Alors qu’elle sera prochainement dans la nouvelle série CANAL + « Plaine Orientale », la comédienne Horya Benabet fait un bilan de ces trois dernières années et évoque son retour dans la quotidienne de TF1 « Plus Belle la Vie, encore Plus Belle », son rôle dans « 9.3 BB » ainsi que ses premiers rôles au cinéma.
« Plus Belle la Vie, encore Plus Belle », un retour inespéré et de nouveaux horizons…
Récemment, nous avons eu la très belle surprise de vous revoir dans la nouvelle version de « Plus Belle la Vie, encore plus belle » avec le rôle de Betty Solano. Je sais que vous ne vouliez pas vous enfermer dans un seul rôle et que cela reste un passage ponctuel. Néanmoins, vous avez accepté de revenir. Qu’est-ce qui vous a convaincue de participer à une ultime intrigue, émotionnellement très forte ?
La dernière intrigue était forte en émotions, il y avait de belles choses à défendre et à jouer, notamment le kidnapping d’Aya. Pour un acteur, c’est le genre de séquence qui fait appel à une large palette de jeu, et c’est toujours enrichissant. Là, j’avais la sensation de jouer quelque chose de différent. Les auteurs et les réalisateurs voulaient une intrigue authentique, au niveau des émotions mais aussi sur le plan physique. Pour la scène du toit, par exemple, nous avions des cascadeurs, il y a eu une grosse préparation… C’est ça qui m’a fait revenir aussi, je sentais qu’on allait vers une intrigue vraie, sincère, puissante.
Puis, avec cette nouvelle version, les fans ne savaient pas ce que mon personnage était devenu, donc par respect pour eux, et même pour la production, par reconnaissance envers le personnage de Betty, j’ai accepté de revenir pour une dernière intrigue. Dire au revoir à tout le monde me paraissait important. La production m’a offert une belle porte de sortie avec cette proposition de partir en hôpital psychiatrique. Tant que ce n’est pas dans la vraie vie, ça me convenait (rire).
Je remercierai toujours PBLV pour tout ce qu’ils m’ont appris. Ce fut une école, un apprentissage au-delà de ce qu’on peut espérer : on côtoie tous les corps de métier, on apprend à se déplacer, à prendre la lumière, et la mémorisation des textes car, comme vous le savez, on tourne plusieurs séquences par jour et pas toujours dans l’ordre chronologique. Plein de grands acteurs ont commencé dans des quotidiennes et je trouve ça génial. Ensuite, il faut savoir s’en détacher et voler de ses propres ailes, découvrir d’autres horizons.
En 2023, tu retrouves Abd Al Malik pour la mini-série « 9.3 BB », qui avait été présentée au Festival de la Fiction. Vous y incarnez Charlotte, une des meilleures amies de Leïla, l’héroïne, une jeune fille mal dans sa peau, perdue suite à un accident, et qui porte une grande rancœur envers Leïla. Un rôle difficile, comme celui de Betty, car il va chercher des émotions intimes. De quelle façon vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?
Ce fut deux rôles intenses, oui. Je sais que le rôle de Charlotte a été écrit pour moi, en tout cas, Wallen m’a offert le rôle car je n’ai pas passé de casting. Le scénario m’a touchée car, là aussi, il y avait du jeu, des interprétations multiples à livrer, à aller chercher au fond de soi.
Sur la préparation, nous avons beaucoup travaillé en amont avec Abd Al Malik, Wallen, et tous les acteurs. Des répétitions, des lectures, afin de savoir où nous allions. De mon côté, j’ai regardé des films dans lesquels les héroïnes avaient des choses intenses à jouer émotionnellement.
Cependant, je me laisse emporter par le moment présent. Ce que tu vis à l’instant T, tu ne l’as pas préparé avant et tu ne peux pas préparer ce que tu vas ressentir sur le plateau, en condition de tournage. Je n’arrive pas à fabriquer les émotions, j’ai besoin de les vivre. J’improvise avec ce qui vient. Surtout, je joue avec ce que me donnent mes partenaires, avec ce qu’ils me procurent. L’émotion ne vient pas seule, on joue à deux.
