[INTERVIEW] : JULIE SASSOUST, LA RÉVÉLATION DE LA NOUVELLE SÉRIE TF1 LE DIPLÔME : « J’étais une enfant, puis une adolescente, qui taisait beaucoup ses émotions »

Comédienne sensible et engagée, Julie Sassoust est l’une des nouvelles héroïnes de la prochaine fiction de TF1, Le Diplôme. Dans le rôle de Jen, une jeune femme marquée par le harcèlement scolaire, elle éblouit par sa justesse d’interprétation et sa capacité à transmettre des émotions intenses. À l’occasion de la diffusion, le 12 janvier, de la série créée par Fanny Riedberger, Julie Sassoust revient sur ses débuts précoces au théâtre, son arrivée sur le petit écran et le rôle sublime de Jen.

Vous avez commencé le théâtre à l’âge de 12 ans. D’où est née cette passion pour le théâtre, surtout si jeune ?
Pendant très longtemps, je ne me rappelais plus exactement d’où c’était venu. J’avais le souvenir que mes parents, en tout cas ma famille, me disaient : « Ah, mais il faut l’inscrire à des cours de théâtre », parce que j’aimais bien faire la pitre, comme disaient mes parents à l’époque. Mais en fait, je m’en suis rappelée plus tard. J’avais une professeure, lorsque j’étais en CE1, donc vers 7 ans, Madame Esquera, qui nous faisait lire des textes, comme on le fait à l’école primaire. À un moment, il y avait un texte de théâtre, autour d’Arlequin. Elle nous faisait passer au tableau deux par deux. Je me souviens que je m’étais éclatée à faire ça. Et à chaque fois, je voulais repasser au tableau, tellement qu’à la fin, elle me disait : « Vas-y, va au tableau pour jouer. » Je pense que ça a été ma toute première expérience, celle qui a vraiment animé quelque chose en moi quand j’étais enfant. Très vite, mes parents m’ont inscrite à des cours de théâtre. Au début, j’étais terrorisée. Je n’avais absolument pas envie d’y aller parce que j’étais très stressée, et assez timide malgré tout. Quand je me sentais en confiance avec les gens, je pouvais faire plein de choses, mais avec ceux avec qui ça passait moins, j’étais beaucoup plus réservée. Petit à petit, j’ai réussi à apprivoiser cet environnement, à me sentir à l’aise avec la troupe avec laquelle j’étais à ce moment-là. Ce sont aujourd’hui mes meilleurs souvenirs d’enfance. On avait une professeure, Sophie Pré, qui était extrêmement pédagogue, très proche de nous. On s’amusait tous les samedis matins. Chaque année, on présentait une pièce de théâtre écrite, dans une belle salle à Pessac, près de Bordeaux. On était très heureux. À partir de là, j’ai eu envie de continuer et je me suis dit que c’était l’endroit où je me sentais le mieux, et que j’avais envie de faire ça toute ma vie.

Vous avez ensuite fait un BTS communication, puis enchaîné avec les cours Florent. Est-ce que le BTS était un moyen de rassurer vos parents avant de vous lancer concrètement dans le théâtre ?
Exactement, c’est tout à fait ça. Ma mère m’a rappelé ce souvenir, je l’avais complètement oublié, mais apparemment, à 13 ans, j’étais venue la voir en disant : « Écoute, j’ai regardé, il y a des écoles de théâtre à Paris. Dès que j’ai le bac, je pourrai y aller. » Évidemment, comme beaucoup de parents, je pense, les miens m’ont répondu : « On attend de voir. Fais tes études. Ensuite, on verra si cette envie est toujours présente. » Je me souviens qu’à l’époque, ça me mettait dans des états de colère incroyables, à serrer les dents, à avoir les larmes aux yeux, comme si on ne me croyait pas. Je me disais : « Non, je ne changerai pas d’avis. » Effectivement, je n’ai pas changé d’avis. Mais à 18 ans, mes parents m’ont dit : « Si tu peux avoir un diplôme avant. Tu fais deux ans, tu obtiens un diplôme. » Je devais quitter Bordeaux à 18 ans pour vivre seule à Paris, ce qui n’était pas rien. Je pense que, pour eux, c’était aussi une forme de sécurité : se dire « Elle partira avec deux ans d’expérience supplémentaire. » Et je les comprends. Puis, le fait de vivre ces deux années en dehors de ce milieu-là, puis d’y arriver ensuite avec une petite expérience professionnelle qui n’avait rien à voir avec le théâtre, m’a permis de connaître mes premières déceptions, mes frustrations, de comprendre comment fonctionne parfois le monde du travail, le rapport aux autres. Et finalement, ça m’a beaucoup servi.

