Crédits : © Olivier Schmitt
Les Escort Boys de Camargue reviennent pour un second rodéo. Plus de sexe, plus de situations cocasses, mais aussi plus d’enjeux émotionnels et dramatiques composent un récit où, en effet, la comi-tragédie de l’âme humaine se mêle à la beauté envoûtante des corps. Une saison 2 intense, profonde, séduisante dans son approche visuelle et ses aspects narratifs. Un bijou d’écriture et de mise en scène !
Le corps au service de l’environnement
Alors qu’ils pensaient le domaine Belfort sauvé, Ben, Mathias, Ludo et Zack voient leurs espoirs s’effondrer suite à un incident. Une nouvelle fois au pied du mur, ils sont contraints de retrouver le chemin de l’escortisme, au risque cette fois de s’y perdre…
Passé l’effet de surprise et une première saison qui proposait quelque chose de nouveau dans le paysage télévisuel actuel – à savoir un regard inédit sur la masculinité et la sexualité –, le challenge d’une seconde saison paraissait difficile à relever, notamment après le départ des deux scénaristes Marc Sygiras et Yael Lebrati Attuil. Pourtant, l’alliance entre les deux productrices emblématiques de la série (Charlotte Toledano-Detaille et Myriam Gharbi-de-Vasselot), le réalisateur Ruben Alves et l’arrivée du scénariste Louis Pénicaut – à qui l’on doit le magnifique La plus belle pour aller danser – fonctionne parfaitement. Ils insufflent au second acte de cette symphonie camarguaise une exploration sans commune mesure de thèmes de société rarement évoqués à la télévision. Des propositions parfois osées, mais qui font partie de l’ADN d’Escort Boys et nous incitent toujours à réfléchir à notre vision du monde des fantasmes et à cultiver notre ouverture d’esprit. L’intelligence de l’écriture scénaristique y est pour beaucoup dans cette invitation. Avec une touche piquante, touchante et subtile, Louis Pénicaut s’octroie toutes les libertés, impose ses choix avec élégance et donne vie à des représentations de la sexualité originales, qu’on ne voyait jusqu’alors que dans des séries étrangères. Que ce soit la fin de l’épisode 1 et sa séquence d’orgie – au demeurant sublime dans sa réalisation et sa colorimétrie – ou le plan à trois avec Clara Morgane et deux hommes (Guillaume Labbé et Simon Ehrlacher), Louis Pénicaut s’amuse à aller au-delà du concept de la série, peut-être aussi pour placer ses personnages dans des postures qui accentuent leur dramaturgie. Cette euphorie de vouloir dépasser les limites s’exprime d’ailleurs souvent dans les dialogues, comme en témoigne cette réplique de Clara Morgane : « C’est marrant, quand on demande ça à deux femmes, ça pose moins de problèmes. »
Cette seconde saison va aussi plus loin dans le tragique et révèle davantage la vulnérabilité des personnages qui, en pénétrant dans les fantasmes les plus inavouables de leurs clients, finissent par y perdre un bout de leur âme. Le personnage de Ludo, incarné avec autant de douceur que de violence par Thibaut Evrard, en est le parfait exemple. Noyé dans l’addiction au sexe, il est confronté à sa propre décadence, impuissant face à ses démons, tiraillé entre son amour pour une imagination débridée et son amour pour sa femme.

Il y a de la beauté dans la dramaturgie de ces quatre hommes : certains sont confrontés à l’envie de devenir père de famille (Ben/Guillaume Labbé), d’autres à une situation familiale délicate (Mathias/Simon Ehrlacher). Car derrière les corps parfaits de ces héros aux allures de mannequins se cachent des hommes sensibles, à l’humanité attendrissante, qui désarçonnent les clichés. Oui, ces hommes doutent, se trompent, sont capables d’aimer avec pureté, versent des larmes, assument leurs désirs, leurs colères, leurs espoirs. Des éclats de lumière dans une société malade, où la virilité narcissique est un réel danger. C’est toute la splendeur d’Escort Boys : transcender les clivages, apporter une nouvelle définition à la masculinité.

