[CRITIQUE] – SUR UN FIL : EN ÉQUILIBRE AVEC LES ÉMOTIONS

Reda Kateb réalise son premier long-métrage dans le milieu hospitalier. Avec « Sur un fil », influencé par le livre « Le Journal du Docteur Girafe » de Caroline Simonds, le film nous plonge dans l’univers des clowns d’hôpitaux. Un univers où la bêtise et la maladresse assumées des clowns se mêlent à la fragilité de la vie. Un premier film d’une tendresse inouïe et d’une profondeur merveilleuse.

L’initiation d’une jeune femme brisée

Jo’ (Aloïse Sauvage) est une artiste de cirque de rue. Après un accident qui la contraint à stopper sa tournée. Son ami, Gilles (Philippe Rebbot), clown dans un hôpital, l’intègre à l’association « Nez pour rire » qui permet d’offrir un moment d’évasion aux enfants malades mais aussi joie et réconfort. Démarre alors une grande aventure humaine, où Jo’ sera confrontée à la fois à la détresse des enfants et des parents, à leurs rêves et leurs espoirs les plus intimes. Et c’est au creux de cette intimité que Jo’ porte peu à peu un autre regard sur le monde, son propre avenir, trouve sa place véritable ; dans l’intimité de la maladie, des espérances, dans cet univers des clowns si singulier au sein duquel le rire est porteur d’un bien-être insoupçonnable pour elle comme pour les soignants et surtout les enfants.

Au côté du jeune Yacine, avec lequel elle se lie d’amitié, la jeune femme se transforme. Elle libère le clown qui est en elle : Zouzou. De la libellule blessée, elle devient une libellule féerique, libérant une énergie folle qu’elle transmet, de fait, au petit garçon. Une émulation électrique qui parcourt tout le service et permet peut-être de sauver des vies. Car, comme le concède le directeur de l’hôpital, les clowns d’hôpitaux y sont pour beaucoup dans la guérison des ses patients. Personnels soignants, médecins, chirurgiens, clowns, tous œuvrent dans ce but commun. Et c’est que ce prouve « Sur un fil », l’importance de leur présence auprès des enfants et comment le bonheur, le sourire, le rire, l’ivresse de la comédie et de la joie de vivre de ces clowns, aidés par tout un corps médical, percutent ces garçons et ces filles au point de leur insuffler une nouvelle vie.

« L’acrobate on l’admire, le clown on l’aime »

Dans cette narration émouvante, Reda Kateb conjugue la vie dans toute sa beauté, sa résilience et sa réminiscence. Jamais pathos, l’émotion est d’une pureté rare. Le réalisateur privilégie la sincérité du naturel, la justesse des mots au cœur de dialogues simples et une réalisation proche des comédiens et des comédiennes pour retranscrire une vérité que seul le grand cinéma sait procurer. On le doit à Reda Kateb et l’harmonie de sa mise en scène, mais aussi au jeu délicat des acteurs. Aloïse Sauvage campe une acrobate déterminée à devenir clown malgré les réticences de la matrone de l’association « Nez pour rire », Tamara (Elsa Wolliaston), qui est elle-même incroyable. Aloïse à l’exigence des grands, une facilité à transmettre des émotions par un simple regard assez déconcertante, une humilité dans chacun de ses gestes qui émeut.

Et puis, pour accompagner ce portrait de femme, s’ajoute en support des protagonistes extraordinaires : Philippe Rebbot alias « Poireau », son mentor et futur grand-père touchant, Jean-Philippe Buzaud alias Thierry Roger Chips, vrai clown dans la vie. Chez chacun d’entre eux, on sent un travail acharné afin de donner vie à leur clown, que ce soit dans la gestuelle, la façon de s’exprimer et la folie que peut dégager ces amuseurs fantoches. D’ailleurs, si les sketchs des clowns sont aussi enivrants et authentiques, ce n’est pas dû qu’au seul travail, aux stage et aux immersions auprès de professionnels. C’est tout autant par la liberté d’improviser attribuée aux interprètes. Et c’est parce que rien n’est écrit mais spontané et généreux, que le film a cette richesse émotionnelle et ce réalisme confondant.

Conclusion

Avec « Sur un fil », Reda Kateb dessine le portrait d’une femme qui semble avoir tout perdu. Un portrait en image d’un pragmatisme saisissant qui rend, en parallèle, un sublime hommage au clown d’hôpitaux, à ce métier si essentiel, si nécessaire. Un film presque pédagogique, de prévention, entre le documentaire et le cinéma, où chaque instant est touché par la douceur des humains qui animent et illustrent cette tranche de vie. Cependant, le film ne serait rien sans la précision et la sincérité d’une mise en scène soignée, de l’interprétation de ces comédiens et de ces comédiennes, à la musique de Simon Henner. De là vient l’émotion, qui ébranle nos cœurs.
« Sur un fil » est plus qu’un grand film, c’est la quintessence du 7ème art français !

. Mon interview avec le réalisateur Reda Kateb est à retrouver ici.

« Sur un fil », le 30 octobre au cinéma.

Synopsis :
Jo, une jeune femme, artiste de cirque de rue, découvre le travail des clowns professionnels de « Nez pour rire ». Vite – peut-être trop vite – entrée dans l’association, elle se retrouve à l’hôpital au contact des enfants, des malades, des soignants et des familles, à qui ces clowns tentent inlassablement d’apporter de la joie et du réconfort.

Casting : Aloïse Sauvage, Philippe Rebbot, Jean-Philippe Buzaud, Sara Giraudeau, Samir Guesmi, Christine Pignet, Eva Yelmani, Esla Wolliaston, Massil Imine…