La comédienne Joséphine Japy signe un premier film bouleversant. Adaptée de son histoire personnelle, Qui brille au combat, suit la vie d’une petite famille dont un des enfants est atteint d’un handicap lourd : une odyssée humaine, criante de vérité, et une plongée intime au sein d’un quotidien oscillant entre rire et crise de larmes.
Dessiner l’avenir ensemble…
Comment entrevoir une vie de couple, une vie de femme, une vie d’adolescente, et une entrée dans l’âge adulte lorsque l’un de nos proches est atteint d’un handicap ? C’est la question que pose Joséphine Japy dans son premier long-métrage, Qui brille au combat, à travers deux portraits de femmes extraordinaires : Madeleine, mère de famille incarnée par Mélanie Laurent, et sa deuxième fille, Marion, interprétée par Angélina Woreth. Deux parcours éclairés par la présence de Bertille – merveilleuse Sarah Pachoud – au centre d’une narration qui confronte le spectateur à la joie et à la souffrance d’une famille à l’équilibre fragile.

Madeleine doit affronter seule – son mari, Gilles (Pierre-Yves Cardinal), étant souvent en déplacement – l’imprévisibilité des attitudes de sa fille. Dévouée corps et âme, elle porte à bout de bras une famille pas comme les autres, s’efforçant de rendre précieux chaque instant. Dans cette abnégation, elle s’oublie, interroge son couple, car les instants à deux se font rares.
Joséphine Japy et Oliver Torres, co-auteur du film, visent juste : ils caractérisent si finement ce visage maternel qu’on en ressent autant la joie d’être mère que l’épuisement physique et mental.

De son côté, Marion tente d’exister, de s’amuser. Elle se demande si elle connaîtra un jour la même vie que sa mère, si elle saura un jour porter une telle altruisme, tandis que ses envies de jeune femme prennent peu à peu le dessus. Une forme de douce autodestruction l’habite, la poussant vers l’évasion et la prise de risque. Cela se manifeste lorsqu’elle rencontre Thomas, de plusieurs années son aîné, avec qui elle entame une relation amoureuse. Une relation toxique : Thomas se révèle vite dominateur et narcissique. Mais cet attachement révèle un manque peut-être inconscient : celui d’une figure paternelle trop peu présente.
Tout cela compose une dramaturgie puissante, écrite d’une plume soutenue et poétique.
Néanmoins, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, Joséphine Japy ne verse jamais dans un pathos accablant. Qui brille au combat est un film lumineux et positif. L’image colorée et vivante appuie ce sentiment, tout comme les séquences de repas en famille, les balades, les gestes d’affection. C’est un film où règne une chaleur humaine profonde, porté par la conviction intime que tout est plus grand que soi.
Sur la réalisation et la mise en scène, Joséphine Japy, accompagnée de son directeur de la photographie, Romain Carcanade, opte pour l’authenticité : des cadres resserrés sur les visages, au plus près des acteurs, et des plans capables de saisir toute la dimension humaine des personnages, dans ce qu’elle a de plus beau comme de plus tragique. Le choix des optiques, lui, met l’accent sur les regards et permet une véritable immersion au cœur de l’intime et des sensations vécues par les héroïnes. Plonger dans les yeux de ses trois femmes renforce d’ailleurs l’humanité de l’histoire.
Il faut dire que Romain Carcanade sait apporter, à travers sa vision photographique, une immensité d’âme aux personnages des films sur lesquels il travaille, et les envelopper d’un voile de douceur, de compassion et de cette complexité propre à l’humain. Du soleil dans mes yeux, Félicità ou encore La Nuée portent la même intensité que Qui brille au combat : une fureur de vivre, une fureur d’espoir.
Elles brillent…

La performance de Sarah Pachoud, dans le rôle de Bertille, est au-delà du sublime. Elle atteint une vérité que peu d’acteurs parviennent à toucher dans ce type de rôle : que ce soit dans sa façon de se déplacer, dans sa gestuelle – le travail sur le corps et les mains est impressionnant – ou dans l’expression des crises, donc de la voix. Sarah Pachoud ne joue pas : elle est. Profondément.
Encore une fois, le fait que Joséphine Japy connaisse intimement ce vécu, cette manière d’être, offre aussi cette justesse remarquable au jeu de la jeune comédienne. Ce faisant, le personnage de Bertille nous émeut, nous entraîne dans son univers, fait d’innocence, d’une existence magnifique qui lui est propre, et de douleurs parfois insoutenables, qui nous tord le ventre.

Mélanie Laurent (Respire, Tempête, Inglourious Basterds…) et Angélina Woreth (Les Rascals, Les enfants après eux…) complètent ce trio.
Mélanie Laurent n’a plus rien à prouver, et pourtant elle continue d’émouvoir avec une simplicité désarmante. Dans la peau d’une mère aimante, protectrice, parfois dépassée par le handicap de sa fille, elle irradie. Ses sourires et ses larmes sont d’une splendeur à couper le souffle et divinement attrapée par la caméra de Joséphine Japy.
Quant à Angélina Woreth, elle dégage une énergie folle, une tendresse brute – conflictuelle de temps à autre puisque son personnage l’exige -, défend son rôle avec une grandeur redoutable et une émotion rare.
Elle appartient sans aucun doute, au même titre que Sarah Pachoud, à cette nouvelle génération d’acteurs et d’actrices qui ouvrent de nouvelles voies au cinéma français, lui donne un souffle inédit, une direction renouvelée.
Conclusion
Que le cinéma français est beau lorsqu’il s’empare de sujets comme celui avec intelligence, rigueur et sensibilité. Joséphine Japy délivre un film poignant, viscéral, mais porteur d’un message plein d’espoir. Une bouffée d’air frais dans un océan de vagues pourtant tumultueux !
S’il y a bien un film à ne pas manquer en cette fin d’année, c’est bien Qui brille au combat.
Qui brille au combat, le 31 décembre au cinéma.
. Mon interview avec la réalisatrice Joséphine Japy est à retrouver ici.
Synopsis
Qui brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Les parents, Madeleine et Gilles, la sœur aînée, Marion. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité de sa cadette a rendu trop vite adulte ?
Casting : Mélanie Laurent, Angelina Woreth, Sarah Pachoud, Pierre-Yves Cardinal, Anne Loiret, Juliette Gasquet, Félix Kysyl, Birane Ba, Maxence Tua…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – QUI BRILLE AU COMBAT : LE BONHEUR NAÎT-IL DANS LA DOULEUR ?”
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