Il y a des scènes absolument bouleversantes dans la série. Une a retenu mon attention : celle d’une confession avec la psychologue. Vous êtes allongée, filmée en gros plan, et une larme perle le long de votre joue. Parlez-nous de ce plan…

J’appréhendais un peu de jouer cette séquence à la lecture, car je ne savais pas comment Abd Al Malik voulait la tourner. Finalement, il m’a laissé faire ce que je souhaitais. D’ailleurs, il ne m’avait pas demandé de pleurer. Le moment et les dialogues m’ont émue, et donc, j’ai pleuré en oubliant que je tournais. Parfois, on dit que le métier d’acteur fabrique du faux, mais je n’y crois pas. Car ce moment avec la psychologue, je l’ai vraiment vécu, j’étais réellement en confidence avec elle. Il faut également savoir que je suis hypersensible, alors, quand ça me touche, que je sens de la sincérité, et une vraie alchimie avec mon ou ma partenaire, je n’ai aucun mal à donner une émotion de manière naturelle.
Je sais que Malik avait été fier de cette séquence. Et moi, c’était mon objectif : le rendre fier, qu’il sente qu’il avait choisi la bonne personne pour ce rôle.
Il est vrai qu’on vous voit souvent dans des rôles assez complexes émotionnellement. Qu’est-ce qui vous plaît à travers ces rôles ?
Ma vie est complexe, je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais je crois profondément que nous n’avons jamais rien sans rien et que si ces rôles me sont attribués, c’est que je suis capable de les assumer, de les porter.
Je suis même honorée qu’on pense à moi pour ce type d’héroïnes, cela veut peut-être dire que j’ai une certaine vérité pour les incarner, et que les réalisateurs la perçoivent. Puis, je suis assez à l’aise dans ces personnages complexes. Ça m’anime aussi.
Vous retrouvez donc Abd Al Malik après « Les Justes ». Quel type de réalisateur est-ce ?
C’est mon père spirituel. Je l’aime énormément. Il m’a toujours soutenue et m’a donné ma chance au début de ma carrière avec la pièce « Les Justes » que vous avez citée. C’est un réalisateur qui sait ce qu’il veut, qui sait où il va, et il porte ses acteurs avec lui. Il est très à l’écoute de ses équipes. Souvent, au cas par cas. Il fait attention à tout le monde, que ce soit le cuisinier, le petit assistant ou le chef opérateur…
Humainement, c’est le même que le réalisateur : un être humain formidable. Techniquement, on sent qu’il a une niche à lui. Qu’il souhaite raconter son histoire à sa façon. Ses cadres, ses plans, la qualité de l’image, etc., ça lui ressemble et ça raconte quelque chose de profond.
« Pour moi, c’est juste un rêve d’avoir la confiance de tous ces gens du milieu »
Vous avez aussi réalisé un court-métrage, « Rendez-vous sur le pont ». Première expérience de réalisatrice. C’était une envie de longue date d’avoir cette casquette supplémentaire ?
Ce court-métrage a été produit par l’acteur Steve Tientcheu. Nous avons réalisé ce court-métrage dans le cadre d’une compétition avec six autres acteurs qui ont réalisé leur propre film, également produit par Steve et son équipe. Nous avions un mois pour l’écrire, 48 heures pour le réaliser, et une journée pour le monter. Le métier de réalisateur est très difficile. Il faut bien se préparer et être sûr de ce qu’on veut raconter, de ce qu’on veut défendre.
On se rend compte, de l’autre côté de la caméra, à quel point le métier d’acteur est dur. Ça m’a mis une claque.
[…] Je ne sais pas si je réaliserai à nouveau. Mais c’était une chouette expérience. Je l’ai envoyé en festival, advienne que pourra.
Pour moi, l’important, c’était de partager un moment fort avec une équipe unie pour monter un projet commun. Maintenant, je me concentre sur le métier d’actrice. Nous verrons plus tard pour une autre réalisation.
Prochainement, vous serez à l’affiche de la nouvelle création de la série CANAL + « Plaine Orientale ». Un petit rôle de Djette. Parlez-nous de ce rôle et du tournage où vous partagez l’écran avec Raphaël Acloque et Rachid Guellaz…
C’est un rôle de petite Djette et d’une musicienne aussi, qui joue du oud. Elle écrit des chansons et chante.
