[INTERVIEW] – 3 QUESTIONS À… ANAMARIA VARTOLOMEI : « J’essaie de ne pas trop me projeter et d’accueillir les choses telles qu’elles viennent, au moment où elles se présentent »

Elle choisit ses rôles comme on choisit des fragments de vie. Anamaria Vartolomei, regard incandescent et parole mesurée, aime les personnages qui émeuvent ou questionnent. Du cinéma d’auteur aux fresques populaires, elle explore toutes les nuances de l’humain. Discussion à cœur ouvert avec une comédienne à la fois douce et intrépide.

Vous avez joué dans des genres très différents, du film d’auteur à des productions plus grand public. Qu’est-ce qui vous fait dire oui à un rôle, à un personnage ?
La possibilité de nuancer, d’apporter de la profondeur, de m’investir et de défendre un récit. C’est avant tout une question d’écriture, mais aussi d’entente avec le cinéaste ou la cinéaste avec qui je vais travailler. Il faut qu’il y ait une connexion instinctive, qu’on sente que tout va bien se passer, qu’on se sente regardé, considéré, écouté. C’est primordial. […] Sur un tournage, j’attends d’un cinéaste de la sincérité. Je n’aime pas qu’on essaie de passer par quatre chemins pour me dire quelque chose. Si ça ne va pas, je veux qu’on me le dise directement. J’aime aussi être challengée. J’attends de la personne qui me dirige qu’elle puisse me pousser dans mes retranchements, qu’elle m’ouvre de nouvelles perspectives, qu’elle m’emmène sur des terrains différents, de prise en prise, et qu’elle me permette d’explorer le rôle en profondeur. Bien sûr, c’est toujours agréable, en tant que comédienne, d’avoir un espace de liberté, qu’on me fasse confiance et qu’on me laisse proposer, oser. Mais j’ai surtout besoin d’être nourrie par l’imaginaire et les dialogues de celui ou celle qui me dirige. De fait, les deux vont de pair.

Vous avez d’ailleurs tourné avec des cinéastes aux univers très différents : Tran Anh Hung, Audrey Diwan, Bruno Dumont ou encore Bong Joon-ho dernièrement pour Mickey 17. Qu’est-ce que ces rencontres ont changé dans votre vie ?
C’est vachement enrichissant. Ce sont des gens avec un immense talent. Je pense à Bong Joon-ho, qui est quand même un cinéaste virtuose. Ça a été un privilège énorme de travailler sous sa direction. Et puis, ce sont des regards différents sur le monde, sur la manière d’être regardé, de voir, en fonction aussi de leur milieu social. Ils n’ont pas la même chose à raconter, pas le même vécu, pas la même culture, pas la même sensibilité. Ce sont toujours de nouvelles opportunités de raconter le monde et la vie par un prisme totalement différent à chaque fois.

[…] Je trouve que c’est difficile de tomber sur un projet qui nous convienne, et je mesure la chance d’avoir rencontré ces personnes-là. On a tous des goûts différents, alors il faut vraiment s’écouter. Je pense que c’est aussi une question de bons moments, de bons endroits, d’être en phase avec ce qu’on a envie de raconter à un instant précis. J’essaie de ne pas trop me projeter et d’accueillir les choses telles qu’elles viennent, au moment où elles se présentent. Quand j’ai dit « oui » à Laura Wandel pour L’Intérêt d’Adam, c’est parce que j’avais besoin d’un rôle comme celui-là à ce moment-là dans ma vie. Peut-être que je l’aborderais différemment aujourd’hui. En somme, c’est vraiment une question de timing, d’ouverture, et d’écoute de ce que la personne en face de nous a envie de raconter.

« Que vais-je faire de cet amour que je ne lui ai pas donné? De ces mots que je ne lui ai pas dit ? » – Haydee (Anamaria Vartolomei), Le Comte de Monte-Cristo

L’année dernière vous avez fait sensation dans Le Comte de Monte-Cristo. Comment vous avez vécu cette expérience et par la suite, le succès et l’engouement autour film, notamment autour de votre scène finale avec Pierre Niney, sur le perron de son château, et Vassili Schneider, qui a fait le buzz sur Tik Tok ?

Je crois qu’on ne réalisait pas trop. Je me souviens que, quand le film est sorti, on s’envoyait des messages groupés. On avait créé une conversation, et on suivait un peu les entrées. Dès que ça franchissait le million, ça paraissait tellement absurde ! Encore maintenant, je ne réalise pas vraiment le succès du film. En même temps, je suis tellement heureuse quand les gens m’en parlent. J’ai le sentiment que c’est un film qui a réuni les familles. C’est le genre d’œuvre que l’on peut regarder pendant les fêtes, à Noël, par exemple : « On regarde quoi ? Et si on se faisait Le Comte de Monte-Cristo ? » Il y a quelque chose de très fédérateur. C’est extrêmement rare de faire un film qui rassemble autant et plusieurs générations. C’est un vrai luxe.

Sur le tournage, c’était joyeux, enjoué, presque festif. On était tous comme des enfants, au milieu de ces décors immenses et de ces costumes d’époque. J’ai vraiment eu l’impression que Mathieu et Alexandre [de La Patellière et Delaporte] s’étaient entourés de gens qui avaient le plaisir du jeu, de la création, et qui s’amusaient sincèrement à raconter cette histoire. Et puis, c’était un récit tellement jouissif – entre trahisons, masques sociaux et noirceur – qui rappelait par moments Les Liaisons dangereuses. Nous avions tous hâte de défendre ce grand récit de vengeance. C’était presque théâtral. On n’a pas souvent l’occasion, en France, de jouer des personnages comme ça.

Concernant la scène finale, je me souviens qu’il faisait très chaud. On tournait en plein été, pendant la canicule, et c’était difficile, parce qu’on était tous épuisés par la chaleur. C’était une scène assez exigeante pour nous trois : il fallait trouver le ton juste. Car ce qui est dit dans cette séquence est très beau. Mathieu et Alexandre sont de grands scénaristes : les dialogues étaient tellement bien écrits qu’on avait simplement du plaisir à dire les mots. Mais c’est une scène dure, parce qu’on doit y transmettre des émotions très pures – la tension dramatique, la tristesse, le désarroi, puis le soulagement. Oui, il fallait trouver la bonne intention. Néanmoins, on était très bien dirigés.
Quant au succès de cette séquence, je ne me pose pas trop la question, je l’avoue. Une fois que le film est terminé, je laisse le public s’approprier les scènes. Cependant, je suis heureuse que cela ait plu. Et si ça plaît, c’est que c’est réussi. Du moins, c’est bien accueilli – et ça, c’est déjà enthousiasmant.

Interview réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025 (format 10 minutes).

Pour aller plus loin

– Mon entretien avec le chef décorateur du film Le Comte de Monte-Cristo à retrouver ici.

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Anamaria Vartolomei sera l’héroïne de la série Merteuil, dès le 14 novembre sur HBO MAX.

Synopsis
Pour être l’héroïne de sa propre vie, elle va briser celle des autres. Orpheline sans fortune, la jeune Isabelle de Merteuil se laisse piéger par les fausses promesses du vicomte de Valmont. Ivre de vengeance, elle se lance dans une vertigineuse ascension, défiant les hommes et leur pouvoir, depuis les bas-fonds libertins jusqu’à la cour de Louis XV. Au bout de sa lutte, un choix déchirant l’attend, entre amour et liberté.

Casting : Diane Kruger, Vincent Lacoste, Noée Abita, Lucas Bravo, Julien de Saint-Jean, Fantine Harduin, Samuel Kircher, Sandrine Blancke…