Pour la sortie de la première comédie de Laurence Arné « La Famille Hennedricks », le Festival Sœurs Jumelles a accueilli la réalisatrice, Dany Boon, ainsi que les deux compositeurs Jil et Julien Bensénior pour une avant-première avec le public rochefortais. À cette occasion, Laurence Arné et les musiciens se sont confiés sur leur rapport à la musique et la composition musicale du long-métrage.
Quel est votre rapport avec la musique, en quoi est-elle et est encore importante dans votre vie ?
Laurence Arné : La musique est fondamentale dans ma vie. J’ai toujours fait du piano. À la maison, ce qui nous liait c’était ces moments de partage autour de la musique où, après chaque repas, nous dansions. Ma grand-mère anglaise était une grande pianiste. Elle n’a jamais pu faire carrière car la guerre est arrivée. Mais j’ai des souvenirs d’elle qui composait des musiques et c’était assez puissant. Je suis triste car je n’ai plus les mélodies. Mon autre grand-mère, maternelle, était chanteuse à l’Opéra de Bordeaux. Lorsqu’elle a rencontré son mari, il lui a posé un ultimatum : soit sa carrière, soit sa vie amoureuse. Elle a donc arrêtée. J’ai la sensation aujourd’hui d’être la porte-parole. Je sens une urgence en moi d’avoir cette musique et de créer des projets. Comme je ne suis pas musicienne professionnelle, j’essaie d’injecter tout ce qu’il y a d’artistique dans ma vie de réalisatrice et d’actrice : la musique, la danse, la photographie. La musique me porte à chaque fois dans mes créations, me ramène à moi-même. Puis, la musique ouvre au monde, rassemble et répare.
Jil/Julien Bensénior : Nous avons presque le même schéma familial et ce rapport intime à la musique puisque nous avons évolué dans une famille de musiciens. Nos oncles l’étaient et nous passions beaucoup de temps à les voir jouer pendant des repas interminables (rire). Mon oncle tenait une radio en tant qu’animateur et nous écoutions tout ce qui y passait. Sur place, il y avait des instruments de musique et nous avons commencé ainsi. Il a été notre professeur de musique. Ensuite, nous avons monté un groupe « VO ». À 15 ans, nous jouions dans des bars. Notre mère venait dans les bars pour signer des décharges pour qu’on puisse jouer. Ce qui a soudé notre rencontre professionnelle avec Laurence a été ce rapport familial à la musique.
« Nous avons beaucoup travaillé pour que chaque musique soit incarnée par un des personnages » – Jil/Julien Bensénior
Laurence, est-ce que vous préparez des playlists pour composer un rôle ou réaliser vos films ?
L.A : Ça m’arrive d’écouter de la musique lorsque je suis en composition d’un personnage. Pour l’écriture du film et toute la partie préparation, j’ai beaucoup réécouté « Supertramp ». Les garçons ont composé le score du film un an avant le tournage et ça a été un support important pour le peaufinage et la suite de l’écriture du scénario, qui a eu lieu jusqu’à la veille du tournage. Je revenais au score comme une ligne directive pour toujours revenir à l’aspect comédie/émotion. Le générique (vidéo ci- dessous), lui, a été inspiré de « Give a Little Bit » de « Supertramp » avec les chœurs au début. Sur le plateau, lorsque nous tournions la scène en voiture sur le trajet Ronce-Les-Bains / Saint-Palais, j’ai mis la musique et, sur la première prise, tout le monde était en larmes. Le thème est très puissant.
J.J.B : Nous l’avons composé au piano avec cette inspiration de « Give a Little Bit ». Nous avions parlé aussi de Patrick Watson, de cette ambiance intime et, en même temps, avec une profondeur de son. Nous avons beaucoup travaillé pour que chaque musique soit incarnée par un des personnages. Justine (Laurence Arné), par exemple, c’est la colonne vertébrale de la famille et donc, les chœurs, « Houhou, houhou », va peu à peu agglomérer tous les membres de cette famille recomposée autour d’elle qui sont incarnés par d’autres orchestrations, lesquelles se développent au cours du film.
L.A : Ce « Houhou, houhou » est également l’appel de son enfance. Ce sont les moments où elle tombe dans sa nostalgie, qu’elle regarde trop en arrière.
Leur musique vous a-t-elle inspirée des scènes du film à l’écriture ?
L.A : Leur musique m’a toujours ramenée à l’essence du sujet. Ce qui m’a inspiré des scènes sur le tard, ce sont davantage les repérages. D’ailleurs, je souhaitais venir faire une scène près du Pont Transbordeur et faire un clin d’œil à l’ouverture du film « Les Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy. Ça n’a pas pu se faire car le Cherooky plus la caravane dépassaient de la nacelle.
« Dans la photo, je voulais quelque chose de très organique. Dans la musique aussi » – Laurence Arné
Avec « La Famille Hennedricks », vous réalisez réellement votre première bande-originale pour un film au cinéma…