Raphaël a beaucoup travaillé aux États-Unis et, indirectement, à son contact, j’ai appris plein de choses par sa justesse, son sérieux, sa façon d’être, son implication. On sent qu’il veut que tout soit parfait. Et Rachid Guellaz, qui joue mon frère dans la série, est formidable. Nous avons eu des fous rires sur le tournage et, heureusement, nous avons su nous arrêter au bon moment. Le fait de tourner tard dans la nuit n’aide pas, nous avions la bêtise (rire). D’excellents souvenirs. J’ai également partagé une scène avec Adel Bencherif, merveilleux comédien, et j’avais du mal à le regarder dans les yeux.
Le réalisateur Pierre Leccia nous a dirigés avec une intelligence rare. Tous les conseils qu’il m’a donnés ont été d’une grande aide.
Pierre est très concentré sur le jeu des acteurs, c’est peut-être la chose à laquelle il fait le plus attention sur le tournage. Il m’a fait confiance et je l’en remercie. J’espère pouvoir retravailler avec lui car, humainement, c’est une belle personne.
… mais aussi du cinéma !
Vous avez aussi tourné dans deux courts-métrages : « Une année quelconque » de Virgile Texier et « Bac +12 » de Patrick Bossard. Ils ne sont pas encore sortis. Néanmoins, après un petit passage dans Ténor, le cinéma semble enfin vous tendre les bras. Comment le vivez-vous ?
Tourner en Belgique pour « Bac +12 » a été une belle expérience, d’autant qu’il y avait, avec ce rôle, une fois encore, des choses intéressantes à défendre. Le film aborde plusieurs thématiques : le racisme, la difficulté de trouver un travail lorsqu’on est noir… Je joue une caissière. Elle va travailler avec ce jeune homme qui a Bac +12 et à qui l’on propose de tenir le poste d’agent de sécurité. De là naît une histoire d’amour. Un premier rôle principal dont je suis fière. Je ne veux pas jouer les pleureuses, mais il est vrai que venir du 93 et vouloir devenir actrice, c’est un chemin de croix. Il n’y a personne pour t’indiquer la façon d’y parvenir. Pour moi, c’est juste un rêve d’avoir la confiance de tous ces gens du milieu.
« Une année quelconque » est un court-métrage totalement fou, je ne suis toujours pas sûre d’avoir compris le scénario (rire). Le film est un tournage dans un tournage, une mise en abyme. L’histoire est celle d’un réalisateur qui fait croire aux acteurs qu’il tourne un film. Il finit par dire à tous les comédiens qu’il ment, sauf à l’actrice principale… parce qu’il est amoureux d’elle. En réalité, il a écrit ce scénario pour vivre ces moments-là avec l’actrice.
Virgile m’a proposé le rôle dans un bar autour d’un café, il a même gardé mon prénom pour le rôle.
Le cinéma semble désormais vous tendre les bras. Comment le vivez-vous ?
J’ai de plus en plus de propositions pour le cinéma et je suis vraiment contente. J’accueille les scénarios à bras ouverts, mais j’essaie de choisir des rôles qui me plaisent afin d’être épanouie. Et s’il y a des moments plus calmes, je les prends avec plaisir. Ça me permet de lire, de voyager, d’aller à la rencontre des gens.
Outre « Une année quelconque ou « Bac +12 », je ne peux pas encore trop en parler, mais je vais tourner pour une série Netflix cet été. Je tiendrai un des rôles principaux. Enfin, je tourne un autre film en décembre, pour le cinéma. Ce sont de beaux projets.
A lire aussi :
. Mon premier portrait d’Horya Benabet est à retrouver ici.
. Mon interview d’Abl Al Malik et la comédienne Luiza Benaïssa pour « 9.3 BB » est à retrouver ici.

1 commentaire sur “[INTERVIEW] : LES TROIS BELLES ANNÉES D’HORYA BENABET : « Je n’arrive pas à fabriquer les émotions, j’ai besoin de les vivre »”
Les commentaires sont fermés.