[CRITIQUE] – ASTERIX & OBELIX, LE COMBAT DES CHEFS : RETOUR GAGNANT POUR LES HÉROS GAULOIS

Après l’échec critique d’« Astérix & Obélix : L’Empire du Milieu », les deux Gaulois les plus célèbres du monde reviennent fin avril sur Netflix avec mini-série en animation intitulée « Le Combat des Chefs » et réalisée par Alain Chabat et Fabrice Joubert. Ensemble, ils signent est une très belle adaptation de la bande-dessinée éponyme, drôle, truffée de petites références amusantes, et avec un sens du tragique aussi absurde qu’enivrant.

Sauver le village gaulois contre l’envahisseur, une belle rengaine

Entre Alain Chabat et les œuvres d’« Astérix & Obélix » c’est une grande histoire d’amour. Avec Alexandre Astier, ils sont peut-être les rares à avoir compris l’essence profonde des histoires de René Goscinny et Albert Uderzo, et ont su insuffler un véritable esprit aux héros gaulois. « Mission Cléopâtre » est, à ce jour, toujours considéré comme la meilleure adaptation des bandes-dessinées, avec un statut culte tandis que les deux longs-métrages animés d’Alexandre Astier (« Le Domaine des Dieux » et « Le Secret de la Potion Magique ») continuent de se savourer avec un énorme plaisir. « Le combat des chefs » s’inscrit donc dans cette lignée, une adaptation joyeuse dans la tradition la plus noble et la plus respectueuse du matériel original.

Dans cette mini-série de cinq épisodes, le village d’Astérix et Obélix fait de nouveau face à un plan d’invasion mené encore et toujours par le grand Jules César. L’idée sort cette fois-ci du cerveau brillant d’un personnage inédit dans l’univers de la franchise : Métadata (Géraldine Nakache). Sa méthode est simple, organiser par la loi un combat des chefs. Abraracourcix est donc défié par Aplusbégalix, chef d’un village gallo-romain. En cas de défaite, les irréductibles Gaulois serait sous le joug des envahisseurs romains. Malheureusement, le sort joue contre les résistants car, suite à un accident, Panoramix est devenu amnésique…

Alain Chabat a une réelle perception de la comédie, une rythmique particulière, une gestion des mots où l’absurde et se confronte à une réalité brute qui sied à merveille pour les aventures d’Astérix. C’est donc avec cette dynamique qu’il parvient à donner une envergure nouvelle à ce récit exaltant, entre situations cocasses, grotesques et désespérées (il y a de véritables moments sombres), à donner une parole à tous ces personnages tragi-comiques dans une forme de sincérité absolue et d’amour profond. De fait, « Le Combat des Chefs » alterne toujours au sein de deux registres dans un équilibre dont Alain Chabat a le secret, ne sacrifiant jamais l’un au détriment de l’autre. Difficile aussi que l’exercice de l’humour, de se renouveler, dans une franchise où les vannes ont été éculées et essorées.

Surtout en ce qui concerne les références. Pourtant, il y a de vraies petites trouvailles humoristiques qui font mouche. Outre celles habituelles à la pop-culture – de « Star Wars » à « Avengers Endgame » -, Alain Chabat et ses auteurs (Benoît Ouillon et Pierre-Alain Bloch) distillent des blagues en miroir à notre époque toujours conçues comme une satyre de la société actuelle, ses dérives, sa folie ou ses idioties (cf. la scène du selfie en mosaïque). La dernière partie, au cœur de la fête foraine, organisée pour le combat, offre une avalanche de blagues et de mises en scène référencées à la fois mordante et euphorisante.

