Le réalisateur Akim Isker revient avec une nouvelle série, L’Affaire Laura Stern. Un drame sur les violences faites aux femmes, où la vengeance d’une pharmacienne envers les hommes devient peu à peu un piège qui se referme sur elle. Prisonnière d’un désir insatiable de sauver des femmes battues ou sous emprise, elle agit lorsque la justice se révèle impuissante.
Une série qui met en lumière les défaillances de notre société et interroge notre propre moralité. Bouleversant.
Synopsis
Laura, pharmacienne et mère de famille, a fondé une association d’aide aux femmes victimes de violences, Femmes Debout. Un jour, elle assiste, impuissante, au meurtre d’une de ses membres. Profondément traumatisée par ce féminicide et révoltée par l’inaction de la police et de la justice, elle décide de répondre à la violence des hommes par la violence pour protéger celles qui l’entourent.
Laura Stern, symbole héroïque ou syndrôme de notre impuissance ?
Il est de ces fictions nécessaires mais dures à regarder. L’Affaire Laura Stern est de celles-là, d’une sauvagerie inouïe, qui vous tord les tripes et laisse une empreinte durable, dont on se remet difficilement. Pourtant, c’est en montrant la vérité, en la confrontant frontalement à notre regard, que l’on peut espérer évoluer et faire bouger les lignes.
Écrite par Frédéric Krivine, créateur de Un village français, et l’actrice Marie Kremer, la série se déploie en quatre épisodes, articulés autour d’un fil rouge centré sur le personnage Camille, incarné par Pauline Parigot, une femme vivant sous l’emprise psychologique de son mari. Le récit progresse jusqu’à l’arrestation de Laura Stern (épisode 3), puis son procès (épisode 4).

On suit ainsi Laura Stern, simple pharmacienne et présidente d’une association d’aide aux femmes victimes de violences, qui, par une succession de circonstances tragiques, devient peu à peu une figure vengeresse. Ou comment, dans un climat oppressant où les échecs s’enchaînent, un basculement moral s’opère. La série montre cette évolution avec intelligence et nuance : de l’assassinat d’une membre de l’association, à la tentative de protection d’une autre femme, interprétée par Rym Foglia, qui tourne mal – puisqu’elle tue accidentellement le compagnon de cette dernière – jusqu’à la commission de ses propres crimes. Sans oublier, l’impact sur sa vie amoureuse et parentale bouleversé par ses décisions.
Droits d’auteur : ©Raoul Gilibert – FTV – tetramedia
Entre le doute, l’hésitation face à la raison et l’effondrement progressif de la morale, les auteurs font de L’Affaire Laura Stern bien plus qu’un simple thriller : une véritable analyse du parcours des victimes face aux institutions, de la solitude des associations dans l’accompagnement des femmes battues, et des conséquences profondes des féminicides sur les individus et la société tout entière.

