[CRITIQUE] – TOUT VA SUPER : UNE COMÉDIE SENSIBLE SUR L’AMOUR FACE À L’ÉPREUVE DE LA MORT

Le réalisateur de Premières Vacances Patrick Cassir signe son troisième long-métrage avec Tout va super, une comédie douce-amère autour de l’amour, de l’acceptation et du deuil. Présenté en compétition au Festival de l’Alpe d’Huez en janvier dernier, le film charme avant tout par la sensibilité de son trio d’interprètes : Hakim Jemili, Marie Colomb et Noémie Lvovsky.

Deux histoires d’amour pour le prix d’une

Ce que raconte Patrick Cassir dans sa troisième comédie Tout va super, ce n’est ni plus ni moins que deux histoires d’amour : celle d’une mère et de son fils, et celle d’une passion amoureuse. Deux façons d’aimer, deux façons de découvrir l’amour, deux façons aussi d’être vulnérable.
Au centre du récit, il y a Élie, un homme qui s’autorise enfin à vivre après la rémission de sa mère atteinte d’un cancer. Une rencontre lui ouvre alors de nouveaux horizons et un nouvel espoir, jusqu’à ce que la vie en décide autrement. Le cancer revient comme une furie, prêt à tout dévorer sur son passage. Pris en étau entre son devoir de fils et son envie brûlante d’aimer et de construire une relation avec Anaïs, les dilemmes s’imposent fatalement : penser à soi, être égoïste peut-être, ou consacrer toute son existence à sa mère jusqu’à s’oublier lui-même. Le film compose alors un récit profondément humain, porté par une tendresse précieuse et une émotion toujours à fleur de peau.

Toutefois, la narration du long-métrage – sans doute en raison de sa durée relativement courte (1h26) – souffre parfois d’une certaine immédiateté, d’ellipses qui ballottent le spectateur d’une situation à une autre sans toujours lui laisser le temps de savourer un moment ou d’être pris totalement, pleinement dans une action ou un événement : la rémission de la mère, la rencontre entre Élie et Anaïs, leur histoire d’amour, la rechute de Sylvaine, la séparation, puis le dénouement… Tout semble avancer à vive allure.
Cependant, deux éléments compensent largement ce manque de développement autour de certains aspects du récit, qu’il s’agisse du cancer de la mère, de son nouvel assistant hilarant incarné par Rudy Milstein, ou encore de la relation entre Élie et Anaïs.

Le premier atout réside dans la caractérisation des personnages. Les trois protagonistes possèdent des personnalités immédiatement identifiables que la bonhomie de leurs interprètes rendent attachants :
Hakim Jemili possède ce sourire contagieux et cette nonchalance naturelle qui lui vont à merveille lorsqu’il incarne des personnages un peu paumés, presque losers malgré eux. Il dégage un capital sympathie évident qui donne envie de s’attacher à lui.

De son côté, Marie Colomb a quelque chose de pétillant dans le regard, une lumière qui accroche immédiatement le spectateur. Ici, elle trouve une légèreté belle et vibrante.
En effet, habituée à des rôles plus sombres dans des œuvres comme Follow ou Phoenix, elle se révèle dans le registre de la comédie.  C’est un choix audacieux de la part de Patrick Cassir, et la prise de risque de Marie permet d’étaler au grand jour toute sa palette de jeu.

Enfin, Noémie Lvovsky a une bonté et une générosité bouleversantes. Avec une grande sobriété de jeu, elle touche directement au cœur. Sans artifices ni longues scènes démonstratives, elle parvient à faire ressentir de manière viscérale tout le poids de la maladie, de la douleur et des choix de son personnage.
Il y a une complicité évidente entre les trois acteurs.

Deuxième point : la réalisation de Patrick Cassir. Il séduit par une mise en scène sincère, où se mêlent intelligemment scènes éclatantes de drôlerie et moments d’émotion. Deux séquences en témoignent : la première nuit d’Elie et d’Anaïs chez une inconnue – particulièrement savoureuse dans sa construction et ses dialogues – et celle où Sylvaine apprend sa rechute. L’acceptation, la résignation face à un fils qui refuse d’abandonner sa mère, la fragilité et la force qui émanent de sa voix, le trouble qui la traverse, les sentiments qui se bousculent en elle, tout cela est palpable.
Et la caméra de Patrick Cassir sait capter ces instants de vie avec une grande délicatesse, où les rires comptent autant que les larmes, et où les regards disent autant que les mots. Oui, de temps à autre, l’écriture et la réalisation de Tout va super se conjuguent dans un concert de sensations magnétiques, qui font oublier les errances ou la progression parfois trop rapide entre les personnages et certaines situations.

Conclusion

Tout va super pour Patrick Cassir qui livre une comédie attendrissante. Il y a une honnêteté dans sa démarche qu’on ne peut lui reprocher, tant dans son approche de la comédie que du drame, mais aussi dans sa volonté de dépeindre – et d’assumer – une vision de la vie et des choix difficiles que celle-ci impose.
Son seul défaut réside dans l’absence de scènes de romance entre Elie et Anaïs et de scènes

Tout va super, le 27 mai au cinéma.