[CRITIQUE] – LYCÉE TOULOUSE LAUTREC (TF1) : UNE SECONDE SAISON MAGNIFIQUE ET PRÉCIEUSE

Après une première saison couronnée de succès, la série portée par Fanny Riedberger se dévoile dans une seconde partie toujours aussi forte en émotions. Avec une écriture subtile et intelligente, « Lycée Toulouse Lautrec » saison 2 aborde les thèmes du deuil, de la résilience et de l’espoir, dans un florilège de séquences à la fois émouvantes et profondément humaines.

Faire son deuil

L’action se déroule quelques jours seulement après la fin de la saison une et confronte directement le spectateur et les élèves au deuil de Charlie. Chacun tente, tant bien que mal, de reprendre sa vie en main. Si pour certains, continuer à vivre semble être une évidence, pour d’autres, à l’image de Marie-Antoinette (Ness Merad), avancer, rire, profiter, est plus difficile. Deux points de vue mais une même souffrance, un même vide ressenti, que la mise en scène sublime par sa délicatesse et son humanisme. Une vérité criante d’un drame bouleversant, dont la sincérité des comédiens touchent en plein cœur.
La mort de Charlie plane telle une ombre et rappelle également à ces jeunes atteints d’un handicap que leur existence est fragile. La fragilité, c’est le cœur de cette seconde saison : la fragilité des corps, la fragilité de la vie, la fragilité des sentiments, la fragilité de la liberté et des espoirs. Un deuil comme un miroir, qui les ramène à ce qu’ils sont. Pourtant, ils poursuivent sans relâche la lutte pour exister, pour s’épanouir. Avec une résilience à toute épreuve. Dans cette résilience, les scénaristes vont encore plus loin, brisent les tabous, évoquent durement les peurs, les doutes, les regrets, quitte à engouffrer le public dans une noirceur inédite et audacieuse. Malgré tout, et parce que « Toulouse Lautrec » n’est pas qu’une série sombre, le récit souffle un vent d’espérance et d’optimisme sur ses héros. L’audace, la soif de vaincre, et les désirs intimes poussent les personnages à vouloir plus que leur condition. Ainsi, la saison 2 offre de véritables moments d’espoir. Pour preuve, cette séquence magistrale au Forum des Métiers où, poussés par leurs rêves les plus personnels, ils disent « non » à leur condition, à cette vie bridée qu’on leur propose. Chacun ose, surprend, et se révèle aux yeux de tous comme étant des éléments viables, à part entière de la société. Une lumière pour les personnes handicapées qui regarderont la série et un objectif assumé par les scénaristes : vous pouvez faire ce que vous voulez, être qui vous voulez !

Le deuil de la mobilité est un des autres thèmes forts de la saison 2 de « Lycée Toulouse Lautrec ». À travers les personnages de Jules (Théo Augier, qui remplace Abraham Wapler) et Alice (Esther Rollande), la série dévoile de nouveaux défis, en profondeur de l’âme humaine et de ses tourments.
Jules, ancien valide, gagne en épaisseur, et trouve une partition dramatique à la hauteur de ses enjeux. Son désespoir ainsi que ses douleurs physiques sont telles que sa relation avec Victoire (Chine Thybaud) est compromise. Une histoire d’amour qui allie deuil et résilience avec une harmonie déchirante. Poignante, la romance de Jules et Victoire aurait pu être un roman de Shakespeare, entre amour, désolation et rédemption.

Le personnage d’Alice, lui, s’intègre parfaitement au récit. Esther Rollande, laquelle arrive donc en cours de route, parvient à se frayer une place au sein de la bande comme si elle avait toujours été présente. Handicapée depuis sa naissance, son désir de vouloir marcher un jour la pousse à essayer des traitements expérimentaux et dangereux.
Là aussi, la série poursuit son ambition pédagogique et, ici, d’alerter : les charlatans proposant des recettes miracles abusent de vous, de votre faiblesse, pour vous soutirer un maximum d’argent. Écœurant ! 

Enfin, Madame Lespic (Valérie Karsenti) sera au centre de sa propre intrigue. Alors qu’on la pensait invincible, elle commence à vaciller lorsqu’elle entend les voix de son enfant décédé. Une sous-intrigue saisissante, qui permet à la comédienne Valérie Karsenti de s’exprimer dans un registre où nous la voyons rarement, celui du drame. Et force est de constater que ça lui sied à merveille.

Humour, où es-tu ?

Conçue comme une dramédie, la série « Lycée Toulouse Lautrec » octroie donc une place importante à la comédie et, cette saison 2, n’y échappe pas. Les scènes cocasses sont légions, souvent portées par un Reda (Adil Dehbi) tendre et insupportable (dans le bon sens du terme), tout comme celles où les jeunes prennent les choses en main pour venir en aide à l’un d’entre eux. Quant aux piques acerbes de Marie-Antoinette, elles sont toujours aussi drôles et efficaces. Néanmoins, un duo se dégage de tout ça, un duo comique hilarant : Monsieur Feuillate (Stéphane de Groodt), le proviseur, et Madame Janin (Bérangère McNeese), la professeur de musique. Les deux forment une paire charmante et leur complicité crève l’écran. Entre bredouillages gênants, affection discrète et incapacité à exprimer clairement leur sentiment, Monsieur Feuillate et Madame Janin compilent les échecs désopilants. Des virgules de légèreté qui sont les bienvenus dans une narration parfois dure et sans pitié.

Conclusion

Que dire si ce n’est que la saison 2 de « Lycée Toulouse Lautrec » tient ses promesses et affiche des ambitions plus grandes qui sont clairement tenues. Malgré une galerie de personnages conséquente et de multiples sous-intrigues, la série maintient le cap, ne s’éparpille pas, abordant tous ses thèmes et sujets avec finesse et authenticité. Nous devons être fiers que la télévision française puisse créer ce type de programme : nécessaire et instructif.

Vous pouvez retrouver mon interview avec la scénariste Fanny Riedberger et la comédienne Esther Rollande ici.

« Lycée Toulouse Lautrec » – saison 2, dès le 4 mars sur TF1.

Synopsis :
Après avoir frôlé la fermeture juste avant les vacances, c’est la reprise des cours au lycée Toulouse-Lautrec pour Victoire et sa bande. Une reprise un peu particulière puisque corps enseignant et élèves sont toujours en deuil suite au décès de Charlie. Mais le cours de la vie doit reprendre. Une vie rythmée par les soins, les séances kiné, la gestion de la douleur, l’apprentissage de l’autonomie, le choix de subir ou non une opération risquée, les conflits avec les parents, une nouvelle arrivante avec un fauteuil dernier cri mais aussi des histoires de cœur qui naissent ou se cachent et des amitiés profondes qui se tissent. Le tout avec l’humour et l’audace qui caractérisent cette sympathique et attachante bande d’ados.

Casting : Ness Merad, Chine Thybaud, Max Baissette de Malglaive, Adil Dehbi, Aminthe Audiard, Hippolyte Zaremba, Théo Augier, Margaux Lenot, Nolann Duriez, Stéphane de Groodt, Valérie Karsenti, Bérangère McNeese, Aure Atika…

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