Enfin, la série pose une question essentielle : lorsque l’État ne se saisit pas ardemment d’un problème, lorsque la police et la justice se révèlent impuissantes ou inefficaces face à des enjeux sociétaux majeurs, faut-il alors se faire justice soi-même ? Peut-on se venger et punir les criminels par ses propres moyens ? Un dilemme vertigineux, bien plus complexe qu’il n’y paraît, dans un monde où le danger pour les femmes est omniprésent, notamment au sein même du cercle familial. Pour autant, la série ne prend jamais véritablement parti – ce n’est d’ailleurs pas le rôle de la fiction ou du cinéma. Leur mission est de s’emparer d’un sujet et d’en soulever les problématiques, ici du manque de considération et de protection envers les femmes, souvent laissées à l’abandon.
La série montre comment le désespoir peut conduire à des actes désespérés. En interrogeant frontalement la notion de vengeance, la série invite à une prise de conscience collective : comment éviter d’en arriver à de telles extrémités ? Et surtout, comment éduquer les hommes pour briser ce cycle de violence et de frustration émotionnelle qui les pousse, inexorablement, vers la domination et la brutalité ?
En réalité, Laura Stern, si elle devient un symbole malgré elle, est le reflet de notre incapacité à nous remettre en question en tant que société et en tant qu’homme : nous l’avons créé. De fait, peut-on réellement la condamner ? Question épineuse, qui suscite une profonde réflexion sur ces sujets-là.
À travers ce récit, Frédéric Krivine et l’actrice Marie Kremer touchent du doigt la dimension tragique des dilemmes moraux qu’ils mettent en scène. Ils nous confrontent alors à notre propre conscience/moralité : que ferions-nous, nous, dans une telle situation ?
Pour donner vie à Laura Stern, une actrice que l’on n’attendait pas forcément dans ce registre : Valérie Bonneton. Révélée au grand public dans la série comique Fais pas ci, fais pas ça, la comédienne porte ce rôle complexe avec une justesse remarquable. Elle incarne à la fois l’impuissance face à certains drames et la force exceptionnelle nécessaire pour en affronter d’autres de plein fouet. Le doute qui l’habite, le stress lié à ses actes, la colère, puis l’acceptation : toutes ces étapes émotionnelles, toutes ces nuances, s’inscrivent sur le visage de Valérie Bonneton, dont le jeu enveloppe le récit d’un voile dramatique beau et terrifiant en même temps.
À ses côtés, Pauline Parigot et Yannick Renier, comme l’ensemble du casting, impressionnent par leur justesse et contribuent pleinement à la puissance émotionnelle de la série.
L’image comme arme éducative

La démarche du réalisateur Akim Isker s’inscrit avant tout dans une sincérité profonde. Chacun de ses projets est porté par l’authenticité et l’humanité, et L’Affaire Laura Stern ne fait pas exception. Sa sensibilité d’homme, son courage et son engagement transparaissent aussi bien dans le récit que dans sa mise en scène : sa caméra se pose sur les visages en détresse de ces femmes méprisées, rabaissées, battues, mais aussi au cœur de leur intimité – une intimité brisée, qu’il filme avec une pudeur resplendissante. Il ne cherche pas à choquer ; il cherche la vérité.
Akim Isker propose ainsi une plongée intimiste, âpre et douloureusement froide dans leur quotidien, s’emparant de cette réalité pour la faire exister à l’écran. Sans caricature ni fioriture, avec toute la violence que cela implique, il nous oblige, lui aussi, à réfléchir. Oui, la série est dure, elle broie de l’intérieur. Mais c’est précisément ce parti pris qui peut permettre – puissions-nous l’espérer – une prise de conscience, une libération, et peut-être même sauver des vies.

La mise en scène frontale d’Akim Isker donne lieu à des confrontations verbales d’une très haute intensité : qu’il s’agisse des échanges entre Camille (Pauline Parigot) et son mari Jean-Marie (Yannick Rennier), qui exposent de façon glaçante les violences psychologiques et la manière dont les mots peuvent devenir un poison insidieux, ou encore de la confrontation entre Laura Stern et Jean-Marie, tout aussi révélatrice du comportement toxique d’un pervers narcissique. Cette dernière séquence compte parmi les plus belles de la série : elle marque non seulement un véritable tournant pour le personnage de Laura Stern, mais apporte également ce qu’il faut de suspense pour maintenir le spectateur dans une tension puissante et constante.
Conclusion
L’Affaire Laura Stern est bien plus qu’une série : c’est un miroir brutal de notre réalité, presque un documentaire d’utilité publique. Son écriture, d’une redoutable efficacité, nous plonge dans une violence viscérale, qui écoeure autant qu’elle nous soulève le cœur. Cependant, cette violence reste dérisoire face à ce que subissent les femmes au quotidien. Ce quotidien, justement, Akim Isker et son équipe le mettent en lumière avec une frontalité nécessaire, pour nous amener à changer nos comportements, à prendre enfin ce problème à bras-le-corps, pour que plus jamais les violences physiques et psychologiques faites aux femmes ne soient tolérées, minimisées ou ignorées.
L’Affaire Laura Stern le 22 janvier sur HBO Max et le 19 février sur France Télévisions.
Casting : Valérine Bonneton, Pauline Parigot, Yannick Renier, Samir Guesmi, Pascal Rénéric, Rym Foglia, Catherine Ame, Lucienne Dellile…
