[INTERVIEW] – LES SENTINELLES : ÉCHANGE AVEC LE RÉALISATEUR THIERRY POIRAUD ET LES COMÉDIENS THIBAUT EVRARD ET KACEY MOTTET-KLEIN

Comment adapter une bande-dessinée culte, imaginer des super-soldats en pleine Grande Guerre et donner vie à des héros aussi sombres qu’héroïques ? C’est le défi qu’ont relevé Thierry Poiraud, Thibaut Evrard et Kacey Mottet-Klein avec Les Sentinelles. Rencontre avec un réalisateur passionné et deux comédiens investis, pour qui ce projet a rimé avec dépassement de soi.

« Il nous fallait, avant d’accepter le fantastique, entrer dans la guerre, le concret, la férocité de l’évènement » – Thierry Poiraud, réalisateur

Comment vous êtes-vous emparé du scénario de la série Les Sentinelles pour en composer la direction artistique ?
Thierry Poiraud, réalisateur : Nous avons beaucoup travaillé en amont avec Guillaume Lemans sur le scénario. La BD, vous ne pouvez pas l’adapter directement, que ce soit au niveau des costumes, de l’ambiance ou des dessins. Nous sommes donc repartis sur un ancrage beaucoup plus réaliste. D’autant que les armures existaient déjà en 14-18. Ensuite, nous les avons transformées, toujours avec cette volonté de rester dans le réalisme, même si nous étions dans un univers fantastique.
Quand on parle de super-héros, mes influences sont davantage les Batman de Christopher Nolan ou encore le rapport à la violence dans Logan, que j’avais beaucoup aimé. Je ne considère d’ailleurs pas Logan comme un film de super-héros, mais comme un film adulte, avec une noirceur très réaliste. Nous avons fait énormément de recherches pour que tout soit crédible et pour justifier la part fantastique, notamment sur les aspects liés à la médecine.

Avec Matias Boucard, mon chef opérateur avec qui je collabore depuis longtemps, nous avons réfléchi très tôt à la direction visuelle. Nous n’avions pas envie, comme moi, de refaire un film d’époque classique, avec des éclairages à la bougie, des choses très belles mais déjà vues. Nous voulions une fiction généreuse, avec une lumière généreuse, qui mette en valeur les décors et l’environnement, afin que l’on puisse tout voir. Nous avons donc pris le temps de soigner les éclairages, en inventant même des lumières qui n’existaient pas à l’époque. Par exemple, pour les décors du laboratoire, nous avons intégré des néons inexistants à l’époque, mais qui nous permettaient de modeler l’image à notre façon. Nous avons aussi travaillé par univers, par couleur.

« Ce n’est pas tous les jours que vous avez la chance de porter ce genre de costumes » – Tibhaut Evrard, comédien

Thibaut, Kacey, vous, quelles ont été vos réactions à la lecture du scénario de la série, très ambitieuse pour la télévision ?
Thibaut Evrard : J’avais lu la BD de Xavier Dorisson. À la lecture du scénario, j’avais donc à l’imagerie d’Enrique Breccia, le dessinateur de la bande-dessinée. Forcément, une réaction d’excitation un peu enfantine de jouer un super-soldat, surhumain, shooté au super-sérum. Et puis, l’aspect espionnage dans le scénario que j’ai trouvé très bien tissé.

Kacey Mottet-Klein : Oui, il y a ce mélange des genres, et c’est formidable, pour une série française, d’oser ce procédé « à l’américaine ». C’était une grande excitation pour nous de faire partie de ce projet, avec ce challenge très fort, notamment celui d’être en bonne forme physique. Pour ma part, l’autre défi, puisque c’est ma première série, c’était aussi d’être extrêmement attentif au rythme et à la dynamique. Moi qui viens surtout du cinéma, il a fallu m’adapter à cette autre cadence.

L’introduction de la série se déroule dans les tranchées, avec Louis Peres, amoché, qui tente de s’en sortir. De quelle façon avez-vous réalisé cette première séquence forte ?

T.P : Nous ne devions pas tourner cette séquence pour des raisons financières, mais nous nous sommes battus (par contre la production), pour la réaliser. Finalement, notre directeur de production a trouvé un champ de crosse qui a servi de No Man’s Land. Le terrain était déjà en piteux état, et nous l’avons « décoré » avec des piquets, des accessoires… Et puis, nous avons eu une chance inouïe : nous tournions en juillet, mais durant les trois jours de tournage, il a plu des cordes. Il y avait de la boue partout. C’était très difficile à tourner, mais le rendu à l’image était parfait. À la fin du tournage, l’équipe était en joie surtout les personnes aux VFX qui ont ensuite ajouté les bombardements et les explosions.

Avant cette scène, je l’avais préparée très en amont avec un vrai travail de découpage. Nous avions pensé à un plan-séquence d’ouverture, pour plonger directement le spectateur dans l’atmosphère, mais nos moyens limités nous ont amenés à trouver une autre idée : faire ramper Louis au sol, avec une caméra très basse. Ce genre de contraintes oblige à trouver des astuces, et souvent, les meilleures idées naissent de là. […] Puis, nous ne pouvions pas faire une série sans montrer 14-18. Moi-même en tant que spectateur c’est ce que j’attendrais. Il nous fallait, avant d’accepter le fantastique, entrer dans la guerre, le concret, la férocité de l’évènement.

« Le costume était à la fois notre allié et notre ennemi » – Kacey Mottet-Klein, comédien

Thibautk, Kacey, vous avez suivi un entraînement spécifique pour incarner vos rôles ?

