[INTERVIEW] – CAMILLE RUTHERFORD, UNE ACTRICE EXTRA-SENSIBLE : « Félicità reste un des plus beaux rôles que j’ai eu à jouer »

Révélée au grand public par Félicità de Bruno Merle, Camille Rutherford appartient à cette génération de comédiennes capables de mêler fragilité apparente et intensité lumineuse. Du cinéma d’auteur aux fresques historiques, d‘Anatomie d’une chute aux Trois Mousquetaires – Milady, en passant par la série Extra-Lucide, elle compose des personnages toujours profondément humains, parfois cabossés, toujours touchants.
Rencontre avec une actrice sensible, pudique, instinctive, dont le parcours est guidé par la sincérité, le travail et un rapport presque artisanal au jeu. Une actrice qui doute, qui observe, qui cherche – et qui, sur un plateau, devient avant tout « une passeuse de mots ».

Qu’est-ce qu’un acteur, une actrice ? Quelle définition donneriez-vous de votre métier ?
On devient souvent acteur par accident, parce qu’on ne sait rien faire d’autre. Et être acteur, ça permet d’être un peu nul en tout – je dis ça avec tout l’amour que j’ai pour ce métier – dans plein de domaines, et d’utiliser ce sentiment d’avoir raté des choses ou de ne pas être bon dans beaucoup d’autres. On peut vraiment s’en servir dans notre manière d’aborder ce travail.
On devient aussi acteur parce qu’on aime bien essayer d’amuser la galerie. Et souvent, les acteurs sont de grands timides, je n’invente rien. Alors ça nous arrange, parce que mine de rien, on dit les mots des autres. C’est plus facile que de s’exprimer soi-même. Vous voyez, moi, les interviews, je galère : ça me fait très peur et je ne sais jamais quoi dire. Je préfère dire des mots écrits pour moi, plutôt que d’avoir à m’exprimer en tant que Camille Rutherford.
Être acteur, je pense que ça demande également beaucoup de recul sur soi, sur la vie, beaucoup d’autodérision.
Enfin, je crois qu’être acteur, c’est simplement être un passeur de mots.

« J’ai déjà été prise sur des projets qui, finalement, n’ont jamais vu le jour »

Qu’est-ce qui vous a amenée vers la comédie ?
J’habitais à Paris à l’époque, et dans mon école primaire, en CE2, il y avait un instituteur – avec qui je suis d’ailleurs toujours en contact – qui s’appelle Renaud Gauthier. Il nous faisait faire du théâtre. On jouait et on travaillait des scènes de Molière, de Tardieu, etc. On a fait un spectacle à la fin de l’année et, je ne sais pas pourquoi, j’ai tout de suite pris ça très au sérieux. Je m’étais mis une petite pression. Pour une fois, il y avait un truc qui marchait pour moi. Quelque chose se passait. Et ça m’a plu. C’est grâce à ce monsieur, Renaud Gauthier.

[…] J’ai la chance d’être proche de mes parents. On est une toute petite famille mais très soudée, et ils sont très ouverts. J’ai toujours eu beaucoup de chance : ce sont des parents très aimants, très présents, très généreux. Et même si on n’est pas du tout une famille artistique, ils m’ont tout de suite fait confiance. Ils m’ont toujours dit : « Tu fais ce que tu veux ». Surtout, ils avaient les moyens de me payer des cours de théâtre.
Ils ont toujours aimé l’art, malgré tout. Mon père est anglais : il adore le rock et il aime lire. Ma mère aime beaucoup la littérature. Quand j’ai commencé le théâtre, par solidarité ou par curiosité, elle a commencé à en voir elle-même, à aller au spectacle, et elle m’y emmenait parce qu’elle voulait m’aider à poursuivre mon rêve. Ils m’ont toujours encouragée.

En grandissant, je me suis vraiment intéressée à l’art. Je faisais option arts plastiques lourde. À quatorze ans, j’allais tout le temps à Vidéo Futur, d’abord à Clermont-Ferrand puis à Paris. J’ai commencé à aller voir des films très pointus au cinéma. J’étais un peu l’archétype de l’étudiante passionnée : j’avais mon grand carton à dessin, tout ça.
Mon père nous a aussi montré beaucoup de comédies anglaises, des sketches anglais : Fawlty Towers, Little Britain, les Monty Python… Ça a confirmé mon envie de faire du jeu.

Au cinéma ou à la télévision, vous avez incarné de jolis portraits de femmes, en rôle principal comme en rôle secondaire. Qu’est-ce qui vous fait dire oui à un rôle, à un personnage, ou même à une simple apparition ?

Je vais être très pragmatique : parfois, ce n’est pas un choix. Il faut manger. C’est un métier très difficile. Et il y a des acteurs qui réussissent tous leurs castings. Moi, je n’en fais pas partie. C’est un métier où l’on connaît un maximum d’échecs pour seulement quelques « oui ». On passe son temps à dépendre du désir des autres.

