Initialement prévue pour Paramount+, l’adaptation du roman Le Signal, de Maxime Chattam, débarque dès le 29 janvier sur la chaîne Novo19.
Une histoire de fantômes et de maison hantée, menée tambour battant par les réalisateurs Slimane-Baptiste Berhoun et Karim Ouaret, au cœur d’un récit glaçant, parfois d’une grande violence. Âmes sensibles, s’abstenir !
Synopsis
En emménageant sur la petite île bretonne de Kernolé, la famille Dormeuil espère prendre un nouveau départ. Olivia, journaliste à succès, est enceinte de son deuxième enfant. Elle a mis sa carrière sur pause pour mener à bien cette grossesse et son mari Paul a trouvé un poste de médecin sur l’île. En revanche, leur fille Camille traîne les pieds. En froid avec sa mère à qui elle reproche d’avoir toujours privilégié sa carrière, l’ado inventive et passionnée de science ne trouve qu’un intérêt à ce déménagement : les puissantes perturbations électromagnétiques présentes sur l’île lui permettront peut-être de prouver sa grande théorie. Camille pense en effet qu’il y a un lien entre les ondes et l’au-delà…
Le fantôme de Kérolé se réveille, fuyez pauvres fous !
Les auteurs François Uzan (On sourit pour la photo, Lupin…), Maya Haffar (En Thérapie, Malditos…) et Delphine Agut (L’Histoire de Souleymane, Nos vies en l’air…) adoptent parfaitement les codes de l’horreur : île isolée, maison hantée, famille endeuillée et/ou marquée par des traumatismes, personnages secondaires ambigus ou intrigants, récit mêlant paranormal et science. Avec tous ces ingrédients, ils ne trahissent jamais le spectateur. Le Signal est une véritable fiction horrifique, terrifiante et inattendue, où le passé se mêle habilement au présent.
On y suit la famille Dormeuil qui, après le décès de leur nouveau-né, cherche à prendre un nouveau départ. Dès lors, les scénaristes posent l’un des premiers enjeux forts de la série : le deuil. Car toute l’histoire repose sur cette thématique, qu’il s’agisse de la famille Dormeuil ou du fantôme lui-même. Les vérités sont enfouies et doivent éclater. La tristesse empêche d’avancer, les rancœurs mènent à la rupture ou, pour le fantôme, à la vengeance. Ce lien qui les unit devient alors la clé d’une enquête complexe, que les scénaristes mènent d’une main de fer. Ils trouvent un équilibre serein entre les différents arcs narratifs, en abordant des thématiques qui font appel à l’émotionnel plutôt qu’au spectaculaire – même si la série regorge de scènes marquantes -, ainsi qu’entre les personnages, tout en injectant un rythme maîtrisé, une tension constante et des joutes verbales intenses. Oui, Le Signal est une histoire de fantôme dans toute la grandeur de sa tragédie, que nous livrent François Uzan, Maya Haffar et Delphine Agut, qui ne lésinent pas sur les moyens – à l’image de la réalisation – pour nous immerger, intimement et presque physiquement, dans cette narration trouble.

On pourra regretter que la série n’approfondisse pas davantage le folklore de l’île de Kérolé, ni qu’elle n’aille fouiller davantage les aspects liés à la sorcellerie et au fantastique, tant cet environnement se révèle riche, à la fois beau et oppressant. Néanmoins, Le Signal compense largement par des moments très effrayants, des situations tendues et des morts en pagaille. D’ailleurs, sur ce dernier point, la série surprend. Elle ose tuer aussi bien des personnages principaux que secondaires. Cette sensation que personne n’est à l’abri est particulièrement appréciable, là où de nombreux films et séries choisissent de préserver presque tout le monde, amoindrissant l’impact sur le spectateur.

