Igor Gotesman frappe fort avec Young Millionaires, sa nouvelle série coécrite avec Mahault Mollaret (Les Lionnes), Tania Gotesman (Fiasco), Carine Prévot (3615 Monique, Family Business) et Steven Mitz (Le Fil, Classe Moyenne). Le pitch ? Quatre jeunes de 17 ans décrochent le jackpot : 17 millions d’euros au loto. Une aubaine… qui vire rapidement à la malédiction. Car les galères ne tardent pas à pleuvoir. Entre mésaventures, chantages et vies privées en plein chaos, Samia, Léo, David et Jess – unis par une amitié solide – vont devoir redoubler d’ingéniosité pour échapper aux ennuis… et espérer toucher leur pactole. Mais la promesse d’une vie meilleure vaut-elle tous les sacrifices ?
Synopsis :
Vendredi 13 dans le 13, Samia, Léo, David et Jess, amis d’enfance, décrochent le jackpot à la loterie. Mais à 17 ans, impossible d’encaisser le ticket… Premier problème d’une longue série, car toucher le gros lot à cet âge, c’est aussi ouvrir la porte à une avalanche de galères. Parce qu’on n’est pas sérieux quand on a 17 ans… et 17 millions !
C’est les millions, bébé !
Avec Young Millionaires, Igor Gotesman reprend les thèmes qui lui sont chers depuis Five, à savoir ceux de la jeunesse, de l’amitié, de la famille, de la notion de bande et de ce qu’elle implique, dans la vie comme dans le professionnel. Des thèmes presque obsessionnels pour un homme qui aime collaborer avec les mêmes équipes, ou s’entourer de personnes dont il estime le travail, à l’instar d’un Philippe Lacheau. Et c’est peut-être pour ça que leurs productions rencontrent toujours le succès : parce qu’on perçoit à quel point le groupe est une force, parce qu’on sent leur amusement à créer quelque chose ensemble, et parce qu’ils observent le monde à travers le prisme de personnages – loufoques ou non – communs, attachants, qu’ils ne jugent pas, mais qu’ils prennent pour ce qu’ils sont.

Et puis, il y a cette exigence dans l’écriture, pour consolider des récits tragi-comiques et raconter le désespoir de jeunes gens prêts à s’en sortir, parfois broyés par une société violente. Il y a ce point commun chez tous les héros d’Igor Gotesman : dans Fiasco, par exemple, que ce soit les personnages de François Civil, Pierre Niney ou Pascal Demolon, tous partagent ce désir de transcender leur condition dans l’espoir d’une réussite, de changer leur destin, d’aller au bout de leur rêve. Le chemin est rude, semé d’embûches, certains sont si « idiots » qu’ils se piègent eux-mêmes, mais ils ont ce petit truc séduisant, cette accroche émotionnelle à laquelle on se rattache et qui nous emporte.

