaisir. Ce rôle-là, c’est une vrai prise de risque pour lui. Il n’est pas connu dans ce registre. C’est une vraie mise en danger de sa part ».

Parmi les enjeux émotionnels de la série, il y a celui de la paternité. Avant d’être accusé à tort du meurtre de sa femme, Tom Villeneuve était également père de famille. Une fille, incarnée par Maya Rose Binard – sublime de justesse -, qui croit profondément en la culpabilité de son père et qu’elle n’a pas revu depuis 17 ans. Tom Villeneuve n’a donc jamais vu sa fille Zoé grandir. Renouer des liens est un des objectifs dramaturgiques de la série :

« C’était l’ingrédient le plus délicat. Nous voulions éviter le pathos et ramener de l’émotion au premier degré, ne pas se cacher. C’est le côté dramatique du personnage. La série est en équilibre constant. Nous avons tous ces fils à tirer : comédie, comédie policière ou encore comédie romantique (avec Barbara Schulz) ». Pourtant, l’émotion passera en premier par la comédie, sa zone de défense lors de ces premières interactions avec sa fille : « C’est l’endroit où il n’est pas à l’aise. Il sait qu’il y a énormément d’enjeux. Échouer avec un client, ça n’est pas grave. Là, il est sur la corde raide. Il dévoile sa fragilité ainsi. Puis, ça nous permet d’avoir une marge de progression » ajoute Julien Guérif.

Zoé est élevée par son grand-père maternel, interprété par le grand Féodor Atkine. Connu notamment pour son travail dans le milieu du doublage où il prête sa voix à Hugh Laurie (« Dr. House »), Hugo Weaving (« Le Seigneur des Anneaux »), William Hurt, Ben Kingsley, Jeremy Irons ou Tommy Lee Jones, Féodor Atkine impose, par sa voix ainsi que sa présence, une aura magnifique qui sied à merveille avec ce personnage méfiant et protecteur : « Féodor a peu de scènes, alors nous avions besoin de quelqu’un qui imprime très vite quelque chose d’assez classieux et de royal. D’avoir une personne qui se fasse respecter sans pour autant être l’antagoniste. Nous imaginions ainsi ce personnage à l’écriture ».

Nice, le terrain de jeux de Tom Villeneuve

De plus en plus de productions françaises et étrangères se tournent dans la région niçoise. En 2024, la ville de la Côte d’Azur a accueilli 610 jours de tournage. Un record ! La nouvelle production de TF1 y a donc posé ses valises pour sa série « Carpe Diem ». Une ville qui a toujours été au cœur du projet selon Pierre Isoard et en explique la raison :

« Il y a ce côté à l’italienne qui colle à merveille à l’humeur du personnage. La mer, le luxe, les couleurs, les pins, les cyprès, tout ça donnait une texture référencée aussi comme « La main au collet » d’Alfred Hitchcock. Quand nous arrivions sur le tournage le matin, nous avions l’impression que tout était en technicolor. C’est une région que j’ai découvert et qui est incroyablement cinématographique. Ce n’est pas difficile de trouver des plans. Donc, tout était cohérent entre le personnage et les lieux où il se trouve ».

Nice a aussi cette chance d’avoir une lumière naturelle d’exception. À l’écran, l’image émane de cette chaleur puissante et inspirante. Pour l’étalonnage de la série, Pierre Isoard et son équipe se sont appuyés sur cette lumière : « Je voulais quelque chose d’assez chaud, de chaleureux, un peu californien. Sans pour autant aller dans un effet de style un peu snob. On a essayé de tourner aux bonnes heures, lorsqu’on le pouvait. De fait, l’étalonnage était assez simple […] Nous voulions donner un bel objet télévisuel au public, sans prétention mais de qualité et qu’on espère réjouissant ».

Sur les décors, « Carpe Diem » s’offre des endroits aussi anti-conformistes que son héros. Chaque lieu reflète la personnalité de Tom Villeneuve. Et chaque décor a déterminé les intrigues. L’hôtel Le Negresco de Nice est le premier lieu auquel est confronté notre avocat, là où il élira également domicile :

« Nous avons tourné dans le vrai Negresco. Nous cherchions un palace pour montrer le côté décalé et impertinent du personnage. La première fois que j’ai vu cet hôtel, j’étais dubitatif. Il y a un kitch élevé au rang d’art. Après réflexion, je me suis dit que mettre le personnage de Tom Villeneuve dans des endroits aussi rococo que celui-ci permettait de rien prendre au sérieux, même pas l’hôtel lui-même ». Pierre Isoard précise à ce sujet : « Il ne faut pas chercher le bon lieu que nous n’avons jamais vu parce que sinon on ne tourne nulle part. Nous devons surtout faire confiance à la scène que nous tournons dans un tel décor. Le décor va changer en fonction de la scène que nous tournons dedans ».

Créateur : Frederic Pasquini  | Crédits : Frederic PasquiniDroits d’auteur : Frédéric Pasquini/Groupe TFI

Autre décor tout aussi loufoque, le « cabinet » de Tom Villeneuve. L’avocat a trouvé refuge sur un chantier naval et aménage deux conteneurs en bureau. Pierre Isoard raconte comment l’idée lui est venue : « Ce fut l’idée la plus difficile à trouver. Nous ne savions pas où le personnage allait s’installer. Au départ, nous pensions à une laverie. Ça ne fut pas possible parce que TF1 avec un décor identique qu’il voulait exploiter pour un autre projet me semble-t-il. J’ai cherché un endroit décalé. A Menton, j’ai vu ce chantier naval un peu amateur et la conception de placer deux conteneurs ici m’est parvenue ».

Interview réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle.

« Carpe Diem » ce lundi 10 octobre sur TF1.

Casting : Samuel Le Bihan, Barbara Schulz, Jisca Kalvanda, Maya Rose, Feodor Atkine, Mona Walravens, Camille Damour, Vincent Heneine, Elga Gnaly, Antoine Gouy…