Photo : Le DL/Christophe Agostinis
Après avoir marqué les téléspectateurs dans la peau du lieutenant Samuel Gayet, Iñaki Lartigue a fait ses adieux à la série Plus belle la vie, encore plus belle. Un départ remarqué, tant par l’intensité de ses dernières intrigues que par l’attachement qu’il avait su créer avec le public. À travers cette interview, le comédien revient sur son expérience, sa préparation pour ce rôle exigeant, les coulisses du tournage, et ce que cette aventure lui a apporté.
Qu’est-ce qui a motivé l’envie de quitter Plus Belle La Vie, Encore Plus Belle, et de quelle façon s’est organisé votre départ ?
C’est sûr que quitter cette aventure, qui a été super pendant deux saisons aux côtés d’une équipe avec laquelle j’ai pris plaisir à tourner, ce n’était pas une décision facile à prendre. Mais ce qui l’a motivée, c’était mon envie d’explorer d’autres manières de travailler, d’autres points de vue, d’autres cultures, d’autres rythmes de travail, de rencontrer d’autres personnages…
Je n’ai pas eu peur d’être enfermé dans une case, ce n’est vraiment pas ce qui a motivé mon départ. D’ailleurs, je pense qu’au contraire, quand on est acteur, il faut rentrer dans une case. Lorsqu’on observe les carrières des acteurs qui ont réussi, on s’aperçoit qu’ils étaient dans une case au début. Chaque acteur a vraiment une case, une niche, un emploi qui lui est propre. Donc ce n’est pas ça qui me faisait peur. C’était vraiment l’envie de découvrir d’autres horizons. Cependant, Plus Belle La Vie reste une chance pour un acteur : on peut y passer par plein d’intrigues, par plein de registres ou de styles de jeu différents. Néanmoins, il y a toujours une même trame, un même personnage, et je ressentais le besoin d’en rencontrer d’autres.
[…] Avec la production, nous nous sommes donnés six mois après que j’ai exprimé ma volonté de partir, afin que les auteurs puissent écrire l’intrigue qui mettrait en scène mon départ. Ils m’ont demandé si je pouvais prolonger d’un mois, parce qu’au niveau du planning, ce serait plus simple pour eux, pour l’écriture. J’ai accepté, pour que la sortie se fasse au mieux et en douceur pour tout le monde : pour la production comme pour moi. J’ai su que mon personnage allait mourir avant même de lire les textes. Ce fut une petite surprise au début, mais j’ai bien compris pourquoi cela avait été écrit ainsi. C’était inattendu, très intéressant d’un point de vue scénaristique, et l’on n’a pas souvent l’occasion de faire mourir un personnage récurrent, policier de surcroît. J’ai toujours fait entièrement confiance à la production, aux équipes d’auteurs et à la chaîne pour trouver les meilleures intrigues, celles qui plairaient le plus aux spectateurs. Alors, même si c’est un peu triste, je pense néanmoins que cette intrigue a pu faire vivre des émotions fortes au public et délivrer un message fort.
Vous quittez aussi une partenaire de jeu avec laquelle vous aviez tissé une belle histoire d’amour, Diane Dassigny. Parlez-nous de votre collaboration.

Diane est l’une des premières comédiennes que j’ai rencontrées. Nous nous sommes très bien entendus, il y a eu un bon feeling, même si nous avons des univers différents, des sensibilités de jeu différentes – ce qui a aussi été accentué par nos personnages, leur caractérisation, leur écriture. Mais on a quand même réussi à se rencontrer, à se retrouver, à trouver un équilibre à développer. C’était toujours un bonheur de tourner avec Diane, qui avait une vraie belle énergie de travail, de l’exigence, de la bonne humeur, de la simplicité… Et c’est comme ça que j’aime travailler : de façon très simple, bienveillante, et en même temps avec de l’exigence et de la passion. Ce fut un bonheur de partager cette histoire avec Diane.