T.E : Nous en avions parlé ensemble dans notre dernière interview : j’avais quelques kilos en trop et, quand j’ai reçu la proposition du rôle de Djibouti, très musculeux, je me suis dit qu’il y aurait du travail (rire). J’ai repris le sport et une bonne nutrition, et j’ai perdu environ huit kilos au début du projet. Avec Kacey et Louis, nous allions dans une salle qui s’appelle Barry’s Bootcamp, à Paris – un vrai truc à l’américaine. On y allait le matin, vers 7h, et on a fait beaucoup de sport pendant toute la période du tournage.

KMK : Sur le tournage, nous avions l’un des plus grands armuriers de France, Maratier. Il nous a donné une formation express au maniement des armes, mais le gros du travail se faisait directement sur place. Après, nous avions déjà, par le passé, reçu ce type de formation pour d’autres projets, donc ça s’est fait assez facilement.

Parlez-nous de la conception des masques que portent Les Sentinelles… (voir concepts arts dessinés fournis par Cédric Peyravrnay)

T.P : Le casque, c’est la première chose sur laquelle nous avons travaillé. Dès que nous avons eu les scénarios, je me suis plongé dessus. Pour moi, dans une série ou un film d’époque, le plus attendu, ce sont les costumes. Nous avons donc fait énormément de recherches. Avec mon frère, nous avons commencé à dessiner des croquis, aidés par Cédric Peyravernay, un illustrateur sublime. Et en dessinant, nous avons eu l’idée d’incorporer le sérum directement dans les casques, avec des petites capsules. Ce n’était pas dans le scénario au départ, mais ça nous a semblé évident. Évidemment, ce n’était pas simple.

On tombait souvent sur des designs qui rappelaient d’autres univers : le masque de Bane dans Batman, le casque de Dark Vador… C’était difficile de s’en détacher. Finalement, nous avons accepté qu’il y ait des ressemblances, presque comme un hommage.
Nous avons aussi différencié chaque casque selon le personnage et son âge. Par exemple, Djibouti, plus ancien dans le groupe, a un casque plus brut, massif, pas très confortable, comme un prototype. À l’inverse, celui de Gabriel est plus sophistiqué, avec un alliage différent et un design plus abouti.
La fabrication a demandé un gros travail. C’est un ferrailleur qui les a sculptés en métal avec de vraies pièces, avant de les mouler pour la suite.

Thibaut, Kacey, quelles sensations procure le port du costume et du casque ?

KMK : On est aveugles (rire) ! On n’a pas une vision à 360°, tout est réduit. Et c’était très inconfortable, d’autant plus que nous tournions l’été. Non seulement le casque était contraignant, mais aussi les habits, en laine et en cuir. Nous avions très chaud. Le costume était à la fois notre allié et notre ennemi. On redoutait chaque fois qu’il fallait l’enfiler, mais en même temps, ça nous permettait vraiment d’incarner nos personnages.

T.E : C’est vrai que la chaleur était étouffante sous les costumes. Mais ensuite, vous vous regardez dans le miroir et vous vous dites : « C’est cool quand même ». Ce n’est pas tous les jours que vous avez la chance de porter ce genre de costumes et d’incarner un tel personnage. Alors malgré les contraintes météorologiques ou de jeu, ça reste jouissif de jouer un super-soldat « en armure ».

Le décor du cabaret est un autre lieux important de la série…
T.P : Là encore, un travail de recherches sur les cabarets de Paris. Il y existait des vrais cabarets de bas-fonds, où nous retrouvions toutes sortes d’individus, des LGBT, des gens venus des ministères, où il y avait du sexe et de la drogue. C’étaient des petits lieux qu’on retrouvait dans le 20e a arrondissement de Paris. J’étais surpris de savoir à quel point c’était déjà des cabarets festifs avec des spectacles comme ceux-là.
Nous nous sommes amusés à filmer ce décor dans des différentes couloirs, à faire exister cet univers afin qu’il puisse avoir sa propre identité visuelle. Nous nous sommes un peu écartés de la réalité, pris quelques libertés notamment sur les costumes, que nous avons voulu un peu plus modernes. Même sur la musique, nous avons mis du rock. Le personnage du baron était pour moi un punk de l’époque.

Propos recueilli au Festival de la Fiction de La Rochelle (format 10 minutes).

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. Ma critique de la série est à retrouver ici.
. Vous pouvez retrouver mon interview carrière avec Thibaut Evrard ici.

Crédits photos : Copyright Caroline Dubois / Federation Studio France / Esprits Frappeurs / CANAL+

Les Sentinelles, dès le 29 septembre sur CANAL +.

Les concepts arts

Synopsis :
Au début de la Première Guerre mondiale, le soldat Gabriel Ferraud, grièvement blessé, est sélectionné pour participer à un programme de recherche ultra-secret de l’armée française qui vise à créer des combattants d’un genre nouveau. Après qu’on lui a inoculé un sérum à l’origine mystérieuse, Gabriel se voit doté de capacités inédites. Désormais plus fort, plus rapide, plus résistant qu’un être humain normal, il intègre une unité d’élite composée de soldats augmentés : les Sentinelles. Mais il est très vite confronté à une réalité terrifiante qui risque de faire basculer le sort de la guerre.

Casting : Louis Peres (Gabriel Ferraud), Thibaut Évrard (Djibouti), Kacey Mottet-Klein (De Clermont), Carl Malapa (Armand), Olivia Ross (Irène Ferraud), Ouassini Embarek (Le Baron), Pauline Étienne (Marthe), Nastya Golubeva (Gisèle), Noam Morgensztern (Mirreau), Vincent Pasdermadjian (Henri), Guillaume Arnault (Louis), Aurore Broutin (Roxane), Jean-Michel Rucheton (Salomon)…

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