[INTERVIEW] : 2024-2025 : L’ANNÉE FOLLE DE YANNICK CHOIRAT : « plus il y a de contraintes techniques sur un plateau, plus ça me stimule »

L’année 2024-2025 aura été particulièrement dense pour Yannick Choirat, entre cinéma (Un Monde violent de Maxime Caperan, La Famille Hendricks de Laurence Arné, Six Jours de Juan Carlos Medina…) et télévision (Homejacking d’Hervé Hadmar, Les Malvenus de Sandrine Veysset, Sentinelles Ukraine, Les Disparus de la Gare de Virginie Sauveur). L’acteur évoque ici sur trois projets marquants de cette période intense : Tout pour Agnès de Vincent Garenq, Sous la Seine de Xavier Gens et Le Robot Sauvage, où il prête sa voix à Escobar, le renard.

Le premier projet que j’aimerais évoquer avec vous, c’est la mini-série Tout pour Agnès. De quelle façon avez-vous abordé un tel rôle ?
Quand Vincent Garanq, le réalisateur, m’a raconté l’histoire, je me suis dit : « encore un homme toxique ! » (rire). Dans le documentaire de Simone Harari Baulieu et Judith Naudet, L’Affaire Agnès Le Roux – qui sont aussi les productrices de Tout pour Agnès – il y avait des extraits d’une interview que le fils de Maurice Agnelet avait réalisée avec son père, au moment où son dernier procès allait avoir lieu. J’ai vu ces extraits, tirés de huit heures de rushes, que j’ai entièrement visionnés. Il n’y évoquait pas directement la mort d’Agnès, mais plutôt les questions d’argent qui se sont nouées entre lui et Madame Le Roux. À travers cela, je percevais déjà le caractère du bonhomme.
J’ai également eu la chance d’échanger avec l’enquêteur, sur sa vision d’Agnelet. Ce ne sont pas des éléments que l’on applique directement au jeu, mais ils infusent en vous. Quand vient le moment de jouer, vous avez alors des souvenirs, des sensations, tout ce que vous avez absorbé inconsciemment. Cela m’a beaucoup aidé à comprendre, disons, la psychologie du personnage. Mais il faut toujours garder une distance critique, car chacun livre sa propre subjectivité. Tout cela m’a permis de composer un mélange, un personnage retors, nuancé, ambigu. Pour un acteur, c’est un vrai bonheur à jouer. Il est horrible, certes, mais il y a une certaine jubilation à montrer la manière dont un homme peut ainsi tendre des pièges.

[…] Concernant la transformation physique, elle s’étale sur plusieurs années dans la série. Dès les premiers essais maquillage, je me suis dit qu’il serait intéressant de travailler sur la notion de masque – car finalement, c’en est un. Nous avons élaboré tout cela avec l’équipe de POP FX (The Substance, Le Comte de Monte-Cristo, Avengers: Infinity War…), et c’était un vrai bonheur de collaborer avec eux. Pierre-Olivier Persin a fait un travail exceptionnel. J’avais environ cinq heures de maquillage chaque matin : j’arrivais à cinq heures au HMC pour commencer à tourner vers dix heures. C’est assez long, mais cela vous permet aussi de prendre votre temps pour vous glisser peu à peu dans le personnage.

« Je ne me pose pas tant la question de la voix que celle du corps »

Vous avez également prêté votre voix au personnage d’Escobar dans l’extraordinaire film d’animation Le Robot Sauvage. Racontez-nous comment vous avez été casté et de quelle manière vous vous êtes préparé à ce doublage.

J’ai été casté par un directeur de plateau que je connais bien et qui fait lui aussi beaucoup de doublage : Jean-Baptiste Anoumon (voix régulière d’Anthony Mackie, Michael B. Jordon, Jamie Foxx…). Il m’a proposé le rôle du renard et j’ai tout de suite adoré ce personnage. Ce qui était vraiment intéressant et assez surprenant, c’est que lorsqu’on a commencé à travailler, il n’y avait pas encore le dessin animé terminé – seulement des croquis. C’est étrange d’essayer d’inventer un personnage qui est lui-même en train de s’inventer. Nous avons fait plusieurs passes comme ça.
[…] Je ne fais pas souvent de doublage, et c’est d’ailleurs ce que Jean-Baptiste me disait : « Tu ne fais pas souvent de doublage, donc tu n’as pas les réflexes d’un comédien de doublage », et il aimait bien ça.

