Piégée dans ses propres mensonges, déterminée à accompagner les victimes du Bataclan. Qui est Christelle, dont le soi-disant petit ami a été blessé lors de l’attentat du 13 novembre 2015 ? Adaptée du livre « La mythomane du Bataclan » d’Alexandre Kauffmann, elle-même inspirée d’une histoire vraie, « Une amie dévouée » est une des premières productions françaises de la plateforme MAX. Un thriller psychologique d’une haute intensité, où le besoin affectif conduit à des actes abominables. Vrais mensonges, fausse victime, jusqu’où Chris sera-t-elle prête à aller par cette insatiable envie d’être aimée ?
Quand le mensonge devient une folie…
La nuit du 13 novembre 2015, Christelle, alias Chris, est comme le reste du pays sous le choc de cet événement tragique. Elle n’était pas sur les lieux pourtant, elle rentre en contact avec plusieurs victimes, pour les épauler, être une oreille attentive, mais aussi trouver auprès des survivants une compagnie, un objectif de vie. Elle n’a pas d’amis, une mère pour seule parente et un passé un peu chaotique. Pour appuyer son histoire, englober son mensonge de vérité, elle s’invente un petit ami plongé dans le coma, après que celui a été touché par les armes des terroristes. Chris lui rend même visite régulièrement. Tous ensemble, ils créent alors une association d’aide aux victimes des attentats du Bataclan, dont Chris devient rapidement la porte-parole, un élément essentiel de l’organisation. Cependant, à mesure que son influence et ses relations grandissent, des incohérences dans son récit suscitent des soupçons. Qui est vraiment Chris ? Une amie dévouée ou une simple mythomane qui s’amuse ?

Aux manettes de la production MAX, le cinéaste Just Philippot. Un choix audacieux mais pas illogique. Bien qu’il vienne du cinéma de genre, chacune de ses œuvres, que ce soit « La Nuée » ou « Acide », sont parcourues de thèmes intimistes, dont celui de la famille. Et c’est exactement ce qu’est « Une amie dévouée », un récit de l’intime et de la famille. Parce que son « héroïne » n’est pas uniquement atteinte de mythomanie – d’ailleurs, cette mythomanie ne serait d’elle pas liée à un traumatisme ? – elle souffre d’un véritable manque affectif, d’un manque d’amour et de considération tel qu’elle se persuade de son honnêteté.

Ce vide en elle la pousse à mentir, car ce n’est que par le mensonge qu’elle parvient à s’intégrer dans un groupe d’individus, à avoir des amis, à former une famille. Elle semble ne connaître que ce moyen. Dès lors, elle se renferme elle-même dans les tromperies, les manipulations, qui la conduisent inexorablement à commettre des délits atroces, ou pire, à briser la confiance des êtres qui l’entourent et qui l’aiment. En somme, un comportement auto-destructif que la série ne justifie pas tout à fait. Chris est une énigme. Cependant, ne rien connaître de son passé accentue non seulement l’aspect thriller d’« Une amie dévouée » mais également le côté tragique de ce personnage qu’on sent fragile intérieurement.
Le titre de la série va d’ailleurs en ce sens. Chris est une authentique amie dévouée, elle est, chacun sera juge, réellement préoccupée par les angoisses, les crises et les drames des survivants. Si elle s’est intégrée par le mensonge, son écoute et ses sentiments envers eux sont semblent-ils sincères. C’est au cœur de cette complexité émotionnelle que réside toute l’intelligence de la série. Chris est détestable par ses impostures, mais touchante dans les efforts qui se dégagent de ses actions avec les victimes, envers l’association et ses membres.
Just Philippot filme cette histoire et les visages avec beaucoup de tendresse. La proximité de son objectif, notamment sur le visage de Laure Calamy, offre des moments bouleversants où la technique transcende l’interprétation d’une comédienne en état de grâce. Les colères, les larmes, les doutes, les joies sont filmés avec une telle puissance émotionnelle que toute la réalisation s’en trouve instantanément transformée en quelque chose de grand, de pur, d’intense.
Conclusion
Avec « Une amie dévouée », MAX livre une adaptation fascinante d’un récit aussi invraisemblable que dramatique. Laure Calamy survole dans ce rôle de mythomane et fausse victime du Bataclan, accompagnée par un casting exceptionnel de seconds rôles : Annabelle Lengronne, Alexis Manenti, Ava Baya et Arieh Worthaler, dont la profondeur du regard est d’une beauté à couper le souffle. La peine qu’on peut lire dans les yeux du comédien sur certaines séquences est à la fois magnifique et émouvante. Mise en scène par un réalisateur ayant une véritable vision cinématographique de son œuvre, la série met au sein de son récit les émotions plutôt que la superficialité, explorant ainsi l’âme humaine dans toute sa diversité, sa multiplicité.
. Mon interview avec le scénariste Jean-Baptiste Delafon est à retrouver ici.
« Une amie dévouée » le 11 octobre sur MAX.

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – UNE AMIE DEVOUÉE : LAURE CALAMY EST LA MYTHOMANE DU BATACLAN”
Les commentaires sont fermés.