Parmi ces jeunes acteurs de cette nouvelle génération prometteuse du cinéma français, Oscar Lesage peut déjà se vanter d’une carrière qui a de l’allure. De « Marie-Antoinette » à « Les Amandiers » en passant par une apparition remarquée dans « The Crown » et la série « Mister Spade », Oscar Lesage a notamment joué dans deux des films événements de 2024 : « Le Comte de Monte-Cristo » et « The Substance ». Avec son visage de jeune premier et un regard profond aussi attendrissant que rebelle, Oscar Lesage séduit par l’intensité de son jeu ainsi que la précision des émotions qu’il dégage.
À l’occasion de la sortie de « Le Choix du Pianiste », l’un de ses premiers grands rôles au cinéma, le comédien se confie sur son métier et sa vision de l’acteur et dévoile les coulisses de ses derniers projets en date.
Vous avez commencé les cours de théâtre à l’âge de 9 ans. Vous vous souvenez de la première fois que vous êtes monté sur scène et ce que vous avez ressenti ?
C’était le premier cours de l’année, et nous avions fait de l’improvisation. Si je ne me souviens plus exactement quelles étaient les consignes de l’exercice, je me souviens parfaitement qu’une fois sur scène, lorsque je devais imaginer la situation et commencer à parler, j’étais limite en fou rire. C’était l’euphorie. J’avais du mal à rester concentré et à me calmer. Il y avait un côté si libérateur, que je me suis senti heureux à ce moment-là. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est à ce moment-là que j’ai su que j’allais devenir acteur, mais il y a eu comme une sorte de révélation. Néanmoins, la première fois que j’ai joué sur scène la même année donc, devant un public, je me rappelle le trac que j’ai ressenti. Ce n’était pas du tout agréable. Pourtant, et je pense que c’est pareil pour tous les comédiens, une fois sur scène, on se sent bien.
« Je ne pense pas qu’il faille s’écorcher pour les rôles. Je n’y crois pas à cela »
En quoi le théâtre vous a-t-il aidé pour le cinéma, où il y a quand même deux façons de s’exprimer différentes ? Pourtant, dans « Le Choix du Pianiste », vous avez une façon de parler assez théâtrale…
Ça m’a donné une science et un amour du texte. Bien qu’au cinéma, parfois, il ne faut pas trop se focaliser sur le texte, ni trop le sacraliser. Puis, une rigueur dans le travail ainsi qu’un certain sens de la précision notamment dans les intentions de jeu. J’avais un prof qui nous disait qu’au théâtre nous jouions pour 1000 oreilles, ceux des spectateurs dans la salle et, au cinéma, que nous jouions pour une toute petite oreille, celle de la caméra. Oui, il faut savoir jouer à une autre échelle lorsqu’on passe du théâtre au cinéma. Le cinéma va être plus intime et plus imperceptible, mais le théâtre m’a beaucoup aidé, je pense, à apprivoiser tout ça.
Sur « Le Choix du Pianiste », ce n’était pas une intention de ma part. Je pense que l’époque, le texte, font que ça paraissait compliqué de jouer de manière naturaliste. Et puis, le personnage est plutôt bourgeois et évolue dans des milieux aristocratiques. Dès lors, il y a une espèce de tenue dans le corps et la langue qui donne cet aspect théâtral. C’est dû à l’écriture parce que le film est très écrit.
Qu’est-ce qui vous fait dire « oui » à un rôle, que le personnage soit secondaire ou principal ?
Le personnage. Il m’est arrivé de dire « oui » à des scénarios que je ne trouvais pas exceptionnels, mais je trouvais le personnage intéressant à explorer, qu’il y avait de belles choses à défendre ou un challenge à réaliser. J’en suis à un stade de ma carrière où je n’ai pas mille propositions de scénarios. Je ne dis pas « oui » à n’importe quoi mais je n’ai pas non plus le loisir de tout refuser. Cependant, si je lis un scénario avec lequel je ne suis pas en accord ou qui défend des idées réactionnaires, par exemple, je n’y prend pas part.
« La colère est une émotion à laquelle j’ai accès aisément »
Vous jouez dans des registres divers et variés. De quelle façon abordez-vous chacun de vos rôles ?

Chaque rôle est différent, surtout si on a un tout petit rôle ou un premier rôle. Ce n’est pas la même intensité de travail. D’ailleurs, on dit souvent qu’il n’y a pas de petits rôles. Moi, je pense que si, et ce n’est pas grave. Souvent, il faut juste faire le job et accepter qu’on interprète un rôle fonction qui fait avancer l’intrigue plus qu’un personnage sur lequel le spectateur va se projeter.
Certains rôles sont évidents, demandant moins d’efforts à fournir, moins d’imaginaire à créer parce que le personnage va être proche de moi. Quand c’est à l’opposé de moi, il y a plus de travail à effectuer. Mais je n’ai pas de méthode à proprement dite.