Ce parti pris permet non seulement de ressentir pleinement le danger et la menace que représente le fantôme de l’île de Kérolé, mais aussi une peur constante – chacune de ses apparitions étant synonyme de mort – renforçant ainsi l’implication et la vigilance du spectateur à chaque instant.
On pourra également regretter que certains personnages secondaires manquent d’un développement plus approfondi, ce qui peut s’avérer frustrant lorsqu’un casting de cette qualité crève l’écran. On pense notamment à Annabelle Lengronne, formidable comédienne, dont le personnage possède une vraie portée dramatique que la série n’explore pas suffisamment, surtout dans ses traumatismes passés.
Toutefois – et c’est là toute la force des grands acteurs – Annabelle Lengronne parvient à insuffler assez d’émotions pour faire exister la profondeur de son drame : la culpabilité qu’elle garde enfouie en elle et le désir de trouver une forme de rédemption à travers cette nouvelle enquête.
En parlant des acteurs, Sarah Pachoud (Camille Dormeuil) continue d’impressionner. À l’affiche du premier long métrage de Joséphine Japy, Qui brille au combat, dans lequel elle incarne avec une justesse saisissante une jeune femme handicapée, la comédienne éblouit ici encore par son naturel désarmant et par la simplicité avec laquelle elle passe d’une émotion à une autre.
Autour d’elle, Grégory Montel (Paul Dormeuil) et Clotilde Hesme (Olivia Dormeuil) livrent des partitions magnifiques en incarnant des parents torturés par la mort de l’un de leurs enfants, rongés par la douleur du deuil. Deux acteurs confirmés, brillants, qui font basculer la série dans une autre dimension par l’authenticité de leur jeu.
Enfin, difficile de ne pas saluer les jeunes Keziah Yssembourg Da Cunha De Olivieira, dans le rôle de Nassim, et Leina Djema (Désenchantée) dans celui de Lina. Deux révélations sublimes, qui complètent ce trio avec Sarah Pachoud. Ensemble, ils forment une bande intrépide charmante, dont on s’attache très rapidement.
Faire naître le surnaturel
Slimane-Baptiste Berhoun et Karim Ouaret se partagent la réalisation des épisodes – les trois premiers pour le premier, les trois derniers pour le second – sans que cela ne perturbe en rien la qualité visuelle de la série. Au contraire, une belle continuité émane de l’ensemble, allant même jusqu’à révéler une complémentarité dans leur approche. En effet, on perçoit chez eux un amour sincère pour le genre – auquel Slimane-Baptiste Berhoun a déjà goûté avec Vortex -, pour le polar sombre, et dans l’importance accordée aux personnages, une sensibilité qui transpire à l’écran. Le soin apporté à la mise en scène des protagonistes, cette volonté de les filmer au plus près, dans leur humanité, par des plans intimistes, renforce la dimension émotionnelle fondamentale de Le Signal. Car la série est avant tout une histoire humaine.

Ils réussissent à inoculer une véritable âme au petit château dans lequel emménagent les Dormeuil. D’abord par l’atmosphère, grâce à un travail précis sur les optiques et la photographie – porté par l’excellent directeur de la photographie Benjamin Louet (Irrésistible, Syndrome E). La série adopte des couleurs froides et ternes, ainsi que des cadres et des champs qui dégagent une sensation malsaine et étouffante. Dès les premières images, l’intérieur du château est chargé d’un poids écrasant, autant pour les personnages que pour nous, spectateurs.
Puis, par la mise en scène, le château semble littéralement prendre vie. À travers la caméra, on en perçoit les respirations, les supplications, le désespoir qui se mue parfois en haine.

Le lieu devient alors un personnage à part entière : inconfortable pour ses habitants, mais surtout moteur narratif, puisqu’il recèle secrets et mystères. C’est en mettant au jour le passé sombre qui l’entoure que l’intrigue pourra trouver sa résolution.
Côté VFX, le travail de Franck Dubois et Daniel Weimer (Furies, Young Millionnaires, Vortex…) mérite d’être salué. Ils donnent corps aux éléments surnaturels et au fantôme à travers une esthétique soignée, permettant de faire ressentir, par l’image, la gêne, l’angoisse et la peur. Grandiose !
Conclusion
Petit bijou horrifique, Le Signal est tout ce que l’on peut attendre d’une série de ce genre : haletante, surprenante, et portée par de puissants enjeux émotionnels. L’écriture et la réalisation, optimisées par une direction artistique homérique, se conjuguent dans un éblouissant récit d’horreur, où le deuil devient le point de départ d’un signal révélateur, intime et universel. L’horreur a toujours été un genre qui questionne notre rapport au monde et les relations humaines, Le Signal le prouve encore.
Portée par des comédiens et des comédiennes investis dans une histoire en laquelle ils croient sincèrement, Le Signal s’impose comme une production léchée et ambitieuse. Une série qui rappelle, avec force, que la France sait aussi produire des fictions d’horreur de haute volée.
Le Signal dès le 29 janvier sur Novo19.
Casting : Grégory Montel, Sarah Pachoud, Clotilde Hesmé, Annabelle Lengronne, Leina Djema, Keziah Yssembourg Da Cunha De Olivieira, Riad Ghami…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – LE SIGNAL : UNE SÉRIE QUI CAPTE L’ESSENCE DES HISTOIRES DE FANTÔME”
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