[INTERVIEW] – SAWSAN ABES, STAR MONTANTE DU CINÉMA FRANÇAIS : « Je me suis acharnée pour décrocher ce rôle dans Fils de »

Créateur : IMAGO/Castel Franck/ABACA | Crédits : IMAGO/ABACAPRESS

Révélée récemment grâce au petit écran et au cinéma (Ourika, Fils de), et aujourd’hui sur scène avec Les Marchands d’Étoiles, Sawsan Abès s’impose comme l’un des visages les plus prometteurs de sa génération. Entre drame historique, comédie décomplexée et personnages féminins affirmés, elle revendique une approche exigeante de son métier, toujours guidée par l’envie de défendre des histoires fortes et des figures de femmes inspirantes.
Rencontre avec une comédienne passionnée, qui compose ses rôles avec autant de rigueur que de sensibilité, et qui rêve de cinéma audacieux et de personnages principaux capables de porter leur propre récit.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être comédienne ?
C’est un concours de circonstances. J’avais fait une école d’architecture et, en parallèle, pour payer mes études, je travaillais comme serveuse. C’est là que j’ai rencontré un agent de pub, client du café, qui trouvait mon profil intéressant. Un jour, on m’a appelée pour passer un casting dans une grosse comédie française. Je ne me suis pas dit que j’allais changer de métier, mais ça m’a plu. Après mon diplôme, mes amis, qui savaient cela, m’ont offert un stage cinéma au Cours Florent. C’est pendant ce stage que j’ai entendu parler de la classe libre, une formation de deux ans en théâtre. J’ai tenté le concours, surtout pour voir autre chose que l’architecture, qui est un milieu très prenant. J’ai été sélectionnée… et là, je ne pouvais plus faire marche arrière.
J’ai découvert le théâtre, un univers qui m’était totalement étranger. Et pour la première fois de ma vie, j’ai eu la sensation d’être à ma place, sur scène. C’était viscéral, une sensation qui venait du corps. Quand j’ai passé le dernier tour pour intégrer la classe libre, c’était la première fois que je jouais sur une vraie scène de théâtre. J’étais impressionnée par l’espace, par ce lieu pensé pour mettre l’acteur en valeur : la résonance, l’acoustique, la lumière… Tout était là. Je me suis sentie comme une petite fille à qui l’on offrait une scène prête pour faire son show. Et puis, au moment de jouer, il s’est passé quelque chose : je ne pensais plus, je ne réfléchissais plus. J’étais simplement dans l’instant présent. J’ai ressenti un alignement total, presque une forme de transe. Quand je suis sortie, je flottais. C’était une sensation à la fois étrange et bouleversante.

Cette première comédie, c’est Neuilly sa mère, sa mère…
Oui. Tous mes rapports au cinéma ont changé quand j’ai tourné ce film, notamment parce qu’on peut passer une journée entière sur une seule scène. Aujourd’hui, quand je regarde un film, je me dis : « Tiens, cette scène-là, c’est un plan-séquence » ou « Celle-ci a dû demander énormément de temps, beaucoup de prises ». J’analyse davantage. J’ai découvert la partie cachée de l’iceberg, tout le travail derrière la fabrication d’un film. J’étais à la fois impressionnée et un peu déroutée, parce que ce n’était pas encore mon métier. J’ai donné ce que je pouvais, mais je ne considérais pas du tout que j’étais comédienne à ce moment-là.

Un de vos premiers rôles à la télévision, c’était dans la série OURIKA, co-produite et co-créée par Booba. Quel souvenir gardez-vous de cette première expérience ?

C’est un souvenir très fort, parce que j’ai été entourée d’acteurs que j’admire énormément, dont Adam Bessa. J’ai considéré que c’était une énorme chance de commencer à travailler avec lui, qui avait déjà un parcours exceptionnel. C’est quelqu’un qui est vraiment dans la performance, et je trouve que c’est assez rare aujourd’hui en France. On a tendance à privilégier le jeu très naturel, ou à caster des personnes qui ressemblent déjà à leur personnage, en leur demandant de ne pas faire grand-chose.
Moi, j’aime l’idée qu’on compose un rôle, qu’être acteur, c’est incarner. J’ai travaillé ce rôle, même s’il était secondaire, avec cette approche-là – comme Adam l’a fait lui aussi. C’est ce qui a rendu cette expérience si marquante pour moi.

