[CRITIQUE] – VIDAL : UNITAIRE MÉDICALE QUI SOIGNE PAR L’ÉMOTION

Un nouveau médecin excentrique débarque sur France Télévisions sous les traits du comédien David Kammenos. Réalisé par Bénédicte Delmas (Sous le soleil, Plus belle la vie…), cet unitaire rafraîchissant séduit par son approche humaine et par la spécificité des cas traités. Peut-être les prémices d’une future série médicale originale made in France ?

Synopsis :
Médecin expert auprès des tribunaux, le Dr Victor Vidal a troqué les hôpitaux de la Côte d’Azur pour installer son cabinet… au fond de son jardin, à Nice. Passionné par les énigmes médicales, il est devenu la dernière chance de patients que plus personne ne sait soigner.
Alors qu’il travaille sur deux affaires difficiles – une mère de famille d’accueil dont les symptômes inexplicables menacent son agrément et une Miss à la pilosité envahissante qui accuse son médecin d’être responsable de son état –, sa vie personnelle vacille. Sa femme pose un diagnostic brutal sur leur couple : l’usure. Pris entre le frisson de ses enquêtes médicales et l’urgence de sauver ce qu’il reste de sa famille, Vidal est totalement dépassé. L’arrivée de la pragmatique Haïssa, en réinsertion, obligée d’accepter le poste d’assistante, va bousculer son quotidien. Ensemble, ils forment une alliance improbable qui révèle autant les forces que les vulnérabilités du médecin.
Et si la plus grande énigme de Victor Vidal était finalement… lui-même ?

Un médecin pas comme les autres

Il est loin, le temps des séries médicales mettant en scène des médecins de villes, comme Docteur Sylvestre ou Médecins de nuit (ou, plus récemment, Doc Martin) — des classiques d’antan, rendez-vous immanquables d’une génération, dont les héros incarnaient une proximité humaine, à l’image de Famille d’accueil ou L’Instit.
Avec Vidal, on retrouve cette intimité, ce lien et cette « simplicité » (dans le bon sens du terme) dans une écriture volontairement minimaliste, centrée sur les sentiments humains plutôt que sur le grandiloquent, l’urgence ou la pression du danger. Les auteurs proposent ainsi une histoire qui oscille entre la nostalgie des fictions à l’ancienne, pleines de cœur et d’amour, et une certaine modernité, notamment par le biais d’un héros qui évoque des figures américaines comme Dr House, ainsi que par les thématiques abordées.

La série s’abandonne totalement à cet esprit décalé. Elle l’assume et le transforme en une force, sans jamais oublier sa part d’humanité. Son héros, certes excentrique et bordélique, mais d’une bienveillance et d’une sensibilité rares, émeut. Son histoire personnelle émeut tout autant. Et cette humanité transparaît sur le visage du comédien David Kammenos, dont le regard profond et sincère apporte à Vidal toute sa splendeur dramaturgique, toute sa beauté tragique.
Oui, il y a des similitudes de caractère entre Vidal et le protagoniste joué par Hugh Laurie, et l’on pourra reprocher un manque d’originalité de ce côté-là. Pourtant, l’interprétation de David Kammenos est si incarnée, si puissante émotionnellement, qu’on s’y attache immédiatement.

Un dévouement sans faille pour ses patients, qui met également son couple à mal. Une sous-intrigue amoureuse qui humanise encore davantage le personnage et l’ancre dans des dilemmes intimes particulièrement forts. Car entre ses patients et sa vie amoureuse, Vidal ne parvient pas à lâcher prise : trop généreux, trop empathique pour oublier son envie de sauver des vies. Il ne s’agit pas seulement d’étudier des cas rares, mais d’un désir réel de soigner et de rendre la vie des gens meilleure.

La réalisation de Bénédicte Delmas va d’ailleurs en ce sens. Elle met en avant l’humain, dans sa pureté la plus noble, aussi bien dans ses désillusions que dans ses espoirs. Elle capte la bonté de Vidal grâce à une caméra délicate, franchissant parfois quelques portes de manière intrusive pour tenter de cerner ses douleurs cachées, mais toujours dans l’objectif de le comprendre, de nous le faire aimer.

Quant aux autres personnages de la série, elle leur offre une véritable ampleur scénique, donnant aux comédiens et comédiennes un espace de liberté nécessaire pour pousser au maximum les enjeux dramatiques de leurs rôles. Toute la tension se ressent alors dans la complexité des drames qui les traversent.

Enfin, la dynamique entre Vidal et Haïssa n’est pas sans rappeler celle de Tom Villeneuve et Sigourney dans la série de TF1 Carpe Diem, tant leurs personnages se rapprochent, que ce soit dans le look ou dans l’attitude. Nama Kaïta (Haïssa), jeune comédienne talentueuse et pétillante, dotée d’un sens du jeu précis, méritait peut-être mieux qu’un personnage un peu redondant. Toutefois, il est indéniable qu’elle insuffle un vent de fraîcheur dans ce duo improbable, trouve sa place au côté de ce médecin fantasque jusqu’à lui le faire évoluer (et inversement).

Conclusion

Si Vidal ne révolutionne pas le genre, on y retrouve néanmoins cette âme et ce charme des anciennes séries télévisées, qui lui confèrent de solides atouts pour se transformer en une fiction 6×52 : des personnages attachants, une mise en scène agréable, et une écriture à la fois plaisante et intelligente.

Sur l’aspect médical, les scénaristes ont su proposer des cas audacieux, uniques et ancrés dans l’actualité. On sent qu’un travail de recherche poussé a été mené, ce qui permet non seulement d’éviter les déjà-vus, mais aussi de maintenir le suspense autour de l’origine des « maladies ».

Vidal, le 3 septembre sur France 2.

. À lire aussi :
Conversation artistique avec David Kammenos, ici.

Casting : David Kammenos (Dr Vidal), Nama Keita (Haïssa Diallo), Anne Suarez (Sophie Vidal), Cécile Rebboah (Ludivine Lepage), Stéphane Blancafort (Mathieu Lepage), Leeloo Eyme (Kelly Meunier), Vanessa Valence (Valérie Meunier), Margot Heckmann (Rose Vidal), Marie-Christine Adam (la juge), Côme Levin (Maître Stains)…