[…] Nous ne savions pas que nos personnages finiraient en couple. Au début du tournage, nous avions peu d’infos sur les intrigues. Nous l’avons appris au bout de quelques mois. Je ne crois pas que tout était prévu à l’avance. Ils testent des choses, lancent des pistes, et voient comment cela fonctionne à l’écran pour ensuite adapter et s’inspirer de nouvelles intrigues.
Vous avez incarné pendant deux ans le lieutenant de police Samuel Gayet, au sein du célèbre commissariat, un lieu emblématique de l’ancienne version. Est-ce que l’intégration au sein d’une équipe d’acteurs qui se connaissaient, prendre sa place, a été simple au départ ?

Ça a été facile grâce à l’accueil, que ce soit celui des fans ou des comédiens du commissariat. Ils ont été très sympas, et ce fut un vrai plaisir d’être accueilli par eux. Nous avons pu avoir des discussions assez intimes avec Stéphane Hénon et Jérôme Bertin, et je les en remercie, sur leur carrière, sur le métier. C’est vrai qu’il y a eu un lien fort s’est créé entre nous, au-delà de nos personnages. Ensuite, par rapport à moi, à mon exigence… Je suis un acteur exigeant, donc c’est forcément un challenge. On se met la barre haute pour trouver notre place, pour que le personnage apporte quelque chose de différent aussi, pour trouver les liens que le personnage peut avoir avec ceux déjà installés.
Ça a donc été mon travail : arriver à prendre une place intéressante, aborder les scènes patiemment, réfléchir aux liens qui unissent mon personnage aux héros de la série, en me disant : « Sur ces points-là, il va être en opposition, sur ceux-là, il va plutôt être dans l’acceptation, en accord avec tel personnage ».
Comment vous étiez-vous préparé pour ce rôle ?
J’avais observé beaucoup de policiers quand j’ai su que j’allais incarner un lieutenant de police. Je me suis mis à regarder tous les policiers que je voyais dans la rue. J’avais quelques connaissances qui travaillaient dans la police, donc j’ai aussi pu leur poser quelques questions : sur leurs habitudes, leur manière de parler, ce qu’ils se disaient, leur façon de se comporter, de mener des interrogatoires, leur attitude dans la rue. J’ai regardé un peu plus de séries policières, écouté des podcasts, pour vraiment m’imprégner de tout. Un travail de fond afin d’être le plus crédible possible en tant que policier. Après, c’était un travail assez classique sur l’analyse des scènes, de mon personnage : qu’est-ce que je pouvais raconter par rapport à ce que me proposaient les auteurs, et comment y injecter ma personnalité dans les scènes qui m’étaient proposées.
« Je remercie encore les auteurs, la production et la chaîne de m’avoir confié des intrigues fortes, qui nous permettent de traverser des émotions extrêmes »
Les deux dernières intrigues de Samuel Gayet ont été émotionnellement intenses. Où êtes-vous allé puiser ces émotions ? Et comment être crédible dans la peau d’un drogué ?
Je ne sais pas tellement. Je pense que c’est tout un travail qu’on fait en amont, en tant que comédien, pour arriver, au moment présent, à ne pas trop réfléchir, mais à être dans une hyper-réception de ce que nous envoie le partenaire, de ce que nous envoie la situation, et d’être dans un état un peu second, en proie instantanément à ce qui nous est proposé – même s’il y a une petite part de nous qui sait que c’est de la fiction et que nous sommes en train de jouer.
C’est ce qui est commun à tous les comédiens : être dans une détente totale, se laisser traverser par les émotions, faire confiance à ce qui se passe sur le moment, entre le partenaire, la scène et nous-mêmes.

Concernant la seconde question, je pense que la crédibilité commence par l’écriture. La moitié du travail de l’acteur vient de là, car ce sont des situations qui, à la base, sont crédibles, documentées. Je sais que les auteurs font un travail colossal pour être très informés sur les sujets qu’ils abordent. Nous, ensuite, notre travail de comédien, c’est de restituer ce qui est écrit. C’est la seconde moitié du travail. D’une part, nous avons beaucoup discuté avec les réalisateurs qui mettaient en scène cette intrigue. Nous avons échangé nos références de films, des anecdotes, etc. Nous avons aussi eu la possibilité de discuter directement avec des personnes ayant été confrontées à ces problèmes d’addiction. Écouter des témoignages de personnes ayant traversé ça m’a aidé.