Légende : Salim Kekiouche et Sawan Abes dans Ourika.

Et il y a une très belle scène au bord de la piscine…

On tournait en Tunisie et on était censés avoir du beau temps… mais il pleuvait toutes les quarts d’heure ! C’était une scène compliquée techniquement, parce qu’on n’était pas censés voir la pluie à l’image. De plus, c’était la dernière scène que je tournais, mon dernier jour de tournage, donc elle avait une saveur particulière.

Avec Adam, qui joue mon partenaire dans la série, nous avions accordé beaucoup de soin à composer notre couple, à nous inventer une histoire, à nourrir notre lien. Cette séquence a été un moment fort pour nous deux. J’espère que nos chemins se recroiseront, car je crois que nous avons vécu une vraie rencontre artistique.

Légende : Adam Bessa et Sawsan Abès dans Ourika.

« Pour moi, il est essentiel d’incarner des personnages qui ont une personnalité, une place, un rôle à jouer »

Vous avez formé de jolis couples à la télévision et au cinéma, que ce soit dans Ourika ou plus récemment avec Jean Chevalier dans Fils de.
Ce qui est incroyable, c’est qu’à chaque fois c’est nouveau, jamais pareil avec chaque partenaire. Mais c’est aussi stressant, parce que cela reste une rencontre humaine avant tout. On se demande : Est-ce qu’on va bien s’entendre ? Est-ce qu’il va y avoir une véritable alchimie, une rencontre artistique ? Parce que parfois, elle ne se produit pas.
Avec Jean, j’ai eu la chance que ce soit le cas. Je l’ai senti tout de suite au casting. Ensuite, nous avons travaillé notre relation en amont : nous avons pris des cafés ensemble, en tête à tête, pour nous raconter nos expériences, réfléchir à la nature de notre relation dans la série, à notre langage amoureux, à leur passé, leurs blessures…
À chaque fois, nous créons une nouvelle histoire amoureuse. Je plaisante souvent en disant que j’ai plusieurs amoureux en ce moment, parce que je tourne sur plusieurs projets en même temps. Évidemment, ça reste fictif, mais j’aime bien cette idée de réinventer une histoire d’amour.

Même si aujourd’hui vous devez encore passer par la case casting, j’imagine que vous sélectionnez malgré tout les projets qu’on vous propose. Qu’est-ce qui vous fait dire « oui » à un film ou à un personnage ?
D’abord, l’envie, et le fait que le projet ait du sens. Si un film porte un message en lui-même, ça me parle tout de suite. Ensuite, en tant qu’actrice, et en tant que femme, j’aime l’idée de ne pas être cantonnée à l’objet. Dans nos sociétés, on a tendance à objectifier les femmes. Pour moi, il est essentiel d’incarner des personnages qui ont une personnalité, une place, un rôle à jouer.
Dans Fils de, par exemple, il y a bien sûr ma relation amoureuse avec le personnage de Jean, mais la carrière de Malka est mise en avant. Je trouve ça important : que le personnage féminin n’existe pas uniquement par sa relation ou par le fait qu’il soit une femme, mais aussi par son métier, sa sensibilité, son caractère. C’est surtout cela qui me fait dire oui ou non à un rôle. Puis, c’est très agréable de sentir que l’on n’est pas sexualisée, mais reconnue comme une actrice à part entière, avec des choses à raconter et à défendre, qui ne sont pas liées uniquement à notre sexe.

Quelles sont vos méthodes de travail lorsqu’on vous confie un rôle ?
Pour chaque rôle, je me fais une fiche où je note les habitudes quotidiennes du personnage. Ça peut aller de ce qu’il mange au petit-déjeuner à la musique qu’il écoute. Je me crée d’ailleurs une playlist pour chaque personnage, et j’imagine sa façon de s’habiller, ses couleurs préférées… Parfois, je le fais avec l’aide du réalisateur. Pour Malka, par exemple, Carlos m’a beaucoup aidée : il avait des idées très précises et nous étions très raccord sur les éléments qui définissaient son univers. Ensuite, je mets tout ça en pratique. C’est une méthode assez proche de l’approche américaine : pendant le tournage, je prends vraiment les habitudes de mon personnage. Ça veut dire écouter sa playlist chaque jour, m’habiller comme elle… Sur Fils de, je portais beaucoup de chemises, avec un pull sur les épaules ou autour de la taille, parce que c’est quelque chose qu’elle fait. J’écoutais énormément The Haim, son groupe préféré, et je mangeais pas mal de junk food. Tout cela m’aide énormément à entrer dans la peau de mon personnage, à être immédiatement dedans. […] Dans la playlist de Malka, il y avait également : Haim, qui est un groupe de trois sœurs américaines, Fleetwood Mac, Your Smith, Petite Meller… Dans le film, Malka porte des santiags, j’avais demandé aux costumiers de les prêtais afin de les porter tous les jours, chose qui se fait rarement.

