Comédien prolifique, Grégoire Bonnet a cette bonhomie reconnaissable entre mille. Drôle et chaleureux, parfois austère et tragique dans d’autres rôles, celui qui interprète le rôle de Philippe dans « Scènes de ménage » depuis 10 ans est un acteur comblé. Omniprésent à la télévision, Grégoire Bonnet a cette soif de jeu, d’incarnations, de jouer des rôles venus tous horizons. N’allant jamais vers la simplicité, exigeant dans l’humour et le drame, sa volonté d’offrir est le moteur de son jeu.
À l’occasion de la diffusion de l’unitaire « La manière forte », Grégoire Bonnet revient sur ses débuts au théâtre, sa façon d’aborder le métier de comédien, son expérience au côté de Jean-Pierre Bacri ou de son arrivée dans « Scènes de ménage ».
Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être comédien ?
J’ai eu un parcours scolaire assez chaotique. J’ai été viré de plusieurs établissements – dont une école de commerce – parce que je faisais énormément de bêtises. Donc, à un moment, vous le payez. Mes parents étaient catastrophés. Ils m’ont demandé ce que je voulais faire dans la vie, et je ne savais pas trop. J’ai dit « le théâtre », et je me suis inscrit à un stage au Cours Florent, à l’âge de 21 ans. J’y ai rencontré des camarades extraordinaires, j’avais le cœur qui battait, un trac monstrueux, et nous jouions des scènes. Il me semble même que Francis Huster était dans le jury. En sortant de là, j’avais trouvé ma vocation.
Avec le recul, peut-être qu’avoir fait le pitre dans mon enfance m’a conduit là où je suis aujourd’hui. Avoir également des parents un peu agités a sûrement joué. Être dans un environnement conflictuel influe. On fait ce métier pour des raisons qui finissent par diverger. Vers 20 ans, il y avait peut-être ce besoin d’amour, d’être aimé, d’être remarqué. À 50 ans passés, c’est davantage être content de son travail, s’épanouir.
Qu’est-ce que le théâtre vous a apporté ?
C’était une époque magnifique, bien que je continue encore de jouer au théâtre. À mes débuts, avec la compagnie de Thomas Le Douarec, nous avons passé des instants fantastiques. Nous apprenions notre métier ensemble, nous montions sur scène, parfois devant 8 personnes, et nous allions boire des coups ensuite, tous ensemble. C’était même une manière de vivre. Maintenant, les gens sont plus sages. Je me rappelle que nous allions au Sherwood, à Paris, pour prendre un verre, où traînaient aussi nos aînés comme Philippe Khorsand, Jacques Villeret ou Philippe Caubère. Je garde de bons souvenirs de cette époque.
Professionnellement, travailler avec des metteurs en scène différents comme Jean-Luc Moreau ou Nicolas Briançon vous adapte à une façon de mettre en scène. À partir d’un certain âge, lorsque vous avez appris le lâcher-prise, vous ne jouez plus, vous pouvez rester vous-mêmes.
Il n’empêche que j’ai parfois un truc maladif : je pense souvent aux représentations de la veille, à ce qui a été ou n’a pas été. Et, le soir, on ne pense qu’à ça. D’ailleurs, je ne peux rien faire d’autre avant le soir d’une représentation, ni aller voir un pote, ni aller déjeuner avec un ami.
Personnellement, le théâtre m’a apporté une famille. Dans chaque troupe dans laquelle j’ai pu être, quelque chose se passe. Les relations entre les comédiens ne sont pas anodines. Et puis, les voyages. Nous avons eu des moments de scène mémorables à Londres ou en Écosse. Toutes ces expériences vous forgent, vous apaisent et vous rendent heureux.
Vous avez joué dans beaucoup de comédies. Chacune de vos interventions comiques est pertinente, drôle et maîtrisée. La comédie, qu’elle soit pour le cinéma ou la télévision, impose un certain rythme, une tonalité. De quelle façon avez-vous trouvé la vôtre ?