« Il y avait aussi quelque chose que je n’osais pas faire à l’époque : prendre sa place, assumer sa joie de vivre »

Vous avez également pratiqué la danse en parallèle. Est-ce que c’était, là aussi, une envie profonde de vous exprimer à travers cet art ? Qu’est-ce que cela vous a apporté de plus, peut-être, que le théâtre ne vous apportait pas ?

Je pense que j’avais vraiment besoin de ce rapport au corps. C’est peut-être très abstrait. Et c’est difficile à verbaliser, mais en tout cas, quand on joue au théâtre, on a un texte à dire : on se libère aussi soi-même. Il y a cette satisfaction, quand on est enfant, de pouvoir s’exprimer pleinement sur le plan émotionnel, je crois. Et la danse venait ajouter quelque chose de plus. C’était hyper complémentaire, parce que ça permettait vraiment de s’exprimer par le corps. Et comme j’étais une enfant, puis une adolescente, qui taisait beaucoup ses émotions, qui les contenait, mais à qui tout se lisait sur le visage – parce que c’était plus fort que moi – il y avait quelque chose que j’avais vraiment besoin de faire sortir.

Au-delà du théâtre, la danse m’a énormément aidée. On est dans une compagnie, ou en tout cas dans un groupe. On partage les mêmes choses, on passe notre temps libre à s’entraîner, à être ensemble. Et ça, c’est vraiment chouette. J’admirais beaucoup les gens qui arrivaient à Bordeaux et dansaient dans l’espace public, sur une place, devant n’importe qui, qui se faisaient filmer par leurs proches.

Il y avait aussi quelque chose que je n’osais pas faire à l’époque : prendre sa place, assumer sa joie de vivre, assumer cette expression créative devant les autres. Et je crois que c’est peut-être ça que je cherchais à travers la danse à ce moment-là.

« La quotidienne m’a appris à prendre confiance en moi, mais aussi en mes capacités »

La première fois que je vous ai vue à la télévision, c’était dans la quotidienne Plus belle la vie. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?
J’étais hyper bien entourée par le groupe de travail que je formais avec Charlie Loiselier, Cyril Durel et Yanis. On se serrait les coudes et on était très heureux d’arriver tous ensemble, d’autant plus que nous incarnions tous de nouveaux personnages, ce qui était malgré tout assez stressant.

Quand on débute, qu’on n’a pas énormément de tournage au départ et que, soudain, tout se concentre sur nous, avec un rythme très rapide imposé par le format, il y a quelque chose qu’il faut réussir à assumer. En parallèle, j’étais encore aux cours Florent, en études, et je faisais sans cesse des allers-retours. J’avais donc beaucoup de travail à cette période-là. Au niveau des horaires, j’étais dans une grande fatigue mais une bonne fatigue. J’ai donc accueilli cette expérience avec beaucoup de bonheur et de plaisir. J’étais très docile, dans le bon sens du terme, par rapport à ce qu’on me demandait de faire, parce que j’apprenais énormément. J’étais profondément reconnaissante de cette expérience.

Je faisais pleinement confiance aux personnes qui me dirigeaient à ce moment-là, et j’en avais besoin, parce que porter tout ça seule sur les épaules, au début, ce n’est pas forcément évident.

Vous êtes également passé par Demain nous appartient et Ici tout commence. Qu’est-ce qu’on apprend, en tant que comédienne, dans l’exercice de la quotidienne ?

De mon point de vue, moi qui ai longtemps été une élève assez scolaire, qui faisait ce qu’on lui demandait, la quotidienne m’a appris à prendre confiance en moi, mais aussi en mes capacités. Elle m’a permis d’évoluer et de tester énormément de choses en tant qu’actrice.
Là où, sur d’autres formats, on a peut-être un peu moins le droit à l’erreur, la quotidienne offre en plus la chance de tourner tous les jours, de faire le métier qu’on aime au quotidien. Pour faire ses armes, c’est une opportunité inouïe de pouvoir travailler aussi souvent.
Après, il y a évidemment un revers : le risque de prendre de mauvaises habitudes.

