[CRITIQUE] – KYMA, L’ONDE MYSTÉRIEUSE : UN NOUVEL ÉCHO POUR LE FANTASTIQUE FRANÇAIS

Après 37 : l’ombre et la proie, Parasomnia Productions dévoile son second long-métrage de genre avec Kyma, l’onde mystérieuse. Un thriller sonore réalisé par Romain Daudet-Jahan, qui reprend les codes du cinéma fantastique sans toujours éviter ses écueils, mais porté par une générosité et un désir sincère d’offrir au public français une proposition originale.

Un autre regard sur le fantastique

En 2021, Marc Missonnier, producteur chez Moana Films, et Stéphane Huard, président de Sony Pictures Entertainment France, s’associent pour créer Parasomnia Productions avec un objectif clair : produire du cinéma de genre en France et révéler les talents de demain. Un appel à projets est lancé et, en 2024, un premier long-métrage voit le jour : 37 : l’ombre et la proie. Deux ans plus tard, c’est au tour du jeune réalisateur Romain Daudet-Jahan d’entrer en scène avec Kyma, l’onde mystérieuse. Son point de départ est particulièrement fort : un adolescent découvre une créature hors du commun, une onde sonore vivante capable de briser la matière.
Les projets de Parasomnia Productions sont choisis selon un critère simple : proposer un concept unique. Avec son onde sonore, Romain Daudet-Jahan se détache des extraterrestres anthropomorphes du cinéma traditionnel et imagine une entité invisible mais vivante, dotée d’émotions dont les fréquences varient au gré de ses états affectifs. Il livre ainsi un film de science-fiction sensorielle où tout passe par l’ouïe et le ressenti. La véritable singularité de Kyma réside là : dans cette nouvelle approche du fantastique et dans sa capacité à faire vivre une expérience sensorielle inédite au spectateur. Une prise de risque réussie, à une époque où le cinéma tend souvent à tout montrer et à tout expliquer, de peur de laisser le spectateur dans l’incertitude.

Autour de cette onde vont alors graviter trois adolescents : Tony (Jules Lefebvre), passionné par les animaux, qui sera le premier à apprivoiser Kyma, avant d’être rejoint par Zoé (Lucy Loste Berset) et Ousmane (Mamadou Haïdara). Ici, Romain Daudet-Jahan ne parvient pas totalement à s’extraire du cinéma spielbergien et reprend certains clichés qui ont notamment fait le succès d’E.T. : trois adolescents solitaires, confrontés à des problématiques familiales, dont l’existence va être bouleversée par l’apparition d’une force merveilleuse ; des adultes, souvent militarisés, représentés seulement comme des antagonistes cherchant à mettre la main sur cette entité à des fins d’expériences scientifiques ; et un petit village de campagne comme lieu d’action, un environnement propice à ce type de récit.

C’est le principal reproche que l’on peut adresser à Kyma, l’onde mystérieuse : son incapacité à s’affranchir totalement des archétypes dans la caractérisation de ses personnages. Néanmoins, certains choix restent intéressants à défendre, spécialement celui du personnage de Zoé, jeune militante engagée dans la lutte contre les industriels et pour la préservation de l’environnement. Des figures habituellement incarnées par des adultes au cinéma. Lui confier ce rôle à une adolescente s’inscrit ainsi dans les préoccupations actuelles et reflète une jeunesse de plus en plus consciente et engagée.

Ce manque d’épaisseur dans la caractérisation de certains personnages trouve également son origine dans les contraintes de production. Avec des budgets qui ne vont pas au-delà du million d’euros et seulement cinq semaines de tournage, les productions de Parasomnia doivent composer avec des moyens limités : scénario, développement, rythme, vfx… Des contraintes qui, cependant, n’empêchent pas Kyma, l’onde mystérieuse d’avoir une véritable ambition de cinéma.

Une signature authentique

Si Romain Daudet-Jahan livre une expérience sensorielle * puissante avec Kyma, l’onde mystérieuse, sa mise en scène n’est pas en reste. Il y a une véritable délicatesse dans sa manière de filmer ses acteurs, les paysages et, en post-production, de donner vie à Kyma. Aucun effet superflu, aucune démonstration gratuite, aucune américanisation de l’image où le spectaculaire prend le pas sur l’humain. Kyma est, au contraire, une aventure et une histoire profondément humaine. La caméra de Romain Daudet-Jahan accompagne ce regard avec une grande sensibilité et révèle aussi bien ce que l’être humain possède de plus beau que de plus sombre.

Tourné dans l’Aube, Kyma, l’onde mystérieuse bénéficie d’une photographie chaleureuse qui accompagne admirablement le récit et sublime également la composition des cadres. Le directeur de la photographie Thomas Rames épouse pleinement la vision de Romain Daudet-Jahan et met son talent au service des enjeux dramatiques, de l’empathie qui unit les personnages comme de la violence qui les entoure.

* Impossible, enfin, de ne pas saluer le remarquable travail de sound design mené par Pascal Villard (assisté par Mathieu Barbier et Jules Laurin), ainsi que celui de Peyo Jolivet aux effets spéciaux. Ensemble, ils offrent à Kyma une présence organique et viscérale, la faisant presque exister comme un être vivant. Ils lui confèrent ainsi une force émotionnelle inattendue. Et parvenir à nous émouvoir d’une onde invisible, c’est du grand art !

Conclusion

Si Kyma, l’onde mystérieuse n’est pas exempt de quelques défauts, Romain Daudet-Jahan et son équipe livrent une œuvre exaltante qui participe à faire grandir un cinéma de genre encore trop rare en France.
Surtout, le film témoigne d’une envie d’innover, d’expérimenter et de proposer une expérience différente. Et lorsqu’un film transpire autant de sincérité, on ne peut que soutenir une telle démarche.

Kyma, l’onde mystérieuse le 5 août au cinéma. 

Casting : Jules Lefebvre, Lucy Loste Bercet, Mamadou Haïdara, Patrick D’assumçao, Quentin d’Hainaut, Stéphane Guérin-Tillié, Ève Duranceau…