Si la série a cette touche résolument comique – il y a de vrais morceaux d’humour, incroyablement drôles et inattendus – passé l’épisode 1, le drame prédomine dans cette œuvre conçue avant tout comme un thriller. Mineurs, les protagonistes ne peuvent toucher l’argent et cherchent donc une personne de confiance pour l’encaisser et leur remettre ensuite leur part. Si la comédie repose sur des mésaventures qui s’accumulent au détriment du bon sens, tout se transforme rapidement en cauchemar : la personne choisie pour les transactions bancaires n’est peut-être pas si fiable, un corbeau les traque en leur proposant des jeux macabres, et un duo de dealers aimerait bien sa part du gâteau.
Dans ce grand barnum, notre quatuor va devoir ruser, rester solidaire et composer avec des aléas qui vont toucher à leur intimité. Là, les auteurs conçoivent une histoire à suspense tendue et ingénieuse, au rythme effréné. Aucune longueur scénaristique dans ce format de 8×30 minutes, qui permet à la narration d’enchaîner ces jeux de piste sans temps mort. Un effort appréciable, à l’heure où certains scénaristes comblent les vides avec tout et n’importe quoi, uniquement pour atteindre un format de 52 minutes.
Les Young Comédiens
Pour former ce quatuor, un cocktail rafraîchissant de jeunes acteurs prodigieux et de nouvelles têtes qui feront grandir cette génération à l’avenir prometteur : Abraham Wapler (David), révélation du dernier film de Cédric Klapisch, La Venue de l’Ailleurs, et que les fans de Star Wars ont pu découvrir dans la série Andor (saison 2, épisodes 4-5-6), Malou Khebizi (Samia), magnifique et électrisante dans le film d’Agathe Rédinger Diamant Brut, Calixte Broisin-Doutaz (Léo), qui parcourt le cinéma et la télévision depuis quelques années avec une bonhomie rare, ainsi que Sara Gançarki (Jess), dont il semblerait que ce soit le premier projet. Et elle détonne !
Un casting éclectique, à l’énergie folle, qui déborde d’intelligence émotionnelle dans le jeu, aussi bien pour donner de la force à leurs personnages que pour transmettre des émotions.
Surtout, l’alchimie entre eux est indéniable et envoie ce récit dans une autre dimension : celle de l’humain. L’histoire étant aussi fondée sur des drames personnels, chacun ayant une problématique de vie à affronter, il fallait construire une relation saine et authentique entre les comédiens, et avoir des acteurs capables d’offrir cette humanité. Et ils y parviennent. À l’écran, on ressent cette complicité, cette union dans l’effort. Dans le jeu, une sincérité touchante et bouleversante.
On regrettera cependant que ces drames intimes, qui touchent chacun de ces héros, ne soient pas davantage exploités. Il y a des idées – amusantes ou tragiques – qui n’ont pas de développement à long terme ou sont abandonnées en cours de route, sans réelle logique narrative. Une frustration d’autant plus grande que ces drames ont un impact réel sur leur vie, avec des dilemmes émotionnels parfois très intéressants, que les auteurs oublient souvent dans une intrigue qui, peut-être, veut en faire un peu trop.

Mais la palme revient à Florian Lesieur, que le grand public connaît pour avoir interprété Noé Marci dans la quotidienne Plus Belle la Vie. Il incarne le demi-frère de Léo (Calixte Broisin-Doutaz), élément central de la comédie qu’il porte avec un vrai talent. Toute l’absurdité et les comiques de situation viennent en partie de cette manie qu’il a de s’incruster dans le quatuor au pire moment possible, de sa manière de s’exprimer et de toutes ses réflexions idiotes pour tenter d’aider ses amis à s’extirper de situations complexes.
Malgré sa bêtise, ses maladresses et ses explications alambiquées, il y a chez ce personnage une douceur, une tendresse à laquelle on s’attache. Un côté enfantin dans sa caractérisation et son look (notamment sa coupe de cheveux) qui lui donne un charme attendrissant.
Parce qu’il y a également, derrière cette façade de désastre ambulant, une envie profonde d’aider, d’être aimé.
Conclusion
Young Millionaires s’inscrit dans l’esprit de Five et Family Business : une série audacieuse sur une jeunesse confrontée à l’impensable… être millionnaire. Loin des clichés sur les jeunes issus de la classe populaire – les quelques « caricatures » servent toujours un propos – il est surtout question d’amitié, de confiance, et de la manière dont l’argent attire le meilleur comme le pire.
Dans ce drame où se mêlent comédie et thriller, Igor Gotesman et ses auteurs interrogent notre rapport à l’argent : ce que nous sommes prêts à faire (les jeux au lycée), ou à sacrifier pour rester libres (à travers le jeu du corbeau). L’argent ne serait-il, après tout, qu’une prison dorée où tout n’est que faux-semblant ? Qui est sincère ? Qui ne l’est pas ? Les amis sont-ils toujours honnêtes ? Réponse le 13 août prochain.
Casting : Abraham Wapler, Malou Khebizi, Calixte Broisin-Doutaz, Sara Gançarki, Florian Lesieur, Jeanne Boudier, Allan Mercelli…
