[CRITIQUE] – TOUT POUR LA LUMIÈRE : LA QUOTIDIENNE MUSICALE EN QUÊTE DE SON ÉCLAT

Un été musical ? TF1 et Netflix lancent ensemble leur première quotidienne : Tout pour la lumière. Au sein d’un studio de chant et de danse, des élèves se préparent dans le but d’être celui ou celle qui sera sélectionné·e pour signer un contrat avec une maison de disques. Mais une tentative de meurtre va venir bouleverser la vie tranquille du Studio Lumière. Cette quotidienne, aux influences marquées, tient-elle toutes ses promesses d’une série enivrante ?

Note : il s’agit d’une critique après le visionnage de seulement 5 épisodes, qui nous ont été envoyés par TF1. Cette critique est donc un ressenti basé sur une partie de la série (5 épisodes sur les 90 prévus). L’avis présenté est donc susceptible d’évoluer par la suite.

Bienvenue au Studio Lumière

Dans son communiqué, Ara Aprikian, directeur général des contenus du groupe TF1, indiquait que Tout pour la lumière s’inspirerait des grandes séries telles que Glee, Fame et Un, dos, tres. Un challenge difficile, tant ces trois séries ont chacune séduit des générations d’adolescents, et d’autant plus dans un format de quotidienne qui impose un rythme différent ainsi que des budgets plus restreints.
Pour séduire le public français, Tout pour la lumière se présente aussi comme un thriller : ancienne gloire de la chanson et après 20 ans d’absence, Victoria (Joy Esther) revient à La Ciotat. Cependant, à la suite d’un accident qui plonge sa mère dans le coma, elle décide de retourner dans sa ville natale. Victoria y découvre alors les Studios Lumière, tenus par sa mère, mais aussi qu’elle a été victime d’une tentative de meurtre. Qui peut en vouloir à sa mère au point de vouloir la tuer ? En parallèle, Victoria accepte de coacher les élèves pour leur concours, car à l’issue de leur stage, un·e seul·e d’entre eux pourra signer un contrat avec une maison de disques.

Alors, après tout, pourquoi pas un côté thriller pour donner un peu de peps à une quotidienne, dans laquelle meurtres et tentatives de meurtres sont légion. Une stratégie comme une autre pour conserver un public cible, amateur de fictions quotidiennes, d’enquêtes policières et de drames familiaux. Là où la promesse n’est pas tenue – et qui aurait pu intéresser une cible plus jeune -, c’est sur l’aspect musical. Sur les 5 premiers épisodes, la place accordée au chant et à la danse laisse perplexe. D’autant que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Les rares séquences de danse sont d’une grande simplicité chorégraphique, sûrement pour pallier un manque de technique de la part des comédiens, épaulés par une caméra qui tente de masquer les défauts.

Il est évident qu’une quotidienne, en termes de temps (apprentissage des chorégraphies, tournage) et de budget (droits musicaux…), ne peut rivaliser avec les performances artistiques de Glee ou Un, dos, tres. Mais exposer de telles références alléchantes pour un tel résultat risque de décevoir les adeptes du genre et celles et ceux dont les attentes étaient élevées. Pourtant, les comédiens et comédiennes choisis – pour la plupart d’anciens candidats de l’émission The Voice – ont des voix aussi sublimes qu’envoûtantes. Malheureusement, elles ne sont jamais réellement mises en valeur comme elles le mériteraient.

Reste donc l’intrigue principale : un patchwork de scènes incompréhensibles autour d’une enquête somme toute banale, et des intrigues secondaires mêlant trahison, amitié et histoires d’amour naissantes. Mais là aussi, tout reste superficiel, déjà vu, et trop convenu pour captiver. Et c’est dommage, car l’univers musical de la quotidienne est potentiellement riche et passionnant — bien plus que ces intrigues trop peu nourries. Cela se répercute sur les acteurs, qui ont donc peu de matière à défendre. Certains n’ont même rien à jouer (sur cette première semaine de diffusion), à l’image de Flore Bonaventura, actrice brillante et généreuse, dont les quelques répliques ne lui rendent guère hommage. Et c’est là un autre souci de Tout pour la lumière : le manque flagrant de caractérisation des personnages. Il manque à ses héros et héroïnes – professeurs compris – une véritable accroche émotionnelle, ce petit quelque chose auquel le spectateur peut s’identifier. Si l’on prend l’exemple d’Un, dos, tres, il y avait d’emblée une définition claire de chaque rôle, ainsi que des enjeux émotionnels et professionnels portés par les personnages. Surtout, on comprenait l’importance capitale que représentait l’école de Carmen Arranz pour eux. Ici, non seulement les personnages paraissent fades, mais on ne saisit pas à quel point le monde artistique est censé être le centre de leur univers.

Heureusement, certains personnages surnagent. Marie-Alexandre incarne Élise Verzeroli, une jeune chanteuse touchante, atteinte de troubles du comportement, qu’elle interprète avec finesse et subtilité. Une héroïne intéressante également par le conflit qui l’oppose à sa sœur, Solenn Verzeroli (Marie-Fèvre Scheuermann).
Gilles Cohen, fidèle à lui-même, impose toujours sa présence dans les rôles ambigus, et il trouve ici une composition qui lui sied à merveille. Enfin, le regard pétillant et chaleureux de Louve Le Coadou (Baya Vargas, la fille de Victoria) révèle une énergie folle, très agréable à l’image.

Il est à espérer que tous ces personnages prennent de l’ampleur et révèlent pleinement leur potentiel. Néanmoins, cela passera nécessairement par des intrigues plus profondes, plus intimistes…

Conclusion

La nouvelle quotidienne de TF1 et Netflix peine, pour l’instant, à trouver un équilibre entre intrigue principale, intrigues secondaires et fil rouge musical, mais aussi à véritablement séduire.
La structure narrative tente une certaine singularité, mais se retrouve rapidement prise au piège de ses propres limites. Reste à voir comment la série évoluera dans les semaines à venir car l’on sent une vraie volonté derrière le projet. Pour l’heure, les bases posées – intrigues, personnages, univers musical – ne sont pas aussi prometteuses qu’elles semblaient l’être.

Casting : Joy Esther, Gilles Cohen, Louve le Coadou, Marie Alexandre, Marie-Fèvre Scheuermann, Flore Bonaventura, Prudence Leroy, Lannik Gautry, Isabel Otero, Louis Duneton, Maud Jurez, Charlie Loselier, Clément Massy, Ilan Evans, Alex Doux, Abdellah Boujalal, Amaya Carreté, Yarra Charry, Gwendal Marimoutou, Loris Triolo…

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