Après une violente dispute avec ses parents, Sofia, 15 ans, fait le mur pour la première fois. Le lendemain, au réveil plus aucune trace d’eux, ni de son frère. Vingt ans après, elle est toujours hantée par des questions sans réponse. Sa famille a-t-elle été assassinée ? Pourquoi a-t-elle été épargnée ? S’ils sont en vie, pourquoi l’ont-ils abandonnée ? Sofia n’arrive toujours pas à faire son deuil, malgré un mariage et une fille. Elle n’a jamais quitté la région et attend désespérément un signe, un retour. Ce signe arrive enfin, mais pas celui qu’elle attendait. Et si le passé revenait pour achever ce qu’il avait commencé 20 ans auparavant ?
Dans cette mini-série de 4 épisodes, Hugo Becker interprète le journaliste Arnaud Fresnel. Au côté de Sofia (Barabra Probst), il va mener l’enquête autour de la disparition des parents de l’écrivaine. Un nouveau rôle tragique pour le comédien, qui revient sur sa composition et le travail effectué autour de son personnage.
Vous incarnez ici un personnage qui n’existe pas dans le roman…
Effectivement, mon personnage n’existe pas dans le roman de fait, je ne l’ai pas lu comme je peux le faire habituellement sur d’autres projets d’adaptations. Je pense même qu’ici, cela aurait été contre-productif. J’ai préféré me concentrer sur les matériaux que nous avions et de développer avec les auteurs et la réalisatrice toute la backstory de mon personnage, son arche narrative, son rapport avec les autres, son côté bourru, la carapace et son humour qui est un rempart à tout ce qu’il a vécu. C’était là mon véritable travail. […] Je pense que les auteurs ont intégré ce personnage pour enrichir le projet. À mon sens, c’était également une façon d’être davantage dans la psychologie et les émotions des personnages, qu’ils aient autre chose que des discussions d’intrigues. La création de ce personnage vient faire écho, renforcer les traumatismes passés des autres. De plus, ils n’ont pas créé une relation sentimentale avec l’héroïne. Il enquête pour les bonnes raisons. Au début, c’est flou. On pense qu’il fait ça par ambition. On se rend compte qu’il a une certaine éthique. C’est ce qui m’a plu dans ce personnage. C’est le gros dilemme du métier de journaliste, entre l’éthique et l’audience.
Vous avez joué deux journalistes coup sur coup avec « La Peste » et « Cette nuit-là »…
Oui et j’ai aimé ces deux rôles car ils sont très différents. Et heureusement, car sinon je n’aurais pas accepté de rejouer la même personnalité. Sylvain Rambert était un héros très idéaliste, très engagé, son questionnement était axé entre son intérêt général et son intérêt personnel. C’est-à-dire que mis dans une situation difficile, va-t-on s’engager dans une cause plus grande que nous, pour le groupe, ou va-t-on protéger son premier cercle ? Alors que dans « Cette nuit-là », le personnage d’Arnaud Fresnel est solitaire, il a perdu son premier cercle. Son enjeu c’est : ambition ou éthique. C’est ce que j’aimais, qu’on ne perçoive pas d’amblée que son éthique prévaut. Il y a souvent des a priori carriéristes en ce qui concerne les journalistes. Je trouvais ça bien de le casser avec un personnage bourru, je m’en-foutiste, avec de l’humour, et qui décide de faire en sorte que les choses glissent sur lui, plutôt que de se laisser atteindre. J’imagine qu’on n’a pas le choix sinon, on vit un enfer. C’est comme policier, ce sont des métiers difficiles.
« À travers sa posture, je voulais qu’on sente qu’il a du vécu, qu’il a eu un passé douloureux »
Justement, comment avez-vous abordé ce personnage et toutes ses nuances ?

Avec la réalisatrice, nous nous sommes rapidement mis d’accord sur le fait qu’il ne faisait pas très attention à lui et qu’il ne voulait pas qu’on le reconnaisse. C’est un journaliste de province par conséquent, on est vite reconnu. Lui, comme il va chercher des renseignements ici et là, l’idée était donc qu’on ne puisse pas l’identifier immédiatement. On a alors choisi un look montagnard, presque habillé à l’arrache, et pris le parti qu’il ne prenait pas beaucoup soin de lui tant sur le plan physique que sur le plan vestimentaire. Puis, qui s’amuse, non pas à se déguiser, mais à se fondre afin que les autres ne se posent pas de questions.
Et il y a un travail du corps aussi… Car pour se camoufler il est souvent voûté comme cette scène au bar où il se replie sur lui.

