LA FAUTE À ROUSSEAU – SAISON 2 : ENTRETIEN CROISÉ AVEC LUCIE VAGENHEIM ET ANDRÉA FURET

Image : Lucie Vagenheim (à gauche) et Andréa Furet (à droite).
Crédits photos : agencesartistiques.com et allocine.fr

Lucie Vagenheim et Andréa Furet sont les deux nouvelles héroïnes de la seconde saison de La Faute à Rousseau. Elles incarnent brillamment et respectivement les personnages de Morgane et de Léna, deux adolescentes aux problématiques sociétales fortes qui interrogent, interpellent notre rapport à l’Autorité et à la Nature et nous aident à mieux cerner les difficultés auxquelles la jeunesse et les femmes font face au quotidien.

Rencontre avec Lucie Vagenheim et Andréa Furet. Ensemble, elles reviennent sur le tournage de la seconde saison et de leur épisode respectif, où elles défendent chacune une thématique précise.

Synopsis, épisode 2 : Léna se pose de plus en plus de questions. Elle veut commencer à vivre, se blottir dans les bras de quelqu’un. Sentir les caresses d’un garçon sur sa peau. Tout lui confier. Aimer. Et être aimée. Et même si elle aime Gaétan, elle s’efforce de le tenir à distance en attendant d’être une « vraie » femme. A l’aube de ses 18 ans, Léna doit décider si elle est prête à passer le pas et subir l’opération qui lui permettra de devenir physiquement la personne qui lui correspond.

Synopsis, épisode 5 : Morgane vit un rêve : toutes ses années de dur labeur ont enfin payé. Après des milliers d’heures d’entraînement pour devenir pianiste, Niels Martin, chef d’orchestre reconnu, lui propose de jouer quelques morceaux ensemble pour le spectacle anniversaire du lycée. Mais comment ne pas se croire en plein cauchemar, quand Niels Martin se révèle être un harceleur sadique et autoritaire ? Et quand, en répétition, il l’embrasse et a un geste déplacé envers elle, tout s’effondre. Est-elle responsable ? A-t-elle aguiché le chef d’orchestre ? Pas le temps de se poser tant de question, car dénoncer Niels pourrait mettre fin à ses espoirs de rentrer dans une grande école. Et le récital arrive à grands pas…

Lucie, votre personnage est mis en lumière dans l’épisode 5, un épisode particulièrement dur puisqu’on aborde le sujet de l’agression sexuelle. De quelle manière avez-vous travaillé votre rôle et cet épisode ?
Lucie Vagenheim : J’ai préparé mon rôle avec un coach. Étant donné que c’est mon premier rôle, je ne savais pas bien comment aborder le travail du texte, le travail du jeu. J’ai pris le temps de travailler avec quelqu’un qui m’a vraiment rassurée dans la manière de raconter ces épreuves. J’ai aussi écouté beaucoup de témoignages de personnes qui parlaient de pression venant de leur supérieur car il y a une double histoire dans celle de Morgane. Non seulement elle subit une agression sexuelle mais elle subit également la pression de quelqu’un qui lui est supérieur et dont son avenir dépend. J’ai donc beaucoup écouté autour de moi pour rendre compte de cette histoire le plus fidèlement possible. J’ai rencontré Olivier Sitruk, l’interprète du professeur de piano, avant, et nous avons répété ces scènes-là pour qu’elles paraissent réelles sans pour autant que mon corps le vive comme une agression. […] C’était difficile pour nous deux mais il y a eu énormément de communication autour de nous. Mais lorsqu’on joue une agression, il faut se dire que c’est une chorégraphie. Nous étions comme deux danseurs qui jouaient un ballet. C’est une chorégraphie : il pose sa main ici, je réagis comme ça. C’est un enchaînement qui se fait sans violence pour nous.

Il y a une très belle séquence au piano, à la fin de l’épisode 5, qui est une façon originale de répondre à votre agresseur. Vous pouvez nous raconter la manière dont cette scène a été conçue ?

L.V : Avec le compositeur de la série, nous avons décidé de travailler ensemble pour me permettre de prêter des mots à cette chanson que j’ai écrite moi-même. C’était important pour moi de donner mes mots, à mon personnage. C’était la rencontre entre ce que les auteurs avaient imaginé pour mon personnage et moi, Lucie, ce que je pouvais lui apporter. […] Pour composer la chanson, j’avais déjà une base musicale, celle de Nicolas Jorel, le compositeur de la série. Ensuite, ça s’est fait naturellement. Comme je suis chanteuse, j’écris mes propres chansons. Finalement, cette tonalité fait qu’il était évident que ce soit une personne plus jeune qui écrit ces mots.