Je ne suis pas dans les méthodes Actor Studio où je vais me fondre dans la peau du personnage, ou je vais incarner le personnage pendant toute la durée du tournage. Je ne suis pas non plus full impro. J’essaie simplement de travailler en amont afin d’être libre et détendu sur le tournage.
[…] Un acteur a un instinct. S’il n’en a aucun, ça se voit. Un acteur doit capter du réel, il faut alors un endroit où jouer avec ce que l’on ressent vraiment, ses tripes, être dans l’instant présent. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille s’écorcher pour les rôles. Je n’y crois pas trop à cela.
Dans certains films ou séries, vous allez chercher des émotions très fortes, de la colère à la tristesse. Où allez-vous puiser ces émotions ?
La colère est une émotion que j’ai assez naturellement. C’est un peu comme un robinet que je peux ouvrir quand je le veux. Je suis pas quelqu’un de colérique, mais je peux m’énerver vite. C’est présent en moi. De fait, c’est une émotion à laquelle j’ai accès aisément.
Pour des émotions telles que la tristesse, c’est là qu’intervient un travail plus approfondi que j’effectue en allant tisser des liens avec la situation que traverse le personnage, par exemple. Sur « Le Choix du Pianiste », ce qui m’avait aidé c’était de me fabriquer des souvenirs autour du personnage. C’est une source dans laquelle je vais puiser pour me connecter à mon personnage et à ses émotions pour telles ou telles séquences. Car nous ne pouvons pas toujours être bouleversés lorsque l’on tourne. Et tant mieux d’ailleurs. Donc, il faut aller titiller ça chez soi, et ce n’est pas toujours évident. Vous avez également les partenaires en face de vous. L’émotion peut venir plus facilement, plus naturellement si votre interlocuteur ou interlocutrice vous transmet quelque chose de fort. La réponse est dans l’autre. Un acteur qui n’écoute pas son partenaire et attend simplement que l’autre soit ému, ce n’est pas jouer.
Vous teniez un petit rôle dans « Le Comte de Monte-Cristo », film événement de l’année dernière. C’est vous qui arbitrez le duel entre Pierre Niney et Vassili Schneider. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Au départ, j’avais un rôle plus conséquent puisque je jouais Maximilien Morrel, le maître d’armes de Monte-Cristo. J’avais d’autres séquences. Mais pour des questions de rythme et de montage, elles ont été supprimées. Peut-être qu’un jour nous les verrons dans une version longue. Ça m’aura au moins permis d’apprendre l’escrime. Les réalisateurs ont été adorables et se sont excusés auprès de moi. J’ai tourné 3-4 jours. Ce fut une chouette expérience et tout le monde était hyper gentil sur le plateau.
Pierre Niney était vraiment gentil, curieux. Ça fait du bien. Il reste ouvert et humble. Vous avez des acteurs qui, à son âge et son niveau, auraient déjà quitté la terre en termes d’ego. C’était agréable d’avoir affaire à un être humain.
Autre film important de 2024 dans lequel vous avez joué et qui avait fait beaucoup de bruit à Cannes, « The Substance » de Coralie Fargeat. Vous partagez des scènes avec Demi Moore…
Une très belle expérience là aussi. Demi Moore est d’une grande gentillesse et beaucoup dans l’écoute avec ses partenaires de jeu. Ce fut très bref parce que nous avons tourné ensemble qu’une seule journée. Il y avait une petite appréhension, je ne vais pas vous mentir. Ce sont des gens qui ont tellement l’habitude d’avoir une foule autour d’eux, qui les traite comme des demi-dieux. Pour ma part, j’ai fait en sorte de ne pas montrer que j’étais impressionné et de rester moi-même. Il ne sert à rien de s’inventer une autre personnalité pour leur plaire. Je vois plein de gens le faire autour de moi, et j’ai dû moi aussi le faire par le passé, mais c’est plus bénéfique d’être soi-même.
D’ailleurs, ce que j’ai remarqué en ayant côtoyé certaines stars du cinéma (Demi Moore, Pierre Niney, Denis Ménochet ou Clive Owen), c’est que ce sont des gens qui restent concentrés. Il y a une sorte de détente et de calme qui est nécessaire. J’ai tendance à être un peu dissipé au début d’un tournage, sûrement une manière de se rassurer, et j’ai appris à leur contact à ne pas se laisser distraire. On parle du métier d’acteur depuis le début de cet entretien et ça, c’est une des choses importantes que j’ai apprise. Car sur un tournage, vous êtes toujours interrompu et rester concentré devient difficile. Vous devez trouver votre espace de calme pour, ensuite, être présent quand il s’agit de jouer.
Vous avez également une scène de sexe dans le film avec Margaret Qualley. Comment se sent-on à l’idée de tourner ce type de séquences ? Et de quelle manière l’avez-vous préparée ?