Si l’on ne continue pas à travailler de son côté, à se remettre en question et à explorer d’autres projets, on peut rapidement tomber dans une forme de routine.

« J’avais déjà rencontré Bernard Campan il y a douze ans, dans le cadre de mon BTS communication »

Vous êtes à l’affiche de cette nouvelle série dans le rôle de Jen, 21 ans. Après un harcèlement scolaire violent et un décrochage, elle tente de repasser le bac aux côtés d’autres adultes. Vous êtes entourée de grands noms du cinéma et de la télévision, comme Clémentine Célarié, Bernard Campan ou Guillaume Labbé. J’imagine que cela a été à la fois impressionnant et très stimulant de tourner à leurs côtés.
Comme à chaque début de tournage, il y a forcément du stress. On observe aussi comment les choses se mettent en place avec les autres, quelles sont les premières approches. De mon côté, j’étais assez stressée parce que le rôle, et surtout le sujet abordé, sont importants et demandent de la justesse. On a envie de bien incarner ce genre de personnage. Et puis, l’essence même de la série repose sur les relations entre les candidats, donc entre ces personnages et ces acteurs. Forcément, quand un lien se crée dans la vie, ça se ressent aussi à l’écran. Dès le début du tournage, il y a eu énormément de bienveillance, d’humanité. Tout le monde s’est très bien entendu. Pour ma part, j’ai été extrêmement bien accueillie, et j’en suis très reconnaissante. J’évoquais tout à l’heure ma timidité, surtout quand je ne me sens pas encore à l’aise avec les gens. Tous les comédiens et comédiennes avec qui j’ai tourné m’ont aidée à trouver cette confiance, à me sentir suffisamment à l’aise pour donner le maximum dans mon travail. Pour ça, j’ai beaucoup de gratitude.

Est-ce que vous étiez fan des Inconnus, ou peut-être vos parents ?

Quand j’étais petite, je regardais beaucoup leurs sketchs avec mon frère et ma sœur. Ce qui est assez marrant, c’est que j’avais déjà rencontré Bernard Campan il y a douze ans, dans le cadre de mon BTS communication. Je faisais alors un stage à TV7, la chaîne locale de Sud-Ouest, et une journaliste m’avait prise sous son aile. Elle avait interviewé les Inconnus pour la sortie des Trois Frères : Le Retour. Moi, j’étais là pour porter les caméras, aider sur le tournage, ce genre de choses. Je l’avais donc rencontré à ce moment-là.

Quand, plus tard, Bernard et moi avons appris à nous connaître, je lui ai raconté cette anecdote. La boucle était bouclée. Je trouve ça assez fou de me dire qu’aujourd’hui, je tourne avec lui.

La réussite de la série tient aussi à cette ambiance de troupe sincère et chaleureuse que l’on ressent réellement à l’écran. Comment avez-vous réussi à créer cette fusion entre vous ?

Je pense que ça s’est fait assez naturellement. On en parlait souvent entre nous, notamment avec Bernard, mais aussi avec Ahmar et Guillaume Labbé. Il y a quelque chose d’assez troublant entre ce qui est écrit dans la série et ce que l’on vit réellement. On ne sait jamais très bien ce qui influence quoi : est-ce que c’est l’écriture qui influence nos rapports, ou est-ce que ce sont nos relations, sur le plateau, qui viennent nourrir ce qui se passe à l’écran ? On se posait vraiment la question, parce que Bernard et moi, par exemple, on parlait beaucoup, très souvent, et dans la série, nos personnages sont aussi très proches.

Dans les deux premiers épisodes, les personnages apprennent à se connaître, et c’était exactement ce qui se passait dans la vraie vie. On apprenait à travailler ensemble, à se découvrir, à se « renifler » un peu, à comprendre comment chacun fonctionnait, comment chacun travaillait. Ensuite, après un mois de coupure, on s’est tous retrouvés à partir du mois de juin, et je pense qu’on était vraiment très heureux de se revoir et de continuer à approfondir le lien qu’on avait commencé à créer. Les tournages, ce sont des moments de vie. Il s’y passe des choses très fortes, humainement, et je crois que ça se ressent forcément à l’écran.