Je pense que cela commence en classe de 6ᵉ, où l’on fait rire les copains. À force de faire rire, on se demande comment fonctionne un Feydeau, lorsque ce ne sont pas nos propres mots. Mon rêve était de jouer plein de rôles différents, et je suis gâté : des salopards, des salopards drôles, des cocus, etc. Et c’est toujours un bonheur ! […] Après, c’est un travail de collaboration avec le metteur en scène et/ou réalisateur, et vos partenaires de jeu. Puis, j’essaie de jouer avec moi, mes névroses, d’en tirer quelque chose de drôle et de joyeux. La vie est tragique. Si on ne transforme pas cette tragédie en un éclat de rire ou en une touche d’absurde, alors ça n’a que peu d’intérêt. Je travaille là-dessus.
« Voir partir des gens qu’on appréciait, c’est aussi une partie de votre vie qui s’en va »
Parmi les comédies, il y a « Le Sens de la Fête ». Vous y partagez une scène avec feu Jean-Pierre Bacri. Parlez-nous de votre rencontre avec Jean-Pierre et des coulisses de cette séquence…

Je jouais une pièce de théâtre avec Isabelle Gélinas : Un avenir radieux. Avant la représentation, Isabelle me dit qu’un grand acteur français est dans la salle. Il nous a félicités pour la pièce et j’ai su, sur le tournage du film, par Éric Toledano et Olivier Nakache, que c’était Jean-Pierre Bacri qui m’avait branché sur ce rôle.
Concernant cette scène, il faut savoir que jouer avec Bacri était très facile. Je ne veux pas faire l’acteur qui va dire à quel point Bacri était fabuleux, mais c’est le cas. C’était un homme d’une profonde gentillesse, d’une grande humilité. Il était à la fois altruiste humainement et dans le jeu également. […] Beaucoup de gens me parlent de cette séquence parce qu’elle a une porosité assez étrange.
Je voulais en faire un personnage drôle et, en même temps, un peu inquiétant. J’en garde un souvenir merveilleux, aussi car toute l’équipe était formidable.
Il y a une autre artiste très importante qui nous a récemment quittés : Émilie Dequenne. Vous aviez partagé l’affiche dans un épisode de la série « Capitaine Marleau » : Septième Danse. Quel souvenir gardez-vous de vos échanges avec Émilie ?
C’était une femme charmante, une comédienne formidable et généreuse. Je me rappelle qu’elle souffrait, sauf lorsqu’elle jouait. C’est ce qu’elle me disait. Ce fut un tournage de tendresse et d’amour, avec un bel esprit. […] Voir partir des gens qu’on appréciait, comme Roland Bertin de la Comédie-Française, Pierre Cassignard ou Bernard Tapie, avec qui j’ai eu la chance de jouer, c’est aussi une partie de votre vie qui s’en va. Ne restent que les souvenirs.
Dans votre parcours, on vous a aussi vu dans des drames. Est-ce que ce sont des rôles pour lesquels, au départ, il y a eu un certain stress ?
Pas du tout. Depuis toujours, il y avait chez moi une envie terrible d’explorer des personnages divers, que ce soit dans la comédie ou dans le drame. Je crois aussi que les comiques sont capables d’aller vers des genres plus dramatiques. C’est d’ailleurs plus compliqué de faire rire, parce que le rire est moins universel que l’émotion. Nous ne rions jamais des mêmes choses. Mais je n’ai jamais eu peur de jouer des personnages plus graves ou plus sérieux. Il suffit de bien connaître son texte et de se laisser diriger par un réalisateur ou une réalisatrice qui, eux, savent comment et où vous emmener. Puis, une fois n’est pas coutume, vous avez des partenaires. Tout cela forme quelque chose.
« Ce qui m’apporte sur un plateau c’est de m’amuser avec mes camarades »
Avec des séries comme « Clem », « Nina », « Le Bureau des Légendes » ou encore « Le Code », vous avez d’ores et déjà laissé une trace dans la télévision française. « Scènes de Ménage » également, où vous êtes suivi chaque jour de la semaine par des millions de spectateurs. Est-ce qu’on a conscience de ça, en tant qu’acteur, de marqué l’histoire de la fiction française ?

Vous allez loin cher Monsieur (rire). Mais il est vrai que j’ai participé à des séries incroyables qui m’ont marqué. Là encore, je n’ai que des bons souvenirs de ces expériences. Tous ces tournages ont été des tranches de vie fantastiques. J’ai pris énormément de plaisir à tourner sur « Clem » et « Le Bureau des Légendes » bien que mon personnage sur cette dernière disparaît vite. J’aurais aimé rester plus longtemps mais non pas par égo, mais parce que la série est vraiment une réussite.