Malgré tout, j’ai quand même la chance de passer des castings pour des projets très intéressants, très beaux, bien écrits. Mais si j’accepte une proposition, c’est d’abord parce que j’aime l’écriture. Je crois que la chose la plus importante, ce sont les dialogues, la qualité scénaristique.

Quand les dialogues sont bien écrits, on a envie de les jouer, de les dire, de les travailler. Il y a aussi la rencontre avec un ou une metteur en scène. C’est quand même un métier très humain. Il m’est arrivé de faire des choses que j’aimais moins, mais j’aimais tellement la personne que j’ai dit oui juste pour travailler avec elle.
J’ai déjà dit non pour des questions politiques, parce que je trouvais que ça posait problème, pour des situations inconfortables, ou encore pour des raisons personnelles, quand ça ne correspondait pas à mon éthique de travail. J’ai également la chance d’avoir un agent qui ne me fait pas passer d’essais pour des séries ou des films mal écrits.
Ça m’arrive qu’on me propose des rôles sans passer par un casting – c’est un peu plus fréquent aujourd’hui – mais ça reste très rare.

Légende : Camille Rutherford dans les rôles de Zoé Solidor dans Anatomie d’une chute de Justine Triet et de Agathe Robinson dans Jane Austen a gâché ma vie de Laura Piani.

Et puis, la situation de la culture est tellement désastreuse que beaucoup de films n’arrivent même pas à se monter. J’ai déjà été prise sur des projets qui, finalement, n’ont jamais vu le jour.

De quelle façon préparez-vous chacun de vos rôles ?
J’apprends mon texte au cordeau. Je pense qu’il y a des acteurs qui l’apprennent le jour même, au maquillage, ou la veille du tournage. Moi, c’est vraiment en amont, parce que je suis tellement stressée que je me dis : « Au moins, si je connais mon texte, je ne vais pas foutre tout le monde dans la merde en demandant : Ah mince, j’ai oublié, je devais dire quoi déjà ? »
Après, j’ai ma petite tambouille personnelle, qui est intime. J’aime bien travailler toute seule, dans ma tête, en réfléchissant, en cherchant comment rapprocher le personnage de moi.

« Il ne faut jamais oublier de féliciter les artistes : les costumiers, les créateurs de costumes, les maquilleurs. Sans eux, on n’est rien »

Sur un personnage comme dans la série Extra-Lucide, est-ce qu’il y a eu une préparation particulier, parce que c’est un personnage assez difficile à composer de part sa capacité télépathique.
La série avait été annulée une première fois parce qu’il n’y avait plus assez d’argent. Quand on a su qu’elle se faisait finalement, j’ai appris que je tournais… quatre semaines avant le début du tournage. On était dans une urgence totale. C’était dingue. J’ai eu très peu de temps pour me préparer. J’ai donc appris mon texte sur le bout des doigts, c’était l’essentiel.
Heureusement, on a fait quelques répétitions avec Bruno Merle, le réalisateur. Les répètes, ça aide énormément, parce que tu as le temps d’être nul, et ça permet d’appréhender le rôle et d’être moins timide. Parce que, mine de rien, jouer et regarder quelqu’un dans les yeux, c’est hyper personnel, hyper intime – et ça fait peur, exactement comme dans la vie. Regarder quelqu’un dans les yeux peut être très intimidant. De fait, rencontrer les acteurs avec qui on va jouer, avant de tourner, permet de se familiariser avec leur manière d’être, leur manière de jouer… et on finit même par se faire des blagues. On devient potes, et c’est important de se sentir à l’aise pour pouvoir jouer.
Je crois vraiment au travail : travailler, répéter, pour rendre la scène meilleure. Se rencontrer, se regarder dans les yeux, passer du temps ensemble, apprendre à se connaître, à être moins timide, moins pudique… et ne pas juste parler du beau temps ou faire du blabla pour faire du blabla. On a eu quatre jours de répétitions maximum, donc c’était peu.

Ce qui m’a aussi beaucoup aidée, c’est la coupe de cheveux et le costume. Dans la vie, je n’ai pas de frange comme dans Extra-Lucide, et j’avais l’impression de porter un casque en permanence. Ce n’est pas du tout moi, je trouvais ça très vintage. Et je portais toujours la même chemise et le même pantalon. J’avais l’impression d’être Où est Charlie ?. Ça m’a permis de comprendre un peu cette nana, son côté un peu raide dans le corps.

Enfin, j’avais une oreillette pour qu’on me souffle en temps réel les pensées des gens, avec le bon rythme, le bon tempo. Ce fût, là encore, d’une aide immense.

