Jonathan Zaccaï évoque son aventure sur le tournage de la série « Kabul », où il y incarne l’un des diplomates français présent durant l’évacuation de Kaboul en Afghanistan. Un nouveau rôle fort pour le comédien, qui nous offre une magnifique performance d’acteur.
Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
J’ai passé des essais, à la fois pour l’anglais mais aussi parce que la production n’était pas encore sûre du type d’acteurs qu’elle voulait pour ce rôle. Moi, je me suis vite senti à l’aise avec la psychologie du personnage. Je suis très heureux d’avoir participé à un projet écrit par Olivier Demangel et Thomas Finkielkraut dont j’avais adoré la série « Tapie ». Dès le début, tu sentais une écriture forte avec « Kabul ». Je tiens à remercier la directrice de casting, Mathilde Snodgrass.
En lisant le scénario, qu’avez-vous éprouvé ?
Je me suis rappelé les images du tarmac, où les gens couraient en masse et s’accrochaient même parfois aux avions. Ce sont des images qui me rappelaient celles du 11 septembre où les employés n’étaient alors plus que des petits points tombant des immeubles. On avait de nouveau cette horreur que l’on se prenait en plein visage. En parallèle, j’ai aussi regardé des documentaires et lu des livres sur le déroulé des opérations. C’est déjà un événement historique bien renseigné et témoigné.
En lisant le scénario, je me suis dit que j’avais une grosse responsabilité. Il fallait que je bosse bien afin de rendre hommage le plus sincèrement possible à ce qu’ont vécu ces gens. Pour nous, acteurs, c’est facile, notre vie n’est pas en jeu tandis que le personnage prend des décisions qui peuvent lui coûter la vie. Il y a un vrai danger. Négocier avec des talibans n’est en aucun cas un pacte de confiance. Et, en même temps, mon personnage est à un stade de sa carrière où il a vécu tellement de choses qu’il est prêt pour ça. Et bien que ça sera sûrement la grande mission de sa vie, il est paré au pire, il sait mettre sa peur de côté et avancer. C’est une question d’équilibre de jeu.

[…] Cette scène avec le « chef » des talibans, les négociations avec lui – des scènes qui m’excitaient beaucoup à jouer – je les appréhendais un peu. Savoir comment ça se passerait avec l’acteur, si nous allions parvenir à créer l’intensité nécessaire pour avoir une séquence puissante, etc. D’ailleurs, la première scène que nous avons tournée, c’est celle du convoi, où nous emmenons quelques Afghans vers l’aéroport et que nous nous faisons arrêter par des talibans. Là encore, mon personnage doit négocier. Ce sont des scènes où vous rentrez directement dans la série. C’est brutal. Et il y a constamment ce souci de crédibilité sur ce genre de projet. Il faut être au bon endroit.
Vous avez presque commencé le tournage par la fin…
Oui, c’est la difficulté de notre métier. Nous tournons rarement dans l’ordre chronologique. Cependant, cela peut avoir du bon et être très intéressant. Car vous êtes à un endroit moins prévisible parce que vous ne savez pas comment vous allez jouer le reste. Là, ce n’était pas dérangeant.
Votre personnage est toujours sur un fil, on sent qu’il a envie de sauver le plus de monde possible mais ne se laisse jamais submerger par l’émotion. Il ne peut pas. Votre visage reste neutre mais on sent l’émotion et la colère intérieurement. Comment avez-vous travaillé ce personnage ?
C’est une description très juste. Il est marqué par tout ce qui arrive et il doit garder le contrôle. Mon objectif était le suivant : quoi qu’il ressente, quoi qu’il pense, il doit donner l’impression d’être en contrôle. Toujours avoir un coup d’avance. Même si intérieurement, il est paniqué. Pour des scènes de haute-intensité émotionnelle ou comme celles des négociations, je devais avoir tout ça en tête. Car exposer ses émotions, les dévoiler, ça serait de l’exhibitionnisme devant ces gens qui vivent cette situation catastrophique. La leçon de l’histoire c’est que, bien que ce soit une vraie réussite diplomatique française – ils ont fait tout ce qu’ils ont pu et même mieux – ça reste un échec. Bien qu’il ait sauvé autant de monde que possible, ils n’ont pas pu sauver tout le monde. Ils garderont forcément le souvenir de tous ces gens laissés derrière eux.
Puis, il y a la figuration. Vous aviez des gens qui avaient connu l’exil. Donc, vous êtes confrontés à ces gens qui se souvenaient de leur trauma et revivaient ces moments sur le tournage. C’est bouleversant. Cela vous confronte à une réalité qui va donc au-delà de la fiction. Bien-sûr, on s’en sert aussi pour nourrir son personnage. Et les décors étaient assez propices à être plongés dans cette réalité.
« Ce mélange permet cette générosité à l’écran »
« Kabul » est une série européenne. Vous avez travaillé sous l’œil de deux réalisatrices polonaises Kasia Adamik et Olga Chasdas. Parlez-nous de votre collaboration avec elles…