Avec « Scènes de Ménage », les choses ont changé, oui. Vous êtes davantage arrêté dans la rue, par exemple. Ce n’est pas une déflagration mais on devient connue. Ça m’a ouvert des portes, je pense.
Peut-être que ça m’en a fermé d’autres. On ne sait jamais vraiment dans ce métier. Aujourd’hui, certains metteurs en scène savent que je suis capable de faire autre chose que du Scènes de Ménage ou de la comédie. Fort heureusement.
« Scènes de Ménage » restera un morceau important dans votre vie d’acteur. Malgré toutes ces années, on continue de prendre autant de plaisir ?

Bien sûr ! Mais parce qu’aujourd’hui, ce sont devenus des copains. Dès lors, peut-on vraiment considérer que c’est un travail d’aller chaque matin rejoindre ses copains ? D’autant que le tournage de « Scènes de Ménage », je le considère plus comme un laboratoire que comme un travail. On peut essayer plein de choses. Et comme il y a plusieurs réalisateurs, chacun nous met dans son propre code. Donc, c’est très agréable de s’adapter à divers regards. Ça rend les journées uniques. Au départ, ce ne fut pas évident de trouver le rythme, aussi par rapport au tournage. C’était assez éreintant. Quand j’ai été choisi, je jouais au théâtre en parallèle avec Chantal Ladesou, et je tournais aussi dans deux séries : « Nina » et « Scènes de Ménage ».
Là, vous disjonctez un peu. Mais vous ne pouvez pas refuser une telle opportunité.
Ce qui m’apporte sur un plateau, c’est de m’amuser avec mes camarades. Les chiants, ça m’emmerde ! Et c’est ça qui est paradoxal : parfois, ce sont des réalisateurs ou des acteurs extraordinaires, mais qui sont imbuvables. Ça devient alors une tannée de jouer. On prend sur soi. On reste parce qu’on a signé un contrat et/ou parce que le rôle nous plaît. Néanmoins, vous passez des nuits atroces. Les acteurs n’en parlent jamais, de ça. Après, c’est peut-être moi le c******, mais ça m’étonnerait (rire).
C’était évident au départ de créer cette intimité et cette complicité avec la comédienne Amélie Etasse ?
Oui. Nous avons eu du mal, notamment pour trouver nos personnages. Cependant, cela s’est toujours fait dans le respect. Maintenant, nous prenons un pied fou, car la confiance est là.
Pour les gens qui ne connaîtraient pas les coulisses, comment se déroule une journée de tournage sur « Scènes de Ménage » ?
Un régisseur vient vous chercher chez vous, à 7h40. Vous arrivez au studio et vous filez au HMC (Habillage / Maquillage / Coiffure). Une fois sur le plateau, vous tournez jusqu’à 18h. Nous tournons une vingtaine de séquences par jour. Pour notre couple, nous avons 40 dates de lecture (une centaine de textes) et 40 jours de tournage. Ça n’a l’air de rien, mais c’est beaucoup de travail. Heureusement, il y a une vraie bienveillance de la part des réalisateurs, des producteurs, des techniciens…
Grégoire Bonnet sera ce 6 juin dans l’unitaire « La Manière Forte » sur France 2.
Synopsis :
Angoulême. A la retraite depuis un an, Thierry Chevalier, ex-policier aux méthodes très controversées, reprend du service pour enquêter sur une série de meurtres qui porte la signature de Gabriel Laporte, un tueur, toujours en prison, qu’il a lui-même arrêté en extorquant ses aveux… par la manière forte. Et si le vrai coupable était toujours en liberté ?
Chevalier est placé sous les ordres de la jeune Capitaine Kabongo, aussi progressiste qu’il est conservateur. C’est bien simple : elle est tout ce qu’il déteste (féministe, écolo, vegan, apôtre du wokisme), il est tout ce qu’elle combat (misogyne, réac, viandard revendiqué, adepte des blagues douteuses…). Ensemble, ils doivent résoudre ce mystère. Enfin, s’ils parviennent à se supporter…
Casting : Clarisse Lhoni-Botte, Grégoire Bonnet, isabel Otéro, Cyril Descours, Théo Frillet…