Et pour des personnages historiques comme Marie-Reine d’Écosse, est-ce que le travail est plus exigeant – notamment sur la documentation, la posture, la démarche ?

J’avais 20 ans quand j’ai fait ce film. J’en ai 34 aujourd’hui. Le plus gros défi, ça a été le cheval, l’équitation. J’ai dû apprendre à monter à cheval. Je n’ai pas réussi à partir au galop seule, sans l’aide de quelqu’un, mais j’ai appris à tenir sur un cheval qui galope très vite, sans tomber – et sans selle, parce qu’à l’époque, ils n’en avaient pas. Je jouais en français et en anglais, donc il y a eu énormément de répétitions juste à l’oral, pour être sûre qu’on comprenait ce que je disais. Je n’ai pas eu le temps de me documenter beaucoup.
Dans les films historiques, ce qui aide vraiment, c’est le costume. Tout d’un coup, les tenues, les bijoux, le maquillage… c’est 80 % du travail.

Légende : Camille Rutherford dans la série Extra-Lucide de Bruno Merle et le film Marie, Reine d’Ecosse de Josie Rourke.

Et il ne faut jamais oublier de féliciter les artistes : les costumiers, les créateurs de costumes, les maquilleurs. Sans eux, on n’est rien. Quand on arrive sur un tournage à six heures du matin, on ne ressemble à rien : on a des grosses cernes. Et puis soudain, on nous met une robe sublime, des rajouts de cheveux, des perles… On arrive sur le plateau, avec une très belle lumière, et on est pris nous-mêmes dans ce jeu-là : on devient le personnage. C’est vraiment un travail d’équipe.

Je me souviens que j’avais énormément le trac sur ce rôle. Mais je suis une grosse traqueuse de manière générale. Marie Stuart est morte jeune. Elle a commencé à être reine très jeune, et j’avais déjà cette jeunesse-là. Elle avait plein d’insécurités – ce qui est normal : elle devient reine sans rien demander, elle doit partir en Écosse alors qu’elle vient de France. Je pouvais me servir de mon trac, de ce que j’imaginais qu’elle avait ressenti. J’ai utilisé ça.

Outre Marie, Reine d’Écosse, vous avez joué dans d’autres films et séries d’époque, comme Versailles ou Les Trois Mousquetaires – Milady. Jouer dans cette grande fresque d’aventure pour le cinéma fut une belle expérience ?
J’ai retrouvé Pio Marmaï, avec qui j’avais tourné Felicità, donc j’étais très contente, même si nous n’avons finalement pas beaucoup joué ensemble. Et puis j’étais excitée comme une folle de voir Romain Duris en vrai. Je suis née en 90, j’ai grandi avec L’Auberge espagnole de Klapisch. J’avais l’affiche dans ma chambre ! J’aime encore énormément ce film. Son personnage de Xavier, je l’adore – tout comme celui qu’il joue dans Le Péril jaune.
Moi, je suis quand même abonnée, et j’en suis fière, au cinéma d’auteur. Des films avec des budgets microscopiques. Je n’avais jamais mis les pieds de ma vie sur un blockbuster. C’était très intriguant, très bizarre même, parce que je n’avais jamais été sur un film avec autant d’argent. Les moyens étaient tels qu’on avait vraiment l’impression de remonter le temps. Ils ont même réussi à reconstituer un véritable décor de guerre. C’était extraordinaire. Dans notre scène, il y avait énormément de figurants. Quand on joue, c’est comme si c’était vrai : on voit réellement des soldats, des infirmières, des blessés. C’était impressionnant !

« En tant qu’acteur, souvent, on est à la recherche de situations cocasses à jouer, de situations ludiques »

Qu’est-ce que vos expériences, même sur des petits rôles aux côtés de Justine Triet, Michel Gondry ou encore Dominique Moll, vous ont appris en tant que comédienne ?
Je sais pas… En tout cas, ces trois rôles ont été super marquants pour moi. Le film qui restera pour moi une très grande expérience, c’est celui que j’ai fait avec Justine Triet. C’était une cinéaste que j’admirais énormément. Donc quand j’ai eu le rôle, je me suis dit : « Bon bah voilà… Si un jour j’arrête d’être comédienne, si ça marche plus pour moi, au moins j’aurai ce souvenir : j’ai fait un film avec Justine Triet. » C’est le souvenir le plus fort pour moi en tant qu’actrice. J’avais adoré le scénario, j’adorais le personnage, j’adorais les scènes que j’avais à jouer. Puis, j’adore aussi Sandra Hüller, qui est pour moi l’une des plus grandes actrices d’aujourd’hui.
J’étais heureuse de tourner avec Michel Gondry parce que, comme tout le monde je pense, j’aime Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Je suis une énorme fan de son travail. Formellement, ce qu’il fait est très radical. On aime ou on n’aime pas, mais au moins c’est sincère, ce sont de vraies propositions. Donc j’étais hyper intriguée, hyper impressionnée de rencontrer ce mec, et touchée qu’il me fasse confiance. Il a fait des choses extraordinaires. Et il est en plus hyper sympa, il fait des blagues complètement absurdes et alambiquées, exactement comme ses personnages.
Enfin, il y a Dominique Moll, extrêmement gentil et très élégant. Les situations de jeu dans son film m’excitaient vraiment beaucoup, et le personnage me touchait. Les scènes étaient très fortes, et j’étais très contente de les jouer. C’était difficile parce que ce sont des scènes tristes, mais j’étais heureuse de le faire. Et j’étais également ravie de retrouver Bastien Bouillon, avec qui j’avais fait le Conservatoire.