Pour ma part, j’ai tourné davantage avec Kasia Adamik. Nous avons eu beaucoup de chance de les avoir, elles ont un talent fou. Elles parviennent à mettre en scène des séquences en quelques minutes avec une facilité déconcertante. Puis, elles ont un sens du cadre hallucinant. Je tire mon chapeau aux producteurs de les avoir trouvées et choisies. Surtout, elles vous mettent dans des conditions de travail agréables, jamais stressées dans les scènes plus intenses à réaliser. […] Mon travail avec Kasia relevait plus de petites modulations. Les scènes se sont déroulées assez naturellement car, comme je le disais, elle vous met dans une position confortable. Kasia sait ce qu’elle veut d’un point de vue de la mise en scène.
Le chef op’, Mateusz Wichlacz, est incroyable aussi. Les différentes teintes, entre réalisme et décalage artistique parfois proche du documentaire, sans omettre que c’est une fiction, donne à la série une dimension unique. Il y a un équilibre parfait.
« La langue anglaise est agréable car elle est dans le mouvement »
Vous avez déjà eu des expériences de tournages internationaux. J’imagine que celui-ci a un goût particulier…

Je fais ce métier pour vivre des histoires variées et voir des personnalités différentes. Donc là, c’est vraiment le pied ! Vous n’avez plus l’impression d’appartenir à un seul endroit. Ici, c’est un projet événement qui concerne tous les pays qui ont eux-mêmes participé à l’évacuation de Kabul. Il y a une logique générale. Puis, j’adore tourner en anglais. Il y a tout de suite un côté « personnage ». […] « Kabul » restera une expérience forte. Il y avait un petit truc en plus. Je suis content du résultat. Cette série était un défi immense. C’est un collectif qui s’est réuni pour mener à bien une production sur un événement marquant de notre Histoire. Ce projet, c’est l’arche de Noé : vous avez des Polonais à la réalisation, des Grecs dans l’équipe, presque toutes les nationalités européennes représentées à la technique et à l’image.
Sans oublier des acteurs internationaux (américains, libanais, syriens) de grands talents ainsi que des migrants dans la figuration. C’est ce mélange qui permet cette générosité à l’écran.
Est-ce qu’on arrive à se détacher de la langue et se concentrer sur le jeu, quand on joue dans une autre langue que la sienne ?
Pour être honnête, l’anglais plus châtié que j’avais dans le film « Dowtown Abbey 2 » était plus compliqué à appréhender que le français qui doit simplement parler anglais dans « Kabul ». Je ne fais pas faire d’efforts particuliers. Sur l’apprentissage du texte et du dialogue en anglais, il y a un truc assez marrant de se dire : est-ce que je pense en anglais quand je joue en anglais ou je pense en français ? Il faut donc apprendre le texte beaucoup plus en amont pour donner une sensation de fluidité et de naturel. La langue anglaise est agréable car elle est dans le mouvement, dans l’action. Elle t’aide pour le jeu.
Où avez-vous tourné vos séquences ?
Au début, j’étais perplexe de tourner à Athènes (Grèce). Mais le chef décorateur a passé du temps à Kaboul afin de travailler et restituer les décors tels qu’ils sont là-bas. Le résultat est bluffant. Quand vous voyez le résultat, seul un Afghan serait capable de voir que ce n’est pas l’Afghanistan. Même moi, je suis incapable de dire où ont été tournés les plans extérieurs, dans les montagnes. C’est troublant. Par exemple, dans ce décor d’Abbey Gate à l’Aéroport de Kabul, nous avions l’impression d’y être avec toute cette foule qui tenait leur papier en criant. C’était violent parce que cela faisait vrai.
D’ailleurs, avec Thibault Evrard, nous nous demandions comment nos personnages avaient-ils pu vivre ces moments atroces sous une telle chaleur ? Car les températures d’Athènes sont proches de celles de l’Afghanistan. Il y avait des moments étouffants. À 45- 50°C, ça nous a permis de nous plonger dans cet enfer.
Ma critique de la série est à retrouver ici.
« Kabul », dès le 31 mars sur France 2.
Synopsis :
Kaboul, 15 août 2021. À l’heure du retrait des troupes américaines, les talibans entrent dans Kaboul. La famille Nazany doit se résoudre à quitter le pays, comme de nombreux civils, de peur des représailles. Dans cette situation désespérée et chaotique, sur laquelle plane la menace d’un attentat par l’État islamique, policiers français, diplomates italiens, militaires allemands ou services secrets américains doivent tant bien que mal réussir à se coordonner pour gérer l’afflux de civils. Comment chacun va-t-il réussir à sauver sa vie ? Le compte à rebours est lancé.
Casting : Jonathan Zaccaï (Mister Spade, Le Bureau des légendes), Thibault Evrard (La nuit du 12, Paris Police 1905), Olivier Rabourdin (Benedetta, Guyane), Jeanne Goursaud (Pax Massilia), Ludwig Blochberger (Commissaire Dupin), Gianmarco Saurino (L’estate piu Calda), Valentina Cervi (Medici, Jane Eyre), Vassilis Kukalawi (Kandahar), Shervin Alenabi (Téhéran). Avec Eric Dane (Euphoria, Grey’s anatomy).

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