[CRITIQUE] – DES VIVANTS : UNE SÉRIE BOULEVERSANTE SUR LES ATTENTATS DU 13 NOVEMBRE

Après Sambre, le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade s’empare d’une autre tragédie : les attentats du 13 novembre 2015. Avec son regard sincère et humain, respectueux des victimes, il raconte le parcours de sept survivants du Bataclan, brisés par la folie des Hommes. Des Vivants retrace leur lente reconstruction, individuelle et collective, pour tenter de renouer avec le goût de la vie… et de la fête.

Synopsis
Marie, Caroline, Sébastien, Arnaud, Grégory, Stéphane et David forment le groupe des autoproclamés « Potages » (contraction de « potes » et « otages »). Le soir du 13 novembre 2015, ils ont fait face aux terroristes pendant plus de deux heures dans un étroit couloir du Bataclan. De leur survie miraculeuse est né un lien unique et indéfectible.

Une plongée intérieure

Depuis les attentats ignobles du 13 novembre, le cinéma et la télévision se sont emparés de cette tragédie pour « documenter » les faits à travers divers points de vues. Certains ont choisi la voie de l’enquête (Novembre, Les Espions de la Terreur), d’autres celle du témoignage et de la mémoire (13 Novembre : Fluctuat nec mergitur), ou encore des récits plus intimes sur les survivants (Revoir Paris, Ce soir-là et les jours d’après). Plus récemment, certaines œuvres ont exploré ses dérives, comme la série d’HBO Max Une amie dévouée, inspirée d’une histoire d’imposture.
Avec Des Vivants, Jean-Xavier de Lestrade embrasse toutes ces dimensions, mais choisit surtout d’en montrer les répercussions intimes : l’impact des attentats sur leur vie personnelle et professionnelle, sur leur psyché et celle de leurs proches. On pense aux enfants du couple Arnaud et Marie dont les répercussions au fil des ans, est intenable. Ou à la petite amie de David, Doris, qui doit affronter l’instabilité de son petit ami. La série montre aussi comment, dans la douleur, une forme d’union, de solidarité et d’amitié s’est forgée entre chacun d’entre eux, leur permettant, peu à peu, de surmonter ensemble ce drame.

Jean-Xavier de Lestrade et son co-auteur Antoine Lacomblez explorent ces traumatismes à travers sept portraits singuliers – car personne ne réagit de la même façon, et aucune histoire ne se ressemble. Sept récits d’humanité, ceux d’hommes et de femmes dont la vie vole en éclats, d’adultes et de jeunes qui avaient des projets, un avenir, et que les attentats ont bouleversés. À mesure que le récit progresse, que les années passent, que la prise d’otages se redessine à l’image comme une reconstitution nécessaire, que nous la revivons avec eux, les personnages avancent, affrontent leurs démons et tentent de se reconstruire, d’entrevoir à nouveau des jours heureux.

Un narratif de l’intime et un combat qui émeut. Cependant, le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade ne verse jamais dans le pathos, le larmoyant, l’émotion facile. Il filme la douleur, les doutes, les angoisses nocturnes et la dépression avec beaucoup de pudeur. Sa caméra n’est ni intrusive ni voyeuriste : elle accompagne, elle effleure, elle caresse les personnages en douceur, sans une once de brutalité. Une immersion subtile. Certes, parfois de façon viscérale, pour capter toute l’intensité de ce déchirement qui ronge leur chair et de cette épreuve, mais toujours dans un respect bienveillant.

Bien entendu, les comédiens et les comédiennes sont d’une justesse époustouflante, transcendant ce récit en une boule d’émotions pures. Il y a une vérité rare dans l’appropriation du vécu des victimes, de leurs sentiments intérieurs, dans chacune de leurs colères ou de leurs larmes.
C’est toujours un exercice d’une grande délicatesse que de se glisser dans la peau d’un survivant, d’une personne ayant vécu un traumatisme aussi dévastateur qu’un attentat ou une prise d’otages. Et pourtant, ces comédiens et comédiennes – venus pour la plupart du cinéma d’auteur, ce qui explique sans doute la force et la sincérité de leur jeu – parviennent à composer une partition bouleversante, qui rend hommage et justice à ceux qu’ils incarnent.

