À seulement 22 ans, Armand Foëx et Clément Devilliers signent leur premier long-métrage : Un grand raccourci. Une comédie estivale rafraîchissante qui pose un regard tendre sur la jeunesse d’aujourd’hui, sa vivacité d’esprit et son incroyable capacité à créer pour tenter de s’extraire de sa propre condition.
Synopsis
Quand le restaurant familial menace de fermer, deux cousins bretons relâchent des rats pour s’improviser dératiseurs. Le même été, deux jeunes femmes trafiquent le concours de beauté local pour promouvoir leurs bijoux. Embarqués dans leurs stratagèmes chaotiques, ces quatre débrouillards en quête d’avenir finissent par se percuter.
Un film sous le signe de la débrouillardise
L’histoire d’Un grand raccourci, c’est d’abord celle de ses deux réalisateurs, Armand Foëx et Clément Devilliers, deux passionnés de cinéma. Dès leur plus jeune âge, ils réalisent des courts-métrages avec leurs propres moyens et apprennent, en autodidactes, l’écriture, la mise en scène, le montage ou encore le jeu d’acteur. La débrouillardise devient alors une promesse, un moteur, l’espoir d’aller toujours plus loin et de rêver plus grand. Leurs premiers courts-métrages s’enchaînent et certains sont sélectionnés en festivals, connaissent même le succès (La Cabane). L’aventure prend une nouvelle dimension. Pourtant, rien n’est encore acquis. Ils se lancent dans l’écriture de leur premier long-métrage. Un serment passé depuis l’enfance. Mais financer un film, surtout en France, peut prendre des années, d’autant plus lorsque l’on ne connaît personne dans le milieu. Alors, là aussi, il faut inventer d’autres chemins, oser, provoquer les rencontres, prendre des raccourcis. S’adapter, toujours : tel est leur mot d’ordre. Du financement participatif à la rencontre, au Festival de Cannes, d’un producteur et d’un distributeur après une énième tentative audacieuse, Un grand raccourci finit par voir le jour. Une réussite qui récompense autant leur courage que leur persévérance.

C’est peut-être ce parcours qui a insufflé l’histoire de leurs héros : Grégoire (François Le Bris), Corentin (Jules Porier), Louise (Sara Montpetit) et Alice (Louise Labèque). Quatre jeunes qui se cherchent, tentent de bâtir un avenir dans un environnement doux amer et de trouver leur voie dans une campagne où les opportunités sont rares, où les grandes villes semblent parfois broyer les espoirs de ceux qui restent en marge. C’est notamment le cas de Grégoire et Corentin, qui voient le restaurant familial perdre sa clientèle au profit des plateformes de livraison à domicile. Tout un univers s’effondre devant eux, tandis que le deuil de leur grand-mère vient encore alourdir leur peine. L’un souhaite continuer à se battre, entreprendre des travaux dans le restaurant et lui offrir une seconde vie, conservant ainsi un héritage familial. L’autre imagine déjà un avenir ailleurs.
Dans cette aventure humaine, dans cette confrontation de deux visions du monde, réside toute la beauté du film : deux âmes se percutent, mais jamais dans la haine ou la douleur, toujours dans une forme de bienveillance et de respect mutuel. L’écriture scénaristique joue alors pleinement sa partition mélodramatique, enveloppant les personnages d’une authenticité que l’on retrouve rarement ailleurs. Ici, pas de surjeu, pas d’artifice, pas de faux-semblant : tout semble profondément naturel. Cette sincérité se retrouve également dans la pureté des dialogues, justes et dépouillés de toute superficialité, qui apportent au film une ampleur réaliste et naturaliste, celle que toute œuvre parlant de la vie devrait chercher à atteindre.

En parallèle, Alice tente de convaincre Louise de se présenter à un concours de Miss. Peu sûre d’elle, la jeune femme est l’exact opposé de son amie. Deux autres visages de cette jeunesse, mais toujours animés par la même débrouillardise. Car, pour trouver sa place, il faut parfois ruser.
Introduire des rats chez des particuliers, tricher pour intégrer un concours de Miss, puis tenter d’en apprendre les codes : Armand Foëx et Clément Devilliers imaginent ainsi une succession de situations aussi drôles que touchantes. Sans jamais chercher la vanne à tout prix comme dans une comédie à sketch, ce que le film n’a pas vocation à être, ils laissent naître des instants de complicité et d’intimité qui révèlent peu à peu les aspirations profondes de leurs personnages.
Le destin finit par réunir ces quatre inconnus dans un dernier acte particulièrement réussi, où chacun se dévoile pleinement. Les objectifs des uns se heurtent aux désillusions des autres, tandis que les hypocrisies d’un concours censé récompenser une personnalité mettent en lumière un système davantage fasciné par les apparences que par les êtres. C’est d’ailleurs à travers cette expérience que Louise comprend peu à peu qui elle est réellement et la femme qu’elle souhaite devenir.
Une jeunesse passée à la loupe
Il y a beaucoup de douceur et de sensibilité dans la manière dont Armand Foëx et Clément Devilliers captent l’insouciance et l’énergie de la jeunesse, mais aussi ses peurs, ses fragilités, sa pudeur. C’est cette délicatesse qui donne toute sa puissance émotionnelle au film et nourrit l’attachement que l’on éprouve pour ces personnages, qui ne sont ni des caricatures ni des héros de fiction. Ils sont nous. Ou plutôt, ils sont ce que nous avons été, avec nos excès, nos frustrations, nos ambitions et nos questionnements.
Cette simplicité se retrouve également dans l’image. Armand Foëx et Clément Devilliers donnent aux visages de leurs quatre héros une épaisseur et une ampleur remarquables. Sous leur caméra, chaque regard semble s’ouvrir sur un monde intérieur, comme une invitation à plonger dans les sentiments les plus enfouis des personnages. Le tout est sublimé par la photographie de Loévenn Gautier. Son image arbore un charme léger, spontanée et dynamique, reflet parfait des personnages, et un côté sauvage à cet environnement, à ce petit village de Bretagne splendide, reflet lui d’une ruralité délaissée par les classes politiques et d’un quotidien plus rude qu’il n’y paraît.
Mais rien de tout cela ne serait possible sans les comédiens. Sara Montpetit, Louise Labèque, Jules Porier et François Le Bris sont divins. Ils incarnent cette jeunesse avec une vérité et une justesse bouleversantes, au point de faire oublier qu’ils jouent. Même les grands ne parviennent jamais à atteindre un tel niveau de jeu.
Conclusion
Les réalisateurs bricolent un film. Les personnages bricolent leur avenir. Les uns comme les autres cherchent des raccourcis parce que la voie classique leur est fermée. Un grand raccourci raconte finalement autant l’histoire de ses héros que celle d’Armand Foëx et Clément Devilliers, deux jeunes cinéastes qui, à l’image de leurs personnages, ont refusé le déterminisme social.
Honnête dans leur démarche, ils livrent un film lumineux et résolument optimiste dans une époque où la jeunesse est trop souvent réduite, dans le débat public, à une génération de fainéants ou de désabusés. Leur regard raconte au contraire des vingtenaires qui se battent, essuient les refus, voient leur territoire se fragiliser, mais continuent malgré tout d’avancer. Une vision humaine, vivante et porteuse d’espoir. Assurément l’un des plus beaux films français sur la jeunesse depuis la trilogie de Cédric Klapisch.
Un grand raccourci dès le 12 août au cinéma.
Avec la participation de : Olivier Rabourdin, Eric Frey, Anja Verderosa, Sabrina Seyvecou, Igor Kovalsky et Guillaume Ercker.