En 2020, vous avez été nommée au César dans la catégorie Meilleur espoir féminin pour votre rôle dans Félicità. Est-ce que cette nomination a pu être un accélérateur dans votre carrière ?

Je ne crois pas. 2020 a été une année où j’ai beaucoup tourné. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. D’un seul coup, je passais un casting, j’avais le rôle… quelque chose qui ne m’était jamais arrivé de ma vie. Je me disais : « Ah, c’est un effet de mode. » Peut-être que ça m’a aidée à être plus identifiée, comme on dit, dans le milieu. En tout cas, on sait qui je suis. Mais après… je trouve ça toujours aussi galère. Je suis toujours dans l’insécurité permanente, la déception permanente. On l’a voulu : le métier veut ça. Comme plein d’autres milieux professionnels, d’ailleurs.

J’ai adoré faire Félicità, ça reste un des plus beaux rôles que j’ai eu à jouer. Et Bruno Merle est quelqu’un dont je suis très proche.

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre collaboration avec Bruno Merle sur Félicità et Extra-Lucide ?

Je lui dois tout. C’est le premier à m’avoir vraiment fait confiance. Avant Félicità, je faisais très peu de cinéma. Je ratais mes castings, je tournais très peu. Je me souviens du premier casting : je pensais ne pas avoir été dingue, et pourtant, il m’a choisie. Il a mis du temps à me dire que c’était moi parce qu’il ne savait pas si son film allait vraiment se faire. Et ça a été une expérience superbe. En tant qu’acteur, souvent, on est à la recherche de situations cocasses à jouer, de situations ludiques. Là, c’était exactement ça. Il y a quand même une scène où je fais semblant d’avoir fait du porno alors que ce n’est pas vrai, et toutes celles avec Pio Marmaï où on n’arrête pas de se mentir, de se raconter des mensonges.

C’est la dynamique de nos deux personnages pour rigoler entre eux et avec leur fille. Jouer le mensonge, pour un acteur, c’est hyper excitant. Jouer bien le mensonge pour que l’autre y croie, ce n’est pas évident : comment je vais le jouer ? Est-ce que je le joue tellement bien qu’on y croit ? Ou mal exprès pour que l’autre se dise : « Mais n’importe quoi… » ?
Bruno, c’est un amour. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup, qui est éminemment talentueux, qui écrit super bien, qui a un univers incroyable, très enfantin, très immature aussi, et en même temps très sombre et pessimiste. On se ressemble beaucoup : on est tous les deux, je crois, assez pessimistes, et en même temps pleins d’espoir et idéalistes. On se rejoint vachement là-dedans – comme plein de gens, après tout. Le retrouver pour Extra-Lucide fut un bonheur. Pour être honnête, je l’aurais suivi sur n’importe quel projet. Je lui fais une confiance aveugle.

Vous avez écrit et réalisé deux courts-métrages en 2016 et 2018. Est-ce que vous reviendrez à l’écriture et à la réalisation ?
Je ne sais pas comment j’ai pu faire ça. Je pense que j’étais encore très jeune et peut-être plus naïve qu’aujourd’hui. Mais j’aimerais beaucoup. Vraiment. Adolescente, j’avais autant envie de mettre en scène que de jouer. Mais je n’ai pas assez confiance en moi… Est-ce que j’en serais vraiment capable ? En tout cas, c’est dans un coin de ma tête, et j’y pense un peu constamment.

Extra-lucide, actuellement sur OCS.

. Ma critique d’Extra-lucide est à retrouver ici.

Synopsis
Denise est une femme ordinaire. Ou presque. Depuis son plus jeune âge, elle entend les pensées des gens. Aucun esprit ne lui résiste. Comment, dans ces conditions, jouer le jeu de la vie en société ? Comment maintenir une relation de couple, d’amitié, de famille ? Comment aimer, comment être aimée ? Peut­-on raisonnablement être lucide et heureux en même temps ?

Casting : Camille Rutherford, Sabrina Ouazani, Antoine Chappey, Daniel Lundh, Emmanuelle Destremau, Bellamine Abdelmalik, Bryan Trésor…