Tout comme les équipes présentes sur le plateau : les équipes de costumes, de maquillage, de coiffure. C’est aussi cela qui participe à la crédibilité, à la véracité des scènes. Ce sont les maquilleuses et maquilleurs qui vont réussir à restituer une transpiration de manière naturelle, à faire apparaître la fatigue du personnage. Pareil pour une coiffure un peu différente, qui montre un personnage à la dérive. C’est un travail collectif, et cela représente une grande part du résultat que l’on voit à l’écran. Tout n’est pas sur les épaules du comédien.
« J’ai constaté qu’on peut travailler dans une réelle bienveillance, et qu’il est possible d’évoluer dans ce métier de façon apaisée »
Quand on est comédien, pouvoir être sur une quotidienne et incarner différentes situations émotionnelles, jouer des choses aussi difficiles et techniques, c’est du pain béni.
Exactement. Ce sont pour des scènes fortes en émotion que nous faisons ce métier et que nous prenons le plus de plaisir. Lorsque nous découvrons l’écriture de séquences comme celles-ci, ça nous fait très plaisir. Ça nous challenge aussi, parce qu’on doit être à la hauteur de l’ambition de cette écriture.
Je remercie encore les auteurs, la production et la chaîne de m’avoir confié des intrigues fortes, qui nous permettent de traverser des émotions extrêmes.
En tant que comédien, qu’est-ce que l’exercice de la quotidienne vous a appris ?

J’ai appris à être efficace rapidement, à rester exigeant même quand ça va vite, même quand nous avons peu de temps pour nous préparer, et à maintenir cette exigence pour être pleinement présent dans la scène que l’on va jouer. Ça m’a appris à me concentrer rapidement, à pouvoir être à la fois ouvert aux directives et aux sollicitations entre les séquences, tout en restant concentré.
Lorsque nous enchaînons les séquences, nous recevons toujours beaucoup de consignes ou de directions entre les prises. Une concentration optimale est donc essentielle. Et puis, on ne peut pas rester seul dans sa loge à attendre que les choses se mettent en place.
J’ai gagné en souplesse, en adaptabilité aussi, car nous travaillons avec de nombreux réalisateurs très différents, chacun avec sa propre sensibilité. C’est bénéfique pour pouvoir ensuite s’adapter à toutes les sensibilités artistiques.
Récemment, nous vous avons vu dans la série Ça, c’est Paris de Marc Fitoussi. Vous avez apprécié cette expérience ?
C’était une super aventure, avec un réalisateur avec qui je collaborais pour la première fois.
J’avais vu ses précédents films, que j’avais beaucoup appréciés, et c’était un bonheur de travailler avec lui. C’est un homme gentil et passionné. Il aime les comédiens. Lui aussi est exigeant, toujours dans la bienveillance. Donc c’était un bonheur, et puis j’ai eu l’opportunité de travailler avec Salomé Dewaels, une super comédienne avec laquelle j’ai partagé quelques séquences. Des moments très agréables.
L’année prochaine, vous serez dans le prochain film de Gérard Jugnot, Mauvaise Pioche. Avez-vous le droit de nous dire un mot sur votre rôle ?
Le film s’inspire de la fausse arrestation d’un « sosie » de Xavier Dupont de Ligonnès. Il met en scène Serge Martin, paisible retraité, qui est arrêté par erreur, confondu avec l’homme le plus recherché de France, et devient la cible des médias. Il doit alors prouver son innocence et retrouver sa vie. J’y incarne un journaliste cynique qui va se monter en bourrique autour de cette affaire. C’est un petit rôle, j’apparais dans une ou deux séquences. Ce n’est donc pas forcément un rôle moteur. Néanmoins, j’ai adoré participer à ce projet.
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