Il y a 3 films très intéressant dans votre filmographie. Le premier, on en parle peu et pourtant il est nécessaire, c’est La Maquisarde de Nora Hamdi. Un film met en scène le sacrifice des maquisardes durant la guerre de libération contre le colonialisme français. Un rôle intense…

Oui, c’était très, très intense. Et ce rôle, je l’ai tourné juste après Neuilly sa mère. À l’époque, je n’avais pas encore suivi ma formation, je n’avais pas les outils. Les conditions de tournage étaient compliquées : c’était un film difficile à produire, donc il n’y avait pas forcément les moyens réunis pour jouer un rôle aussi complexe. Je l’ai fait comme je pouvais, avec mon instinct. Mais aujourd’hui, je sais que je l’aborderais de manière complètement différente.

[…] J’ai vraiment envie d’aller dans une direction où je défends des causes comme celle-ci – même si toutes les causes sont importantes.

Cela me tient particulièrement à cœur d’incarner des personnages féminins forts, et surtout des rôles principaux. Pour l’instant, dans la plupart de mes projets, j’ai interprété des rôles secondaires. Ce ne sont pas forcément des femmes dans l’ombre des hommes, mais elles ne sont pas le sujet principal. Mon rêve serait de porter un film en incarnant une femme qui tient sa propre histoire.

Dans la comédie Presque Légal, sortie l’année dernière, vous jouez une influenceuse qui participe presque illégalement avec ses amis à la promotion d’une épicerie nocturne qui ne leur appartient pas. C’était amusant de jouer une influenceuse, et comment avez-vous travaillé ce rôle ?

C’était hyper jouissif. J’adore la comédie, même si je sais qu’il y a un certain snobisme en France à son égard. Mais la comédie permet justement de pousser les curseurs. Si j’avais joué une influenceuse dans un film d’auteur, je ne l’aurais pas abordée de la même manière. Là, je me suis vraiment éclatée : je pouvais composer le rôle de Marie-Lou comme je le souhaitais, tout en restant crédible, bien entendu.
Je l’ai préparé comme mes autres rôles : j’ai commencé par suivre énormément d’influenceuses, pour comprendre leur contenu, leur manière de s’adresser à leurs abonnés, leurs mimiques… J’ai tout étudié. Et même si le personnage peut sembler caricatural, il ne l’est pas vraiment : des Marie-Lou, ça existe sur Instagram. Devant ses followers, elle en fait un peu des caisses et, dans la vraie vie, c’est une femme avec une forte sensibilité, qui a ses qualités et ses défauts.

J’ai pris beaucoup de plaisir à tourner ce rôle, et en plus, c’était avec une équipe vraiment super. Quand tout se passe ainsi, c’est encore mieux.

Le costume, les faux ongles… tout cela a dû vous aider à glisser plus facilement dans la peau du personnage ?
Exactement. Au cinéma, je trouve dommage que certains directeurs de casting s’arrêtent parfois à ce que dégage un comédien ou une comédienne de prime abord. Or, être acteur, c’est aussi cela : se transformer. Le travail des costumes, du maquillage, de la coiffure permet justement de métamorphoser quelqu’un. Une personne qui dégage naturellement quelque chose de très sérieux, très intellectuel, peut très bien incarner à l’écran un personnage extrêmement drôle – et inversement. C’est ça que je trouve magique au cinéma, et qu’il faut absolument continuer à faire vivre.

Vous aimeriez d’ailleurs faire des films et séries d’époque ? Ça fait partie de vos fantasmes de comédienne ?
Carrément ! C’est l’un de mes rêves. J’ai vu Orgueil et Préjugés plusieurs fois. Là aussi, je trouve dommage qu’on cantonne encore trop souvent ces rôles à des physiques caucasiens. Dans les pays anglo-saxons, il y a beaucoup plus de place pour les acteurs et actrices racisés dans les films et séries d’époque, et c’est passionnant. Nous, nous devrions aller dans cette direction.