J.J.B : Ce qui nous a plu, c’était de trouver le thème directeur pour le décliner ensuite tout au long du film et des scènes, les adapter en fonction des émotions et de la tonalité de chaque séquence. C’est ainsi que nous avons abordé le score du film. Comme le disait Laurence, c’est qu’elle a pu utiliser le score sur le tournage, cheville au corps, et ça les a inspirés, donné un fil rouge sur l’émotion. Pour nous, c’était génial de travailler sur un texte, sur une intention constructive et une forme plus abstraite. Lorsqu’on travaille sans l’image, il y a une émotion, une profondeur qui se crée. C’est le principe même de la littérature, de la puissance littéraire, c’est que nous sommes dans l’émotion pure. Ce qui se dégage de ça, c’est un sentiment différent.
Créateur : Photo Julien Panié
Si ça matche avec le réalisateur, je pense que c’est une bonne béquille pour lui. Avoir du temps pour travailler cela en amont, c’est précieux. En outre, ça laisse plus de liberté. Parfois, l’image peut créer une certaine barrière. Ça limite l’imaginaire.
L.A : J’aime l’idée de concevoir des films comme ça. Je trouve que ça se passe moins en comédie. Nous faisons de l’achat de gros tubes pour mettre du rythme mais nous travaillons moins comme Philippe Sardes pouvait le faire avec Claude Sautet. C’était une collaboration entre un scénario mêlé à la musique. Ils écrivaient à deux finalement. Et quand le film manquait de rythme au montage, c’était Sand qui rattrapait ça par la musique.
J.J.B : C’est ce qui fait toute la beauté de ton film, c’est cette intimité, profonde sur les relations familiales.
L.A : Dans la photo, je voulais quelque chose de très organique. Dans la musique aussi. C’était important pour moi d’être dans quelque chose de pur.
De quelle façon avez-vous choisi les morceaux que l’on peut retrouver dans le film : « I Like To Move It », « Scatman » ou encore « Rythm of the Night » ? Et, pourquoi la flûte de Pan pour l’accompagnement principal ?

L.A : Il fallait que ce soit des tubes reconnaissables rapidement, populaires, et aisément jouable à la flûte de pan. […] Pour répondre à la seconde question, je n’aurais pas pu choisir la flûte à bec car, non seulement c’est pour ma part horrible, mais ça me ramène à des traumatismes de collège. De plus, la flûte de Pan est aussi bien utilisée dans des films tels que « Le Grand Blond avec une chaussure noire » par Vladimir Cosma que dans la comédie dramatique telle que « Rain Man ». Elle a cette dualité. Il faut bien savoir l’utiliser parce que c’est un instrument qui peut vite devenir insupportable. Néanmoins, c’est ce qui était intéressant.
Au début du film, Henri (Ferdinand Redouloux) la prend pour embêter tout le monde et, par la suite, cela devient drôle puis émouvant. Par ailleurs, la flûte de Pan rappelle le syndrome de Peter Pan, donc de Justine. La boucle était bouclée.
Interview réalisée au Festival Sœurs Jumelles.
« La Famille Hennedricks », actuellement au cinéma.
La Famille Hennedricks – Main Theme
Synopsis :
Quand son fils Henri menace de partir vivre chez son père, Justine l’embarque de force dans un road trip sur la côte Atlantique avec son nouveau compagnon Ludo et son beau-fils Joseph. Au programme des vacances : unir sa famille recomposée coûte que coûte ! Mais très vite l’aventure déraille et Justine déchante. Pourtant, de ce chaos naît progressivement un groupe de musique, « Les Hennedricks », dans lequel chacun libère sa folie. Cette nouvelle complicité permettra-t-elle à la famille atypique de trouver enfin son harmonie ?
Casting : Dany Boon, Laurence Arné, Ferdinand Redouloux, Jehan Renard, Yannick Choirat, Jeanne Arènes, Oscar Copp, Emilie Arthapignet…

1 commentaire sur “[SŒURS JUMELLES 2024] – LA FAMILLE HENNEDRICKS : ÉCHANGE MUSICAL AVEC LA RÉALISATRICE LAURENCE ARNÉ ET LES COMPOSITEURS JIL ET JULIEN BENSENIOR”
Les commentaires sont fermés.