L’autre point intéressant de la série, ce sont les origin-story d’Astérix & Obélix. Le premier épisode se consacre à la naissance de leur amitié, révélant la complémentarité de leur duo, jusqu’à la création de la potion magique et par quelle opération du Saint-Esprit Obélix est tombé dans la marmite. N’ayant pas lu la BD, je ne saurais dire si cela est un apport ou non, mais l’insertion de ces scènes comblent une certaine curiosité. À chaque nouveau film ou série animée, on nous rappelle tel un doux running-gag : « Pas toi Obélix, tu es tombé dedans quand tu étais petit ». Cette partie de la vie du héros était floue pour les non-inités. Aujourd’hui, ils seront pourquoi et comment.

De plus, lier cette tranche de vie au thème du harcèlement, dévoile un aspect inédit de la personnalité d’Obélix considéré à l’époque comme le plus faibles des petits Gaulois. Une belle revanche !

À la direction animation, Kristoff Serrand, superviseur et directeur d’animation sur la trilogie « Dragons » et qui avait déjà participé à trois films animés mettant en scène les gaulois : « Astérix et la Surprise de César », « Astérix chez les Bretons » et « Astérix et le Coup du menhir ». De par son savoir-faire, « Le Combat des Chefs » profite d’une animation colorée, à la colorimétrie radieuse, appétissante pour les yeux. Chaque élément, du charecter design à la lumière, en passant par les décors et les innovations sur les graphismes et les visuels (ajout d’onomatopées comme « Spider-Man : New Generation) », tout est soigné jusque dans le moindre petit détail. Surtout, l’arrière-plan est vivant. Il y a toujours du mouvement. Les séquences à la fête foraine en sont le parfaite exemple : lorsque les héros ont des interactions au premier plan ou déambulent dans entre les stands, vous remarquerez toujours au fond, Gaulois et Gallo-romains s’amuser sur tous types d’attractions. Cela paraît banal ou évident, mais ça ne l’est pas. C’est un travail d’animation supplémentaire et ils arrivent que certains réalisateurs omettent complètement ce genre d’éléments. Pourtant, cela participe à créer un véritable univers chaleureux et expressif.

Des voix chatoyantes

Au casting vocal, Alain Chabat prend le rôle d’Astérix. Le ton de sa voix, son rythme vocal, apporte cette force tranquille, cette solennité, et un soupçon d’espièglerie au petit gaulois qui tient toujours les rennes de ce village par son intelligence. Si « L’Empire du Milieu » avait eu mauvaise presse, chaque critique soulignait à l’unanimité l’interprétation de Gilles Lellouche dans la peau d’Obélix. Il est vrai que le comédien portait un désir tendre pour le personnage et incarnait la bêtise, la bougonnerie ainsi que la maladresse avec beaucoup d’affection. Il parvient ici à retranscrire vocalement toutes ses nuances.

Thierry Lhermitte, lui, prête sa voix à Panoramix. L’ex-comédien du Splendid semble s’amuser sur le célèbre druide touché là par l’amnésie. La rigidité habituelle de Panoramix laisse place dans la mini-série à la folie et on ressent dans la voix de Thierry Lhermitte un plaisir coupable à jouer le druide benêt et simple d’esprit.

Le reste du casting vocal est tout aussi juste – malgré les craintes de certains après la diffusion de la bande-annonce – et notamment Jean-Pascal Zadi. Il intègre pour la première fois le monde créé par Goscinny et Uderzo, et délivre une performance vocale ultra-séduisante dans le rôle de Potus, un centurion romain maladroit et pas très débrouillard.

« Astérix & Obélix : Le combat des chefs » dès le 30 avril sur Netflix.

Casting :

  • Alain Chabat : Astérix
  • Gilles Lellouche : Obélix
  • Anaïs Demoustier : Metadata
  • Laurent Lafitte : Jules César
  • Thierry Lhermitte : Panoramix
  • Géraldine Nakache : Bonemine
  • Jean-Pascal Zadi : Potus
  • Grégoire Ludig : Abraracourcix
  • Alexandre Astier : Ordralfabétix
  • David Marsais : Bibus
  • Jérôme Commandeur : Maman César
  • Fred Testot : Fastandfurious
  • Jeanne Balibar : Apotika
  • Grégory Gadebois : Aplusbégalix