« Je sentais que je devais le faire pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas parler, afin qu’ils puissent se reconnaître en Jen »

Comment avez-vous abordé le personnage de Jen ?
L’enjeu, dès le premier épisode, c’était d’exister par le silence. Jen est d’abord dans une méfiance totale, elle ne veut pas communiquer avec les autres. Il fallait donc trouver un équilibre : ne pas rendre le personnage antipathique, mais faire sentir qu’il y avait une vraie souffrance derrière ce mutisme.
Pour préparer les deux premiers épisodes, qui sont donc très centrés sur Jen, je me suis beaucoup documentée. J’ai regardé des reportages, écouté des podcasts sur le harcèlement, sur le chemin qui peut mener à une tentative de suicide, sur la façon dont les familles vivent ces situations. C’était essentiel pour moi de représenter cette réalité avec justesse, sans jamais avoir la prétention de dire « moi, je sais ». Il s’agissait plutôt de partir de ce que je comprenais, de mon expérience, de mes échanges avec les autres, et de voir comment tout cela pouvait se traduire à travers le personnage de Jen.
Il y a aussi un retour très fort à l’adolescence. L’adolescence, ça touche tout le monde, parce qu’on y est tous passés et qu’on y a tous vécu des choses marquantes. Je me suis dit que Jen pouvait verbaliser ce que, adolescents, on ne se permet pas toujours d’exprimer. L’idée était de faire en sorte que ces émotions traversent l’écran et puissent atteindre le public.
Le harcèlement est un sujet extrêmement important, dont on parle de plus en plus aujourd’hui. Faire passer le message que, lorsqu’on est harcelé, on n’est pas seulement une victime, mais qu’on peut se faire entendre, être entendu, entouré et surtout accompagné, c’était important.

Il y a des scènes émotionnellement très puissantes où on vous voit en détresse totale. Où êtes-vous allée puiser ces émotions si intenses ?
Ces scènes, notamment dans l’épisode 2, ont été tournées sur plusieurs jours d’affilée. Ce n’étaient pas des journées très « légères », parce qu’on est dans une concentration permanente. Même quand on coupe et qu’on rentre chez soi, on sait que le lendemain, on va replonger dans une intensité émotionnelle similaire. On finissait parfois très tard, vers deux ou trois heures du matin, et la fatigue joue son rôle : elle permet de lâcher prise, de ne plus être dans le contrôle, ni dans l’attente forcée de l’émotion. Ce n’est jamais le but de vouloir l’émotion à tout prix.

Ce qui m’a vraiment aidée, c’est de m’identifier à des histoires réelles, à des témoignages, à des personnes qui ont vécu ces situations. Être dans cette énergie-là, dans cette forme de représentation de leur vécu. Je sentais que je devais le faire pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas parler, afin qu’ils puissent se reconnaître en Jen. Qu’ils gardent espoir…

Le Diplôme le 12 janvier sur TF1.

* Ma critique de la série est à retrouver ici.

Casting : Clémentine Célarié, Bernard Campan, Guillaume Labbé, Camille Lellouche, Ahmad Kontar, Marc Riso, Fred Hazan, Cécile Rebboah, Vanessa Guide…

Synopsis
Qui n’a jamais rêvé – ou plutôt cauchemardé – qu’il repassait son bac ? Étape essentielle de notre vie et premier VRAI examen de notre futur d’adulte. Ce petit mais néanmoins primordial diplôme qui nous permettra d’aller plus loin. Et pourtant, certains n’ont pas leur bac. Nombreuses sont les raisons : difficultés sociales, familiales, raisons de santé, parcours de vie chaotique, décrochage…
Le diplôme raconte le parcours de Delphine (60 ans), Leila (39 ans), Pierre (35 ans) , Sam (66 ans), Hussein (26 ans) et Jen (21 ans), 6 personnes qui a priori n’avaient aucune raison de se rencontrer et qui ont décidé, chacun pour des raisons différentes, de s’inscrire au lycée pour Adultes de Paris.
Ces héros du quotidien, aux trajectoires de vies très différentes, vont donc passer leur bac à un âge de raison où il n’est plus si raisonnable de s’asseoir sur les bancs de l’école.

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