Ça me plaît que vous soulignez ce genre de détails. Ce sont de grosses réflexions que nous avons eu à ce sujet. À travers sa posture, je voulais qu’on sente qu’il a du vécu, qu’il a eu un passé douloureux, et faire en sorte qu’il se contient pour ne pas le faire ressentir aux autres. Il a cette façade légère, fraîche mais, dans les scènes d’intimité, il dévoile une facette plus complexe. Sur le corps, il a un côté animal aussi. Un animal de montagne. Un côté loup solitaire. C’est à cela que je pensais en le travaillant. […] J’ai beaucoup aimé travaillé tout ça avec la réalisatrice Myriam Vinocour. C’est une personne très agréable. Nous avions la même approche et les mêmes convictions pour le personnage : sur les remparts qu’il s’était créés et comment faire évoluer son arc et ses relations avec les uns et les autres.
Les scènes intimistes, par exemple, nous en avons rajouté car elles sont nécessaires afin d’être avec lui. Myriam est quelqu’un qui dirige avec les liens d’affection. Elle est marrante parce qu’elle peut ressembler parfois à mon personnage, elle a du caractère, et peut être sauvage. Paradoxalement, nous nous sommes parfaitement entendus. Tout était évident. Nous pouvions discuter de manière franche et directe. Ça facilite le travail.
« Les personnages étaient influencés par des séries comme The Killing ou The Bridge »
« Cette nuit-là » est un thriller psychologique. Dans le jeu, quelles sont les difficultés de ce genre ?
C’est l’arrière-plan, la backstory. Faire en sorte que le personnage est de l’épaisseur et de la constance. Pas uniquement avec ce qui est raconté dans les dialogues ou dans l’intrigue, mais qu’on parvienne à faire ressentir qu’il y a autre chose dans sa tête. Ce n’est pas évident à insuffler. C’est une vraie collaboration avec la réalisatrice parce que la façon de filmer, les plans, la mise en scène vont aussi raconter l’intime d’un personnage. Parce que la difficulté, c’est aussi de ne pas tomber dans l’informatif et l’explicatif. Je déteste ça. J’ai voulu qu’on évite ça au maximum. Parfois, vous n’avez pas le choix, c’est une nécessité. Mais il faut le rattacher à du ressenti. Il ne faut pas l’oublier quand on joue un personnage, c’est ce qui lui donne une couleur, une saveur. L’ensemble du casting était concerné par ça. Chaque acteur sur le projet a fait en sorte d’insuffler dans ses scènes, à ce qu’il avait à jouer, autre chose. Ça crée un univers, porté encore une fois par la réalisation et la photographie. Cette mini-série ne ressemble pas à ce que j’ai pu voir.
Dans la réalisation, la photographie et même dans l’étalonnage, l’ambiance à cet aspect de série nordique. Vous l’avez ressenti sur le tournage ?
C’est ce que nous nous disions même dès le début du projet. Cela devait être les codes visuels en termes de choix d’objectifs, de plans, de valeurs de plans, de lumière, définis en pré-production. Mais également sur le choix des acteurs car les personnages étaient influencés par des séries comme « The Killing » ou « The Bridge ». Dans les séries norvégiennes, l’intimité et la psychologie des personnes sont vraiment creusés. C’est ce qui fait qu’on s’y attache et c’est un soin que nous avons tous apporté à nos personnages. Je suis heureux que vous ayez fait cette comparaison.
Et il y a l’environnement et ces étendues de montagnes qui rappellent aussi ces séries scandinaves. C’est un appui important de tourner en décors naturels…
C’est crucial, oui. Quand vous tournez en fond vert, cela devient compliqué. Vous devez faire un énorme travail d’imagination. Certes, c’est notre métier d’imaginer. Cependant, lorsque vous êtes plongés dans un décor, vous y croyez davantage et vous avez moins d’efforts à fournir, vous pouvez vous concentrer exclusivement sur le jeu. Puis, c’est plaisant. Nous faisons un métier qui nous permet de découvrir des endroits magnifiques comme les Vosges. Visuellement, c’est très riche, très puissant et ces décors naturels racontent d’eux-mêmes quelque chose. Ils fournissent non seulement un appui énorme pour nous, en tant que comédiens, mais aussi visuellement. Vous pouvez créer des cadres incroyables et une ambiance unique.
Echange réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle.
« Cette nuit-là » le 23 avril sur France 2.
D’après le roman éponyme de Linwood Barclay.
Casting : Barbara Probst, Pascal Elbé, Hugo Becker, Fantine Harduin, Fanny Cottençon, Isabelle Renault, Antoine Hamel, Nicky Marbot…