Image : Lucie Vagenheim au piano
Crédit photo : Instagram – Lucie Vagenheim

Andréa, votre personnage intervient en personnage vedette dans l’épisode 2 et il est lié au thème de la Nature. Vous-mêmes, vous vous êtes posé les mêmes questions que Léna ?
Andréa Furet : J’ai eu un parcours assez différent de Léna, bien qu’on ait commencé notre transition très jeune. J’ai aussi eu la chance d’être mieux entourée que mon personnage. J’ai toujours eu cette détermination dans ma vie et été sûre de mes convictions et de mes choix. J’ai eu moins de doutes et de remises en question que Léna. […] Nous avons quelques points en commun mais je pense que j’ai apporté à mon personnage de la maturité. Je me suis servi de ce que j’ai vécu pour le mettre dans mon personnage tout en l’incarnant pour être au plus juste sur ses doutes et cette remise en question car, à un moment, elle sera vraiment perdue. Elle remet en cause ses choix, son existence et l’envie de réaliser son opération. Je lui ai également apporté cette féminité qu’elle exulte. […] Je tenais à dire que cet épisode 2 était bien écrit. C’est le scénariste du téléfilm Il est elle qui a écrit cet épisode donc, je partais avec quelqu’un qui était assez renseigné sur le sujet. J’ai beaucoup aimé ce personnage, les relations qu’elle entretenait, cette légèreté et cette gentillesse.

Le tournage de ces deux épisodes étaient éprouvants émotionnellement pour vous deux ?
L.V : Oui et non. Il y a déjà l’appréhension mais ce qui était le plus éprouvant, c’était la pression de ne pas réussir à raconter cette histoire de manière juste. Je ne voulais ni faire une caricature de la victime, ni jouer une fausse partition. Éprouvant aussi parce que je devais être pianiste et apprendre à jouer de cet instrument que je connais très mal. Ensuite, non, car avec du travail, une bonne communication et la direction de Anne Pacio, la réalisatrice de cet épisode, c’est fait de façon très naturelle et dans un bon équilibre. C’est une personne très à l’écoute et qui vous met vraiment en confiance.

A.F : Le tournage de Il est elle était beaucoup plus éprouvant. Le tournage de La Faute à Rousseau était pour moi plus « léger ». Même si on aborde avec mon personnage des questions existentielles et de société, tout s’est fait de façon assez légère. J’étais entourée d’une bande de jeunes de mon âge, l’ambiance était simple, je n’étais pas le personnage central et il y avait moins de jours de tournage.

La Faute à Rousseau est une série assez particulière car lorsque votre personnage n’est plus la « vedette » de son propre épisode, vous redevenez figurants ou personnages de soutien, c’était amusant comme exercice de pouvoir alterner les deux ?

L.V : Ce qui est intéressant, c’est que nous sommes à la fois des personnages soutiens au héros de chaque épisode mais ça nous permet de construire un caractère. Tout au long de la série, il y a des personnages types : Morgane est la première de la classe, dans son monde et un peu rigolote, piquante mais gentille. C’est amusant malgré que nous ne soyons pas le personnage principal, de continuer à pouvoir incarner son personnage autrement avant son focus. A.F : C’était assez amusant et puis, le personnage qu’on incarne continue malgré tout d’évoluer lorsqu’on est en soutien. Léna, elle, intervient par exemple dans l’épisode de Gaëtan et leur histoire d’amour se poursuit jusqu’à la fin. En somme, l’intrigue des personnages continue de progresser. On se soutient mutuellement, on s’aide les uns les autres et il n’y pas que des rapports entre élèves et professeurs.

Image : Charlie Dupont (Benjamin Rousseau) et Andréa Furet (Léna).
Crédit photo :
nouveautés-tele.com

Quel est votre rapport à l’autorité ?
L.V : Je suis finalement assez proche de Morgane. J’ai toujours été la première de la classe, à suivre les règles. Je n’étais pas très rebelle pendant mon adolescence. J’ai toujours trouvé une sécurité dans la norme et dans l’autorité. Je ne suis pas une dissidente. Mais je suis portée par la notion de justice. J’ai un haut sens de ça. Il y a d’ailleurs un épisode sur la Justice dans la saison une : ce n’est pas parce que c’est la loi que c’est toujours juste. Dans ma vie, j’ai su faire la différence entre respecter les règles justes et contester celle qui me semblaient injustes. C’est ce qui se passe dans l’épisode de Morgane. Il y a cette figure d’autorité qui vous dit que ça sera ainsi pour entrer au conservatoire et, finalement, il se passe quelque chose qui n’est pas juste. Morgane a cette prise de conscience qu’il ne faut pas laisser faire une personne qui abuse de son autorité.

