Trois scénaristes talentueuses, Hélène Le Gal (« Les Combattantes », « Escort Boys », « Les Randonneuses »…), Laura Mentzel (« La Faute à Rousseau », « Mademoiselle Homes »…), Mélusine Laura Raynaud (« Plus Belle la Vie », « Demain nous appartient », « Germinal »…), s’associent pour créer la mini-série « Frotter Frotter ». Un récit sociétal où les femmes de ménage d’un grand complexe hôtelier se rebellent contre leurs conditions de travail difficiles. Invisibilisées et méprisées par la société et ceux qui les emploient, c’est un combat pour l’égalité et leur liberté que la série met en lumière avec pour objectif d’éveiller les consciences sur la maltraitance quotidienne de ces femmes courageuses.
Faut que ça brille !
Vous ne les voyez jamais et pour cause, elles sont discrètes voire invisibles. Pourtant, elles ramassent vos saletés, changent votre draps, astiquent vos meubles, récurrent vos toilettes pour que vous puissiez dormir dans une chambre impeccable et vous laver dans des conditions décentes. Maillon plus qu’essentiel dans les hôtels (et ailleurs), les femmes de ménages sont encore et toujours considérées comme des esclaves, des personnes que l’on peut dédaigner, insulter, à qui l’on peut tout demander sans aucune contrepartie. C’est ainsi que s’ouvre « Frotter Frotter » par une série de tâches ménagères répétitives et la pression d’un manager tyrannique (Virgile Bramly) mais aussi le quotidien de ces femmes, dont le salaire ne permet pas de remplacer un frigo qui tombe en panne. Face à la pression et aux demandes toujours plus folles et exigeantes, elles se mettent alors en grève pour dénoncer un système d’exploitation, de misère, entretenu par un capitalisme pour lequel la considération n’est qu’un détail. Seul compte le profit !
Menée par Solange Diaby – formidable Eye Aïdara entre détermination et pudeur – c’est une révolution qui se met en marche, bousculant toutes les hiérarchies : du gérant d’une boîte de sous-traitantance, au manager, en passant par le grand patron.

Dans ce combat, cette lutte des classes perpétuelle et éreintante, il ne faut pas oublier le quotidien. Parce que mener une grève impacte aussi la vie de famille, chacune doit composer avec cette nouvelle organisation, entre galères financières, enfants et maris pas souvent compréhensifs. Toute l’intelligence de la narration réside-là, dans ce ping-pong incessant entre grève et vie de couple, révélant davantage au grand jour toute la grandeur de leur action, de leur courage, de leur force. Autant d’éléments qui renforcent la crédibilité du récit et l’aspect tragique d’une grève, à la fois ses peines et ses joies. Car oui, il y a également de la joie dans ces mouvements grévistes, une solidarité et une amitié sans faille entre chacun des membres.
Les auteurs de la série n’ont pas évincé les rires, – et donc la réalité – et les ont au contraire intégrés comme une dynamique d’échanges pleine d’espoir et comme une flamme humaine capable de ravager des empires. Des rires communicatifs qui apportent à l’image une poésie humaine authentique et bouillonnante.
Des femmes courageuses
Il y a une beauté touchante chez ces femmes, que ce soit dans leur volonté de défendre leurs intérêts ou dans leur combat, plus général, d’être respectées, d’être considérées, d’être vues comme des êtres humains faisant partie d’un tout. Cela est porté par la réalisation de Marion Vernoux. La cinéaste filme le visage de ces femmes avec beaucoup de tendresse, et on perçoit dans leurs regards la profondeur des enjeux et de leurs émotions. Une immersion totale au cœur de l’intime, de leur point de vue qui nous chamboule, nous émeut, nous donne envie de participer à la bataille.

En parallèle, nous suivions Fanny Delerme (Emilie Caen), avocate en plein divorce, pas toujours sûre d’elle, qui va découvrir au contact de ces femmes de ménage qu’elle accompagnera dans leur lutte, son propre combat personnel. Une forme de résilience, d’aboutissement à un bonheur qu’elle se refusait peut-être jusque-là, enfermée dans un monde bourgeois qui, souvent, vous broie. En tant que femme, c’est un milieu aussi froid qu’intransigeant. Vous devez vous conformer, être dans les clous, ne faire aucune vague. Son mari, Philippe Delerme (François Godard), s’il n’est pas la grande figure machiavélique de l’homme riche, reste néanmoins un fardeau pour elle par ses remarques, par ses interdictions, par son éducation.
Un personnage en contraste total avec Vlad (Gringe) chez qui elle trouvera refuge. Dans ses bras, c’est plus qu’un réconfort que Fanny sentira. Elle aura une relation plus saine, plus équilibrée, où le soutien ne se mesure pas en restriction mais en confiance absolue.
Fanny, un personnage attendrissant, avec des failles, sensible et généreuse. Et un beau modèle de combativité. Émilie Caen l’interprète par le biais de sa propre délicatesse, de sa propre fragilité, de sa propre puissance intérieure, que l’on observe dans plusieurs de ses rôles.
Conclusion
Émouvante dans sa manière d’aborder la grève des femmes de ménage dans un milieu difficile et concurrentiel ainsi que son impact sur leur quotidien de ces mêmes femmes, « Frotter Frotter » est une fiction pleine de belles intentions, sans être pour autant dans la niaiserie et le bon sentiment. Une mini-série qui n’omet rien, ni la réalité, ni complexité d’organiser sur la durée une grève, ni l’aspect judiciaire d’entreprendre une action en justice envers son employeur pour obtenir des meilleures conditions de travail. Un aventure humaine sincère, poignante et portée par des comédiennes d’une grande justesse de jeu.
Mon interview avec Emilie Caen et la réalisatrice Marion Vernoux est à retrouver ici.
« Frotter Frotter » dès le 19 février sur France 2.
Casting : Eye Haïdara, Emilie Caen, Gringe, Karole Rocher, Virgile Bramly, Francis Leplay, Emma de Caunes, Rabah Naït Oufella, Bintou Ba, Bruce Dombolo…

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