Margot Bancilhon, Josiane Balasko, Thibault de Montalembert, Cristiana Reali, Afida Turner ou encore Clara Morgane complètent un casting de guests extraordinaire, au service d’une narration audacieuse qui emmène l’histoire vers des territoires totalement inédits, à la fois sexuellement et émotionnellement.
Exemple. Avec Zack, le duo Thibault de Montalembert / Cristiana Reali aborde la question de la domination raciale, qu’elle soit d’ordre social ou intime, dans le cadre des fantasmes. Cet arc narratif poussera notamment Zack à s’interroger sur le passé de sa famille et à en découvrir les secrets… jusqu’à un final saisissant.
Si cette seconde saison pousse les curseurs de la sexualité, elle les pousse aussi dans sa représentation de l’amour. Deux nouveaux personnages, Léopoldine Huyghues et Mina Kavani, nous touchent par leurs histoires personnelles, tandis que Josiane Balasko livre un petit rôle émouvant aux côtés de Thibault Evrard. Enfin, Margot Bancilhon forme avec Guillaume Labbé un duo à la fois sexy et bouleversant. Des acteurs et des actrices magnétiques, aux regards électriques, dont la justesse portent l’intrigue dans cette dimension humaine que la série met en avant.
Tout ce beau monde s’enlace et s’entrelace, avec un but commun pour nos escort boys : vendre leurs corps pour sauver un environnement au bord du chaos capitaliste, menacé par l’impitoyable Olga Sakiris (Caterina Murino).
Ruben Alves, chef d’orchestre des corps et des émotions

Le réalisateur Ruben Alves rempile pour mettre en scène la seconde saison d’Escort Boys. Son approche esthétique des corps touche au sublime. Quand le cadre épouse la lumière et le respect de la dignité, cela offre notamment deux plans d’une merveille absolue en contre-plongée (image ci-contre) où la sensualité dessine des corps en état de grâce. Une manière de filmer les corps, les fantasmes, les différences sexuelles et de genre, qui invoque une poésie. Le charme ainsi que la complexité de l’être humain est alors capturé à l’image dans sa forme primale (pour les scènes les plus intenses) ou élégante (pour les séquences d’amour et de tendresse).
Un travail d’orfèvre, mélange de lyrisme et de simplicité. Car on ne surjoue pas l’amour dans la série, elle reste simple, à vérité humaine.
Les émotions des personnages, leurs sentiments intérieurs et leurs dilemmes sont aussi captés par une caméra immersive au cœur de ces intimités. Néanmoins, comme avec les corps, il y a une estime, une pudeur, dans la mise en scène des émotions. La caméra et les optiques ne sont jamais intrusives. On sent une volonté sincère et authentique de respecter ce que ressentent les personnages, une délicatesse dans le mouvement, les gestes et les dialogues qui bouleversent et émeuvent.
Conclusion
Série qui rompt avec plusieurs codes, Escort Boys est surtout importante pour sa vision à l’heure où les masculinistes prennent le pouvoir sur les réseaux sociaux pour embrouiller le cerveau des jeunes hommes en mal d’une véritable éducation. Son ouverture d’esprit, sa franchise, sa façon de parler de l’amour, de mettre en scène le sexe et le corps, la parole donnée aux femmes, et d’aborder certains thèmes sociaux font d’Escort Boys et de cette seconde saison une vraie respiration.
La saison 2 d’Escort Boys sera diffusée le 13 juin prochain sur Prime Video.
Casting : Guillaume Labbé, Simon Ehrlacher, Thibaut Evrard, Corentin Fila, Caterina Murino, Marysole Fertard, Nadia Roz…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – ESCORT BOYS, SAISON 2 : DU SEXE, DE L’AMOUR ET DE NOUVELLES RENCONTRES”
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