Après une trilogie sur YouTube, le célèbre agent secret McWalter débarque sur le petit écran grâce à Prime Video. Réalisé par Simon Astier, McWalter s’impose comme une vraie bonne surprise : travail rigoureux sur l’humour, mise en scène inventive et casting impeccable confèrent à la production un charme indéniable et une originalité rafraîchissante. Car la parodie exige du talent, Mister V en déborde.
Synopsis
Après avoir éliminé un méchant qui menaçait la terre, et au passage une usine de pains à burger, McWalter peut enfin se consacrer à faire le deuil de sa compagne Tracy, morte accidentellement dans la précédente attaque. Mais c’était sans compter sur une série d’explosions mystérieuses qui secouent la planète. Son agence, exaspérée par ses méthodes destructrices, le convoque pour lui demander des comptes. Les choses tournent mal quand McWalter est accusé à tort : sur chaque lieu d’explosion, des traces de son ADN ont été retrouvées, l’impliquant directement. Mais s’il n’est pas coupable, alors qui orchestre ces attentats ? Alors qu’il tente de se défendre, une nouvelle explosion frappe le siège de l’agence… Pris au piège, notre héros doit non seulement prouver son innocence, mais aussi échapper à ceux qu’il a longtemps servis, tout en essayant de découvrir le cerveau derrière ces attaques dévastatrices.
McWalter, un espion pas si secret à l’humour décoiffant

Ce n’est un secret pour personne : Mister V aime les parodies. En grand artisan du genre, amateur d’absurde et passionné par le 7ᵉ art, il combine ici, avec ses amis de longue date Simon Astier, Freddy Gladieux et Vincent Tirel, une histoire d’espionnage rocambolesque où se mêlent drame amoureux, rancœur et revanche sur l’humanité. Ils ne s’interdisent rien pour donner à leur récit une ampleur déjantée : décupler les émotions des personnages de manière volontairement exagérée ou accentuer les enjeux mondiaux à travers un antagoniste malfaisant dont l’esprit revanchard – liée à son crâne chauve – frôle le ridicule assumé.
Pourtant, au cœur de cette folie scénaristique, se dessine un sous-texte intéressant : celui de l’impact des moqueries et de la cruauté enfantine/adolescente, avec en toile de fond les thèmes du destin et de la famille, de la façon dont on évolue ou se transforme au fil des années. Ce n’est pas de la haute philosophie, mais cette simplicité a une douceur qui touche, provoquant même un léger émoi. Et parvenir à susciter de l’empathie pour le méchant de son histoire, c’est toujours, pour un film, la réelle clé d’une réussite.

Côté humour, le film regorge d’idées rappelant la franchise « Y’a-t-il un flic… », où chaque plan devient prétexte à un gag. Et certaines trouvailles sont franchement savoureuses ! Qu’il s’agisse de la présentatrice dont la voix s’adapte au volume de la télévision, de la bagarre dans la voiture en plein désert ou encore du chapeau qui change de taille entre deux plans, Simon Astier, Mister V et leurs co-auteurs ont poussé, là aussi, l’absurde à son paroxysme. Le film ne fait pas l’impasse sur quelques blagues pipi-caca, mais elles restent suffisamment rares pour ne pas entacher le plaisir. On pourrait même dire que l’humour, volontairement éclectique, séduira autant les amateurs d’absurde que les adeptes d’un comique plus trivial.
Cependant, certains gags auraient sans doute gagné en efficacité si Mister V n’avait pas constamment surjoué le rôle de McWalter. C’est sa signature de jeu, certes, et on l’accepte. Mais à l’instar de Leslie Nielsen dans le rôle culte de Frank Drebin, l’acteur ne forçait jamais le trait : il incarnait pleinement la bêtise de son personnage, avec un sérieux implacable qui renforçait le comique des situations.
Sur le rythme, le film trouve un équilibre parfait. Les vannes ne sont pas étirées jusqu’à l’overdose. Ce tempo offre de vraies respirations et évite ces scènes trop longues où, bien souvent, les scénaristes en rajoutent des caisses pour arracher un rire.
Puis, il y a les hommages. Au cinéma américain, bien entendu, avec des références parfois subtiles comme The Mask (costume, voir image ci-dessous), mais aussi à ses pairs Kad Merad et Olivier Baroux et leur fameux « c’est pas ce que vous croivez », sans oublier un caméo vocal d’exception : Richard Darbois. Grand comédien de doublage, il a bercé toute une génération d’enfants en prêtant sa voix à des personnages iconiques (Batman, le Génie d’Aladdin, Woody dans Toy Story) ou à des acteurs comme Harrison Ford, Richard Gere ou encore Danny Glover.

En cela, McWalter transpire l’amour du cinéma sous toutes ses formes. Le film rend un hommage vibrant aux héros d’enfance de Mister V, ceux-là mêmes qui l’ont peut-être conduit à devenir vidéaste puis réalisateur de ses propres courts-métrages sur internet. Mais surtout, il n’oublie jamais de s’amuser.
Dans ce grand n’importe quoi parfaitement maîtrisé, on ressent le plaisir qu’il prend à incarner un agent secret idiot, sauveur de l’humanité. Mister V est comme un grand enfant dans un bac à sable rempli de jouets, et cette jubilation d’interpréter un héros se transmet à l’image.

Au niveau de la réalisation, une parodie se doit d’apporter quelque chose de plus aux œuvres qu’elle pastiche. Trop souvent, les réalisateurs se contentent d’un second degré exagéré sans offrir de véritable vision d’ensemble. Dans McWalter, on tente au contraire, avec intelligence, de proposer de l’inédit et d’assumer (le maître mot du film) chaque décision, même celles qui vont parfois à contre-courant de ce qu’on attendrait : McWalter est une célébrité mondiale, un pied de nez à l’espion 007, et l’ordre établi se voit balayé par un méchant usant d’une technologie que même un antagoniste de Mission Impossible n’oserait imaginer. Et c’est franchement jubilatoire !
Et, plus étonnant encore, le film s’offre des scènes d’action remarquablement chorégraphiées, portées par une mise en scène inventive et des VFX de grande qualité.
Conclusion
Mister V réussit son pari de transposer ses courts-métrages en une production de qualité d’une heure et demie. Lui et son équipe ont su éviter les pièges de l’adaptation parodique en trouvant un angle propre, qui fait de McWalter une œuvre unique en son genre. Le film affirme son identité, à la fois humoristique et visuelle, avec l’envie sincère d’offrir au spectateur autre chose qu’une énième parodie de films américains ultra-référencée sans raison. Une démarche honnête, qu’on ne peut que saluer.
McWalter le 12 septembre sur Prime Video.
Casting : Mister V, Géraldine Nakache, William Lebghil, Vincent Dedienne et François Berléand.
