France Télévisions poursuit son engagement contre les violences faites aux femmes et continue de mettre en avant les figures féminines marquantes de notre Histoire. Après des séries remarquables comme « Sambre » et « Après la nuit » ainsi qu’un unitaire important porté par Julie Gayet, « Olympe de Gouges », la chaîne lancera prochainement une mini-série de 4 épisodes autour de l’emblématique écrivaine George Sand. Intitulée « La Rebelle, les aventures de la jeune George Sand », la série suit les premiers pas de cette femme courageuse dans le monde littéraire de Paris et la manière dont elle a imposé des idées novatrices, presque révolutionnaires pour l’époque, à travers des œuvres telles qu’« Indiana » ou « Lelia ». Une réussite !
Une parole étouffée
Avant d’être connue sous le pseudonyme de George Sand, elle s’appelait Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, par mariage baronne Dudevant. C’est dans cette position sociale que la série nous présente Aurore, une position de soumission à un mari violent, le baron Casimir Dudevant (Vincent Londez), tandis qu’elle écume les pages de sa plume extraordinaire. Une séquence d’ouverture où la beauté de ses mots, à la vision pure de ce qu’est l’Amour, se confronte à la brutalité verbale du baron qui, soûl et dans un excès impardonnable de colère, viole Aurore. La voilà la dure vérité des femmes de l’époque à laquelle certains aimeraient revenir, l’asservissement total des femmes à la volonté des hommes. Dans sa prison dorée, Aurore rêve de liberté, rêve de devenir écrivaine. Elle élabore un plan d’évasion, afin de rejoindre Paris au côté de son amant Jules Sandeau (Aymeric Fougeron) et réaliser son ambition littéraire. Et c’est là, au cœur de la capitale, qu’Aurore va devenir George Sand. Les émules autour de ses romans, des convictions qu’elle catapulte au visage de la bourgeoisie et ses relations intimes ne tardent pas à ébranler toute la société. Entre violence, oppression, misogynie, rien n’épargne George Sand. Pourtant, elle se bat. Inlassablement. Inébranlable face à la bêtise humaine et ses lois liberticides, George Sand gagne peu à peu des batailles. Ce sont ces premiers combats gagnés qu’exposent la série « La Rebelle, les aventures de la jeune George Sand », de la publication de son roman « Indiana » à son procès pour se séparer du baron Dudevant.

Non, la série ne dresse pas un portrait flatteur des hommes. Et tant mieux ! Ici, ils apparaissent souvent comme vils, lâches, trompeurs, prisonniers de leurs désirs et soumis à leurs pulsions intérieures. Certains manipulant les mots à des fins de séduction. Dans le milieu bourgeois et littéraire du XIXe siècle, la poésie et l’éloquence deviennent des armes redoutables. George Sand en croisera bien des exemples, à l’image de Jules Sandeau ou d’Alfred de Musset (Oscar Lesage). Les grands écrivains de l’époque, aussi talentueux soient-ils, ne ressortent pas grandis de cette histoire. Le génie n’excuse pas tout ! D’ailleurs, en creusant au-delà de la fiction, on découvre que Charles Baudelaire nourrissait pour elle une antipathie marquée (et c’est un euphémisme).

Pourtant, dans ce combat féministe, les hommes ont toute leur importance. Ce sont eux qui, paradoxalement, permettent à George Sand de publier son premier roman. Ce sont ses soutiens du milieu littéraire, Honoré de Balzac en tête, qui l’aident à faire sa place. C’est un avocat révolutionnaire qui lui donnera les armes juridiques pour affronter le baron Dudevant. Même les juges, afin de préserver les apparences certes, lui accorderont les clés de sa liberté. Car il faut aussi des hommes courageux, avec un niveau de conscience des rapports humains au-delà des codes établies, pour faire bouger les lignes. Cela démontre que ce combat, nécessaire, est autant l’affaire des femmes que des hommes et que nous devons tous nous jeter corps et âme dans cette lutte.
Dans la série, le rapport homme/femme est également basé sur les aventures sentimentales de George Sand, notamment avec Jules Sandeau, l’avocat Michel de Bourge (Yoann Blanc), Alfred de Musset et l’actrice Marie Dorval (Barbara Pravi). La liberté sexuelle de George Sand dans la série est affichée, assumée, et quel plaisir ! Parce que les femmes ont depuis des millénaires été considérées comme de simples objets sexuels pour la seule jouissance masculine, voire une telle émancipation, une telle impertinence parfois, rappelle ô combien elles ont le droit à cette indépendance. Dans le retour en force d’un masculiniste exaspérant prôné par des virilistes archaïques et ces histoires idiotes de « bodycount », la série soulève à quel point le regard des hommes sur la sexualité des femmes est nauséabonde. La liberté ne se mesure pas.
Néanmoins, chaque aventure de George Sand est une trahison et chaque trahison de ses amants nous touche autant qu’elle en souffre.
Enfin, l’interprète de George Sand, Nine d’Urso, est d’une justesse à couper le souffle. Un rôle sur mesure pour celle qui a fait des études de lettres et depuis longtemps passionnée de théâtre, de littérature et de philosophie. Son amour pour les arts et les lettres transpirent dans ce rôle qu’elle défend avec intensité dans une incarnation forte et ardente. Par ailleurs, les quelques expériences dans le monde de la mode de Nine d’Urso lui semble ici utile. Sa posture droite, sa démarche fière, le regard haut sied non seulement au personnage mais aussi à son caractère, où George Sand toise, confronte, dénonce avec la même attitude des mannequins et leur droiture franche et sincère.
Le sublime des mots et de l’image