« Le cinéma de Carlos est exactement le type de cinéma que je veux faire »

Depuis le 3 septembre, vous êtes à l’affiche de Fils de, réalisé par Carlos Abascal Peiro. Vous incarnez une jeune journaliste. De quelle façon avez-vous intégré le film, et comment avez-vous préparé ce rôle ?

J’ai passé plusieurs tours de casting. Ce qui était étonnant, c’est que généralement, lors d’un premier casting, la directrice nous voit vingt minutes : on joue deux scènes et c’est terminé. Là, dès le premier rendez-vous, Carlos était présent, et la séance a duré plus d’une heure et demie. En sortant, je me suis dit : « C’est génial, parce que même si je n’ai pas le rôle, au moins le réalisateur a pris le temps de travailler avec moi, de voir ce que je pouvais proposer. Je n’aurai aucun regret. »
Ensuite, pour préparer le rôle, j’ai procédé comme je l’expliquais précédemment, et j’ai beaucoup discuté avec Carlos. Il avait des idées très précises, notamment sur les tenues. Il m’a aussi donné une liste d’actrices et de films dont je pouvais m’inspirer. J’ai ainsi regardé le travail de Holly Hunter, notamment dans Broadcast News ou dans Always de Spielberg, et il m’a également conseillé certaines scènes de The Social Network. Le film de David Fincher commence par une scène de rupture, et il voulait que nous l’abordions de cette manière : sans montrer d’émotion immédiatement, avec un débit rapide, très droit.

Nous avons tout de même tourné une version plus classique, notamment dans la scène de rupture du parking, où Malka pleure. Mais finalement, Carlos a choisi la prise la moins banale, celle où l’on ne tombe pas dans le pathos ni dans la démonstration d’émotion. Les personnages se retiennent, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne vivent pas quelque chose de fort à l’intérieur. C’était passionnant de m’inspirer de ce type de travail, que je ne connaissais pas forcément jusque-là.

La scène de votre rencontre dans les toilettes d’une école est très drôle…
Oui, nous l’avons tournée dans les toilettes de la cité U., et il y a eu un quiproquo ! En réalité, elles n’avaient pas été totalement privatisées pour le tournage. C’était donc un peu compliqué, car des gens venaient vraiment aux toilettes pendant que nous filmions. Le plus drôle, c’est que dans la scène je crie qu’il y a un mec qui mate… et quelqu’un l’a vraiment cru ! (rires)
Nous avions répété cette scène avec Jean. Elle raconte le coup de foudre entre deux jeunes personnes. Il y a vraiment ce regard, ce moment suspendu entre lui et moi, juste après qu’on se soit présentés, où l’on sent qu’il se passe quelque chose dans leurs yeux. La mise en scène appuie aussi cette fulgurance avec un mouvement de caméra qui traduit cette étincelle. Et puis, on peut tomber amoureux dans les toilettes (rires) ! Parce que l’amour, ce n’est pas toujours quelque chose de romantique, ce n’est pas forcément scénarisé. Je trouve que cette scène raconte justement cela. En même temps, elle présente aussi les personnages dans leur vraie nature : Malka, très brute de décoffrage, qui a une cystite, qui s’en fiche et n’a pas honte ; et Nino, beaucoup plus vulnérable, fragile. C’est une scène très forte à mes yeux, car elle parle de nous, de nos personnages, de manière très vraie.

J’ai la sensation que ce rôle pourrait être déterminant pour la suite et que c’est un tournant…

Je l’espère très fort, parce que pour moi, le cinéma de Carlos est exactement le type de cinéma que je veux faire. Quand je dis ça, c’est dans le sens où c’est un réalisateur qui prend des risques, qui accepte de ne pas plaire à tout le monde et qui assume : « Je vais faire ça comme ça, avec un mélange de genres, avec la musique qui me plaît, avec énormément de références cinéphiles. » J’aime les choix radicaux.
Je trouve que dans l’art, on a justement la possibilité de les faire et que c’est plus important que de vouloir séduire tout le monde. Je veux vraiment aller dans cette direction. J’espère que ce film sera un tournant dans le sens où les spectateurs retiendront que je peux évoluer dans ce type d’univers, dans ce genre de cinéma, et aussi dans ce type de personnage badass.