Car la fiction, ici, devient aussi un moyen pour nous – spectateurs, proches ou simples témoins – de mieux comprendre l’immense souffrance, le désespoir persistant, mais aussi le courage qu’il leur a fallu pour continuer à vivre. Et, au-delà du drame, de percevoir la beauté de leur résilience.

Benjamin Lavernhe (Le Sens de la fête, En fanfare…), Alix Poisson (Les Randonneuses), Antoine Reinartz (Roubaix, une lumière, Anatomie d’une chute…), Félix Moati (La Promesse verte, Le Parfum du bonheur…), Anne Steffens (Rien à perdre), Cédric Eeckhout et Thomas Goldberg composent un casting principal d’une justesse rare. Outre leurs performances, c’est la volonté franche et sincère de ne jamais trahir les victimes qui se ressent dans chaque regard, chaque mot.
Si tous sont extraordinaires – et n’ont plus rien à prouver -, un nom surprend agréablement dans cette distribution : celui de Thomas Goldberg. Révélé sur TikTok grâce à ses vidéos où il aborde la dépression, la confiance et l’estime de soi, il signe ici son premier grand rôle à la télévision. Et quel défi ! Le jeune comédien habite son personnage avec une fragilité désarmante et une authenticité lumineuse. Un bel acteur en devenir…

Il faut ici souligner le travail remarquable de recherche, de documentation et d’échanges réalisé en amont, afin de retranscrire non seulement la prise d’otages avec la plus grande fidélité, mais aussi les émotions profondes des rescapés. L’écriture scénaristique se mêle aux interprétations avec une telle fluidité, un tel abandon, qu’on en devient à douter qu’il s’agisse d’une série fictionnelle.

Un autre point de vue

On a souvent tendance à effacer les forces de l’ordre de l’équation du 13 novembre, les reléguant à l’écran au rang de simples figurants. Des Vivants a l’audace, au contraire, de leur offrir la parole – de leur redonner une voix, une humanité. Et cette humanité, justement, se révèle essentielle dans le processus de reconstruction des survivants. On comprend que les mettre en relation directe avec les agents de la BRI leur permet non seulement de retrouver des fragments de mémoire effacés par le stress post-traumatique, mais aussi de mieux saisir comment ils ont été sauvés. C’est dans cette compréhension mutuelle, dans ce dialogue enfin possible, que naît une autre possibilité d’avancer.

D’ailleurs, Jean-Xavier de Lestrade nous confronte frontalement à cette prise d’otages, au sein même de l’un des couloirs où étaient retenus les spectateurs du Bataclan. C’est dur, cru, sans compromis – à l’image des mots du capitaine lorsque le préfet lui demande si l’opération va bien se dérouler : « Il va y avoir des hommes à terre, chez les otages et chez nous certainement. Mais si on peut en sauver quelques-uns… »
Les images qui suivent sont d’une violence inouïe. Parce qu’ici, les otages subissent un assaut aussi brutal qu’inévitable, on mesure la froideur qu’impose ce genre d’intervention : celle de devoir agir vite, sans pouvoir se laisser envahir par l’émotion, de tirer coups de feu et grenades tout en sachant qu’il y a, à quelques mètres, des civils jonchant le sol – encore vivants.

Conclusion

Jean-Xavier de Lestrade délivre une odyssée humaine émouvante, où chaque intention est d’une vérité saissisante « Des vivants » est sûrement la première fiction à avoir cette richesse émotionnelle et être aussi précise dans les sentiments tragiques des victimes. Une réussite !

« Des Vivants » dès le 3 novembre sur France 2.

Casting : Benjamin Lavernhe, Alix Poisson, Antoine Reinartz, Félix Moati, Anne Steffens, Cédric Eeckhout, Thomas Goldberg, Megan Northman, Foëd Amara…

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