Quel était votre rapport à la philosophie ?
L.V : En tournant sur la série avec Charlie Dupont, je me suis dit que j’aurais aimé avoir un professeur comme Benjamin Rousseau (rire). La philo, quand vous avez un bon professeur, c’est vraiment bien. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un prof aussi exceptionnel que lui et j’ai adoré « refaire » une terminale avec la série. Néanmoins, j’étais une bonne élève en philo et j’ai beaucoup aimé lire la philosophie, même si je restais plus portée sur la littérature.

A.F : J’ai passé ma terminale en candidat libre. Pour la philo, j’allais donc voir un professeur à domicile à Paris. Cet homme était une bibliothèque. Il avait une telle passion, il savait tellement de choses que c’était très agréable d’apprendre à ses côtés. Grâce à lui, j’avais de bonnes notes (rire) et, on le sait, ce n’est pas la matière la plus facile pour obtenir des notes excellentes. Et il est vrai que cette série m’a permis de redécouvrir la philo. Pour des sujets comme celui de la Nature, la Responsabilité, l’Autorité, je m’étais documentée un peu avant en replongeant dans mes vieux bouquins de philosophie. Ça m’a permis d’en savoir davantage. La série aborde parfaitement ces sujets, je trouve, et les rend facile à comprendre.

Comment avez-vous vécu chacune cette expérience ?
L.V : Je n’aurai pas pu rêver mieux pour une première expérience de tournage que ce soit dans mon rapport avec la réalisatrice, qui a été un soutien exceptionnel, très à l’écoute et a pris le temps d’ échanger avec moi dans les scènes qui étaient difficiles pendant et après l’agression, ou bien tourner avec Charlie Dupont et tous les autres camarades de classe. C’était une expérience incroyable. Ça m’a donné envie de continuer dans cette voie. C’est vrai que pour une première expérience, ce fut intense. Rencontrer Masha, qui est ma doublure main, et devoir apprendre une chorégraphie car j’ai dû faire plusieurs heures de travail, de répétition avec elle pour savoir où je devais mettre mes mains et raconter cette histoire à travers le corps, c’était génial.

A.F : Jouer avec Charlie c’était super. C’est un super mec, un super acteur, et quelqu’un qui nous met rapidement à l’aise. Il fait des blagues tout le temps. Il est très drôle ! Puis, il nous met en confiance dans les scènes difficiles ou les scènes de classe. Je me souviens que ces scènes-ci, en classe, chaque prise n’était jamais la même car il faisait plein de petites impros. D’autant que la philo est une matière complexe, donc c’était chouette d’avoir cette respiration pour la rendre la plus agréable. […] Pour le reste, c’était un super tournage. J’ai tissé des liens d’amitié avec des personnes, fait de belles rencontres. On va se revoir avec certains comédiens. Je suis très contente.

Vous êtes fières de pouvoir, à travers vos personnages, mettre en lumière des valeurs, dénoncer des situations et défendre des héros, des sujets de société aussi forts ?
L.V : Oui, je pense que c’est très important. Les milieux artistiques pour les avoir côtoyés régulièrement, c’est un milieu difficile. Il y a tant de pression et des moments de grandes solitudes que, si une personne est entrain de vivre une situation similaire, et voit à travers le personnage de Morgane une libération, peut-être que cette personne osera aussi franchir le pas.

A.F : C’est déjà chouette qu’une personne trans puisse jouer un personnage trans. C’est très difficile car il y a peu de rôles pour eux et peu de places qui leur sont offertes au cinéma. Donc, si on leur enlève ces paroles-là, qui sont les mieux à même de parler, de défendre, d’incarner ces rôles… Pour ma part, j’ai adoré pouvoir défendre ce personnage comme j’ai défendu celui du téléfilm Il est elle. Donc oui, je suis très fiere d’avoir eu la chance d’interpréter le rôle de Léna dans cette belle série qu’est La Faute à Rousseau. Si la série est populaire, ce n’est pas pour rien. C’est une bouffée d’air frais, de voir un professeur aider ses élèves en difficulté. Puis, de voir ces ados perdus et faire face à des situations que beaucoup de jeunes doivent affronter au quotidien, qui arrivent dans la plupart des cas à s’en sortir, ça fait du bien.

En France, nous avons pour habitude de mettre des gens dans ces cases. Est-ce que vous espérez pouvoir jouer autre chose que des personnages trans ?
A.F : J’aimerais bien essayer autre chose, oui. En parallèle, je suis actuellement dans une école de théâtre et ça me permet de m’exprimer, d’exprimer cette identité de genre que j’ai et, en même temps, la plupart des rôles que j’ai là-bas sont des rôles de femmes cis genre. Je voudrais que le grand public me connaisse davantage que pour des rôles trans mais aussi que des personnes trans puissent jouer des personnages de femmes cis. C’est important.

Retrouvez mon entretien avec le scénariste Thomas Boullé et le comédien Charlie Dupont, ici.

La Faute à Rousseau, saison 2, dès le 18 mai prochain sur France 2.

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