À la réalisation, Rodolphe Tissot tresse une architecture sur le modèle de son héroïne à savoir, une imagerie vivante, énergique, frivole et une mise en scène en mouvement constant pour souligner les situations vécues par George Sand entre combat, violence et joyeuseté de quelques moments de grâce. L’optique de Rodolphe Tissot, lui, absorbe les corps et les regards de ces acteurs dans un langage cinématographique qui laisse une place importante aux sensations, à l’émotion. Chaque séquence de violences physiques ou verbales, chaque échange, chaque séquence de séduction, chaque scène de sexe, est réalisée pour que le spectateur puisse en ressentir l’impact. L’impact d’une gifle, d’une remarque misogyne, d’une discussion enflammée ou l’exaltation, l’ivresse de deux corps qui se réunissent.
Conclusion
Vous ne connaissez rien aux œuvres de George Sand, ni son histoire ? Aucun problème. Si la série porte son nom et reste fidèle à ce qu’elle a vécu, elle pourrait tout aussi bien être le portrait d’une femme lambda de cette époque qui souhaite s’extirper de sa condition. En effet, « La Rebelle, les aventures de la jeune George Sand » ne s’attarde pas sur ses écrits mais davantage sur leurs impacts, sur les idées portées par cette dernière (liberté, égalité…) au sein d’une France patriarcale, où règne la tyrannie des hommes. Cependant, cette fiction a pour elle de créer le désir, celui de s’intéresser un peu plus à la vie de George Sand et surtout de découvrir sa plume. Rien que pour cela, la série mérite d’exister.
L’écriture et la réalisation romanesques sont à la hauteur des enjeux dramaturgique de la série. Les comédiens et les comédiennes tels que Vincent Londez, Aymeric Fougeron, Barbara Pravi, Megan Northam, Oscar Lesage ou David Kammenos, tous sans exception, délivrent une vraie performance d’acteur. L’authenticité de leur jeu magnifie la cruauté de l’époque pour les uns, magnifie la passion pour les autres. Toutes ces couches d’interprétation sont le reflet d’un engagement envers un récit qui, on le sent, les touche profondément.
Mon interview avec l’actrice Nine d’Urso est à retrouver ici.
À lire aussi :
– Conversation artistique avec l’acteur David Kammenos à retrouver ici.
– Interview carrière avec Oscar Lesage à retrouver ici.
« La Rebelle, les aventures de la jeune George Sand » dès le 14 avril sur France 2.
Synopsis :
1830. Afin d’échapper à son mari violent, Aurore Dupin fuit son château de Nohant pour Paris, en pleine effervescente romantique. Dans la capitale du début du 19e siècle, Aurore mène une vie de bohème et publie son premier roman, sous pseudonyme : George Sand est née. Première femme écrivaine à vivre de sa plume, elle enchaîne les succès littéraires et déchaîne les passions amoureuses. Féministe avant l’heure, portant le pantalon et fumant la pipe, elle collectionne les amants, dont les plus célèbres sont Alfred de Musset et la comédienne Marie Dorval, et va venir bousculer la société des hommes.
Ses romans dressent une vaste fresque de son temps, mais son véritable chef-d’œuvre… c’est sa vie !
Casting : Nine d’Urso (George Sand), Vincent Londez (Casimir Dudevant), Megan Northam (Pauline de Beaumont), David Kammenos (Varanches), Barbara Pravi (Marie Dorval), Marie Oppert (Eugénie Duvernet), Jacques Bonnaffé (Duris-Dufresnes), Grégoire Oestermann (Deschartres), Aymeric Fougeron (Jules Sandeau), Louisiane Gouverneur (Josette), Jonathan Turnbull (Hippolyte).
Avec la participation de Jean-Luc Bideau (Kératry), Philippe Torreton (Bertrand Renault).