Car eux ont des techniques formidables. Moi, entre deux prises, je proposais des choses très différentes. Nous avons fait plusieurs variations, et il a pu choisir. Ce fut une belle collaboration, où nous avons vraiment cherché ensemble. Jean-Baptiste est un super directeur de plateau.

Vous avez fait de la radio avant cela. Votre voix reste l’un de vos grands outils de travail. Est-ce que vous la travaillez différemment pour chaque rôle ?
On essaie toujours de trouver des petites nuances. Mais c’est marrant, parce que je ne me pose pas tant la question de la voix que celle du corps. Je pense que la voix change avec le corps. Mais effectivement, j’essaie de la modifier, par exemple, comme sur une version plus âgée du personnage de Maurice dans Tout pour Agnès. Là, il faut appuyer quelque chose, mettre du grain pour vieillir la voix. Toutefois, je ne le conscientise pas vraiment, c’est davantage instinctif : ça vient avec le corps. […] Il y a des gens qui m’ont parlé de ma voix. Peut-être que cela vient aussi du théâtre, que je pratique depuis tout jeune.

« J’adore les films de genre quand ils sont bien faits, comme ceux d’Ari Aster »

Vous avez fait une apparition dans le film de Xavier Gens, Sous la Seine. Un petit rôle dans la scène d’ouverture, où vous plongez au milieu de la mer alors qu’un requin rôde. Parlez-nous de cette séquence.

Un bonheur ! Xavier est un ami, et quand il m’a proposé de faire la scène d’ouverture de son prochain film, je n’ai pas hésité une seconde. Ce qui m’a surtout convaincu, c’est que nous allions faire de la plongée. Et j’adore ça ! En lisant le scénario, je ne savais pas comment on allait s’y prendre pour tourner cette scène. Nous avons tourné toutes les séquences en surface, sur le bateau, au large d’Alicante, en Espagne. Les scènes de plongée, elles, ont été tournées dans la piscine de Vilvorde, à Bruxelles, comme celles du Comte de Monte-Cristo et d’Annette. J’ai découvert ce lieu, et c’était magique !
Nous sommes restés quatre ou cinq jours, il me semble, et nous avons réalisé une trentaine de plongées pour tourner cette séquence. Il y a beaucoup d’attente, beaucoup de réglages… Vous avez le chef opérateur qui ajuste sans cesse les cadres. L’eau, c’est quand même un autre élément que l’air : tout bouge, tout fluctue. Et puis, ensuite, il y a bien sûr beaucoup d’effets spéciaux.
[…] Personnellement, plus il y a de contraintes, plus ça m’excite et me stimule. Je fais ce métier pour ça, sinon je m’ennuie. Parce que plus vous avez de contraintes, plus c’est passionnant de jouer, de trouver la solution. C’est un peu comme une équation arithmétique : on cherche la bonne formule pour donner le maximum à la scène et à l’interprétation. Et puis, sur un tournage comme celui-ci, on est comme des gosses !

Xavier Gens fait partie de cette génération de réalisateurs de films de genre. Vous y aviez déjà goûté avec Homejacking. C’est un genre que vous aimeriez continuer à explorer ?
Sur d’autres rôles, si je peux élargir l’éventail, évidemment. Mais il faut qu’il y ait une vraie histoire, un personnage fort, et que cela soulève des questionnements, comme Homejacking le faisait. Cela dit, j’aime tout autant le grand divertissement que propose Sous la Seine, qui, malgré tout, aborde des enjeux d’avenir intéressants. C’est le propre du film de genre : évoquer les maux de la société à travers le fantastique ou la science-fiction.
J’adore les films de genre quand ils sont bien faits, comme ceux d’Ari Aster. Si je peux aller dans cette veine-là, j’y prendrais énormément de plaisir.

Échange réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025, où Yannick Choirat était membre du jury (format 10 minutes).

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