Dans une interview, vous aviez dit vouloir absolument obtenir ce rôle. Peut-être aussi parce que c’est votre premier vrai gros projet et qu’il ne fallait pas passer à côté ?
Oui, totalement. Je voyais bien, au vu du casting, l’ampleur du projet. Et c’est vrai que ça ne m’était jamais arrivé auparavant. C’est pour ça que je me suis battue, parce que je me suis dit : Là, j’ai une opportunité en or. Puis Malka est un personnage que je n’avais encore jamais joué. Sans compter l’envie de travailler avec un jeune réalisateur qui, comme moi, a envie de faire bouger les choses. […] Je me suis acharnée pour décrocher ce rôle et je suis très contente de l’avoir fait.

« Le théâtre nous transforme en véritables machines de guerre »

Actuellement, vous êtes au théâtre avec Les Marchands d’Étoiles. Une pièce qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale dans un dépôt de tissus parisien. Un rôle important encore, dans un contexte qui l’est tout autant…
Effectivement, c’est un sujet extrêmement lourd, mais qui est aussi traité avec une certaine légèreté pour que la pièce reste digeste. Mon rôle est celui de Paulette, la fille de la famille dont les parents tiennent l’entrepôt. C’est un peu la rebelle : la seule qui ose dire ce qu’elle pense de l’occupation allemande, ce qui peut mettre en danger sa famille. À cette époque, il fallait rester discret si l’on voulait être résistant. Paulette, elle, a une véritable âme de résistante. Elle n’accepte pas ce qui se passe et elle le fait savoir. En parallèle, Paulette entretient une relation cachée avec un homme d’origine juive, ce qui la met encore davantage en danger. Tous les soirs, je me retrouve dans des états émotionnels très intenses. Au début, c’était même difficile à gérer : en sortant de scène, je pleurais, j’étais submergée, j’en faisais des crises d’angoisse. J’ai fini par demander conseil à des amis comédiens plus expérimentés. Ils m’ont expliqué qu’il fallait apprendre à couper après la pièce, à provoquer rapidement de la dopamine pour faire comprendre à mon cerveau que tout cela n’était que de la fiction. Parce qu’au fond, quand on joue, le cerveau ne fait pas la différence : quand on pleure, quand on crie, le corps envoie à l’esprit l’information qu’il y a danger. J’ai appris à gérer ça, et aujourd’hui ça va beaucoup mieux. J’arrive davantage à faire la part des choses, même si chaque représentation reste très intense. C’est un texte qui résonne avec l’actualité et qui me bouleverse, mais c’est aussi une grande joie de pouvoir défendre un rôle dramatique, un registre dans lequel je prends beaucoup de plaisir à évoluer.

Qu’est-ce que l’expérience du théâtre vous apporte ?
Ça m’apporte avant tout de la rigueur, parce que le théâtre, c’est rester concentré pendant une heure et demie minimum. Alors qu’au cinéma, il y a toujours des coupures : on fait une prise, on coupe, on discute… Sur scène, il n’y a pas cette possibilité. Le théâtre nous oblige à maintenir notre attention sur la durée. Pour le dire un peu grossièrement, le théâtre nous transforme en véritables machines de guerre : il démultiplie notre concentration, notre rigueur, et il développe notre endurance.
C’est apprendre à renouveler chaque soir un texte qu’on connaît par cœur, à le redire comme si c’était la première fois, à se surprendre soi-même. C’est un exercice extrêmement formateur. Je suis convaincue que c’est ce qui va me faire mes armes et que cela m’aidera énormément pour mes prochains tournages. Le théâtre, c’est ce que je préfère, c’est là que je me sens le plus vivante.

Fils de actuellement au cinéma.

Synopsis
Une semaine après la présidentielle, la France cherche toujours son Premier Ministre. Nino, jeune attaché parlementaire ambitieux, est missionné pour convaincre son père, Lionel Perrin d’accepter le poste. Mais cet éternel perdant a coupé les ponts avec la politique…et son fils. Nino se retrouve embarqué dans une course effrénée où tous les coups sont permis. Il a 24h pour sauver sa carrière, son couple et si possible l’avenir de la France !

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