Je commence à avoir l’habitude car j’en ai tourné plusieurs maintenant. J’ai travaillé avec des coachs d’intimité et cela met à l’aise. Cela devient comme une chorégraphie. Grâce à ces coachs, il n’y a plus de débordement. À une époque, ça a mis en danger beaucoup de femmes et détruit des vies. Sur « The Substance », il n’y avait pas de coachs d’intimité. De plus, j’ai rencontré Margaret le jour même. Elle m’a tout de suite mis à l’aise et a joué ce rôle de coach. Nous avons défini une chorégraphie ensemble. Ça reste purement technique.
« Le cinéma ne sauvera pas le monde mais le monde sans cinéma serait moins beau »
Dans « Le Choix du Pianiste », vous incarnez un prodige du piano, François Touraine. Le film se déroule en partie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pour rebondir à une des questions précédentes, comment avez-vous abordé ce rôle en particulier ?

Il y a un endroit où je me suis identifié à lui. C’est un artiste et c’est un choix de vie qui reste une vie risquée. Être artiste n’est pas un travail régulier. Il y a une forte concurrence, c’est une passion qui demande beaucoup de travail, et le fait qu’il ait eu une révélation très jeune pour le piano, tout comme moi avec le jeu, a été un pont pour tisser un lien entre nous. Ensuite, il y a eu l’apprentissage du piano. J’ai surtout appris à faire semblant et j’ai visionné des vidéos de pianistes en concert. Il y a des centaines de façons de jouer du piano, je devais définir ma manière de jouer. Enfin, s’imprégner de l’époque a été une autre étape.
François est quelqu’un de naïf, il met du temps à comprendre ce qu’il se passe sous ses yeux, parce que c’est tellement absurde pour lui que des gens puissent en tuer d’autres pour des questions d’identité religieuse. Ça a été un des grands points du personnage à explorer pour moi, cette petite chose où il passe de la naïveté, de cette confiance en la vie, à cette réalité violente.
Lorsqu’on arrive sur un décor et que l’on voit deux grandes banderoles drapées du drapeau nazi. Qu’est-ce qu’on ressent ?
Le drapeau procure toujours quelque chose en vous. Sur le tournage, il n’y avait pas un climat anxiogène ou solennel parce qu’il y avait des drapeaux nazis et des figurants habillés en SS. Ça démystifie le décor. Et nous parvenions à rire. Cependant, il est vrai que dans cette scène, lorsque le drapeau nazi se relâche et apparaît avec ce bruit sec, ce fut une image assez forte.
Aviez-vous une doublure physique et main pour les scènes de piano ?
Le dernier jour de tournage, j’ai effectivement eu une doublure. Nous avons filmé plein de morceaux, notamment avec ses mains. Il y a aussi des scènes où je fais de l’« air piano » là, ce sont mes mains. Je leur disais de ne pas filmer mes mains en gros plan parce que je faisais un peu n’importe quoi, les notes étaient approximatives, et j’avais peur d’avoir honte (rire). Ils l’ont quand même fait et, au final, tout le monde trouve que ça fonctionne. Un pianiste initié dira le contraire.
Le film confronte François Touraine à des choix moraux difficiles : collaborer ou abandonner la femme qu’il aime. Et ça pose aussi la question de la place de l’artiste et de la culture en tant de crise. En ces temps troublés que nous vivons, quelle est votre conviction profonde sur ce que vous faites en tant que comédien ?
Je ne fais pas partie des gens qui pensent que le cinéma va changer le monde, je ne pense pas être un acteur militant, ni que mon art a un impact sur les consciences des gens. Toutefois, dans un climat qui se droitise dans le monde, c’est extrêmement important de se battre pour la culture et de concevoir des films exigeants, qui parlent du réel, de notre monde. Le cinéma ne sauvera pas le monde mais le monde sans cinéma serait moins beau.
Vous avez fait beaucoup de films et séries d’époque entre « Bardot », « Mister Spade » et ceux cités précédemment. Pour un comédien, c’est plus exaltant de se retrouver plongé dans une époque inconnue ?
Cela dépend du projet. Un petit film tourné à notre époque, avec un budget plus mince, peut être tout aussi exaltant que de tourner dans un film d’époque à gros budget. C’est le projet qui fait que c’est exaltant ou non. Je ne choisis pas mes rôles en fonction de quelle époque est projetée l’histoire, plutôt en fonction de ce que le récit raconte. Après, je comprends la question car je tourne énormément de films et de séries d’époque, et je pense que c’est dû à mon profil et à mon visage. Je passe beaucoup de castings pour des productions d’époques.
« Le choix du pianiste » le 29 janvier au cinéma.
Ma critique du film est à retrouver ici.
Synopsis :
À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, François Touraine, grand virtuose du piano, n’a d’autre choix que de partir jouer en Allemagne pour sauver la femme qu’il aime, sa professeure. Rachel est juive dans une époque qui ne le permet plus… À son retour en France, il n’est plus que l’ombre de lui-même lorsqu’il rencontre Annette. Elle fera un geste incroyable pour lui permettre de remonter sur scène.
Casting : Oscar Lesage, Zoé Adjani, Pia Lagrange, Philippe Torreton, Laurence Côte, ANdréa Ferréol, André Manoukian, Nicolas Vaude, Marie Torreton…

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